Des images hors du contexte togolais

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Un ensemble de quatre images dont deux montrant des cadavres étendus sur le sol et les deux autres montrant des dessins, présentés comme provenant du Togo est relayé sur Twitter.

Les images sont partagées par l’internaute ABY®(@planetaby) le 19 octobre 2020. Le message accompagnant la publication indique en anglais « This Pictures is from Togo not Nigeria Delete it (Français : Cette photo vient du Togo et non du Nigeria. Supprime-le). Et pourtant, il s’agit d’images hors du contexte togolais et n’ayant aucun lien avec des évènements déroulés au Togo.

En effet, ces images ont fait l’objet d’un précédent tweet par l’internaute @Military_boy, le 18 octobre 2020 avec en commentaire “Cela ne vous coûtera rien de retweeter (traduit de l’anglais à l’origine)” et a totalisé 1103 mentions J’aime, 1346 retweets et 53 citations. C’est ce même tweet qui a été reposté avec le commentaire « This Pictures is from Togo not Nigeria (…)».

Quatre images, 3 contextes différents !

A l’aide d’outils de recherche inversée et de recherche d’images, Togocheck a effectué des recoupements sur chacune de ces images afin de découvrir les véritables contextes dans lesquels elles ont été prises ou publiées.

Image 1 : Une photo montrant des corps sans vie

La première image, montre sept (7) corps sans vie étalés à même le sol dans un lieu qui s’apparente à un village. Une recherche inversée de ces images avec l’outil “Google Images” nous a mené vers plusieurs publications sur une incursion des troupes rebelles ADF dans la localité de Mbau à l’est de la république démocratique du Congo. Aucun lien avec le Togo.

L’une des plus anciennes publications, retrouvée par Togocheck, remonte au 15 novembre 2019. Il s’agit d’un article publié par le blog congolais d’informations, congoaujourlejour et titré “Incursion des ADF à Mbau, la tuerie continue”.

«Une nouvelle incursion des rebelles ADF-NALU à Mbau, chef-lieu du secteur de Beni-Mbau et Maselele, laisse 16 personnes sans vie. 8 personnes ont été abattues à Mbau Centre où plusieurs boutiques ont été aussi dévalisées. D’ autres corps ont été retrouvés dans un camp de pygmées à Kebikeba- Mambalasa, à 1 kilomètre de la localité de Buloloma », indique l’article. Il va plus loin en citant les noms des victimes décédées lors du raid.

L’information a été reprise également par le média en ligne congolais, libregrandlac.com dans un article publié le 17 novembre 2019. « Des présumés rebelles Ougandais ADF ont attaqué dans la nuit du vendredi à samedi plusieurs villages du territoire de Beni dans la province du Nord-Kivu à l’Est de la RDC. 8 personnes ont été sauvagement tuées et un blessé signalé, selon des sources locales », indique l’article.

La même image renvoie vers plusieurs autres articles et publications sur Twitter qui citent les violences faites dans l’est de la RDC  par les rebelles ADF (1, 2). Toutes ces recherches ne nous dirigent que vers des informations liées à la République démocratique du Congo. Ce qui prouve que cette image n’a aucun lien avec le Togo, ni avec le Nigeria.

Image 2 : Une photo d’un enfant assis sur un cadavre

La deuxième image, montre un enfant assis sur un cadavre à côté d’un autre corps sans vie dans un village et tenant un bol dans la main. Une recherche inversée avec l’outil Yandex, nous a renvoyés à plusieurs publications sur Twitter avec cette image, toutes portant sur un “génocide” en République Démocratique du Congo.

La recherche inversée avec l’outil “Google Images” nous a conduits entre autres à une publication en date du 19 octobre 2020 sur la page Facebook de l’internaute Christine Katumbi Warrior qui écrit « Il y a génocide au Congo et ça nous concerne tous (…)»

Togocheck n’est pas parvenu à identifier la paternité de l’image, mais les recoupements montrent qu’il s’agit d’événements qui se sont déroulés également en République Démocratique du Congo.

Image 3 : Une image d’un enfant noir assis à côté d’un policier blanc

La troisième image, un dessin mettant en scène un jeune enfant noir assis à droite d’un policier blanc. Dans les bulles de leurs échanges, le policier demande à l’enfant: « What do you want to be when you grow up?» et l’enfant répond: «Alive »; ce qui en Français veut dire: « Que veux tu être quand tu seras grand? Vivant ». D’autres images portant les mêmes propos avec cette même mise en scène ont été plusieurs fois partagées sur la toile et dans plusieurs langues.

Une recherche inversée avec le moteur de recherche Yandex a permis de découvrir qu’il s’agit d’un dessin de Ted Littleford, un illustrateur américain dont la signature en bas à droite de l’image est identique à celle des autres dessins retrouvés sur son site internet : https://www.tedlittleford.com/

L’image a été publiée sur Picsarts par le mouvement BlackLivesMatter, un mouvement politique né en 2013 aux États-Unis dans la communauté afro-américaine militant contre le racisme systémique envers les Noirs, renseigne Wikipédia.

L’image a été également postée par l’internaute Guy A Lepage pour dénoncer le racisme en Amérique le 2 juin 2020 sur son compte Twitter, avec à son actif 85 retweets, 7 tweets cités et 474 j’aime.

Aucune de ces publications ne fait mention du Togo.

Image 4 : Image de manifestants

La quatrième image est un dessin avec des écrits en anglais  « End NORTH. Banditry kidnapping, Boko Haram ». Les dessins illustrent des individus armés et d’autres munis des pancartes sur lesquelles sont inscrits « Rape, Insecurity, End Boko Haram », des termes anglais qui évoquent l’insécurité et le kidnapping. Les recherches n’ont pas permis d’authentifier l’image, mais la recherche inversée avec “Google Images” renvoie aux violences perpétrées par le groupe Boko Haram au nord du Nigeria.

Le Conseil des affaires étrangères (The Council on Foreign Relations /CFR), un groupe de réflexion (think-tank) basé à New York aux Etats-Unis, décrit la situation sécuritaire et du banditisme au Nigeria, dans un article publié le 23 juillet 2020 sur son blog, cfr.org. « Pendant plus de deux ans, le nord-ouest du Nigéria a été confronté à des attaques dévastatrices de bandits armés, en particulier dans les États de Zamfara, Katsina, Kaduna, Niger et Sokoto. Ces attaques sont motivées par de nombreux facteurs qui se chevauchent, notamment le vol de bétail, la prolifération des armes légères et de petit calibre, l’exploitation minière artisanale illicite, le chômage des jeunes, la pauvreté et les inégalités.

Cette situation est encore aggravée par les services de sécurité affaiblis, étirés et démoralisés, qui sont déployés dans trente-cinq des trente-six États du Nigéria et entreront bientôt dans la deuxième décennie de leur guerre contre Boko Haram, l’un des groupes terroristes les plus meurtriers d’Afrique. Il est estimé que bon nombre des bandits armés sont d’origine peuhle, tout comme de nombreuses victimes. Le banditisme, qui comprend les vols à main armée, les meurtres, les viols et le vol de bétail, est présent au Nigéria, au Niger, au Tchad, au Cameroun, au Sénégal et au Mali.»

Cette même situation de crise et de violences au Nigeria est décrite également par acaps, un “service indépendant qui aide les acteurs humanitaires à répondre plus efficacement aux catastrophes”, sur son site internet https://www.acaps.org/. C’est dans ce contexte que cette image a été élaborée et publiée.

Des images qui n’ont rien à voir avec le Togo

Il ressort au regard de ces recoupements effectués par Togocheck, qu’aucune des quatre images partagées par l’internaute ABY®(@planetaby) n’ont aucun rapport avec le Togo.

Les deux photographies sont liées aux attaques de rebelles Ougandais ADF du Nord-Kivu à l’Est de la république démocratique du Congo. Les deux dessins sont en rapport avec les mouvements de protestation des noirs dénommés Black Lives Matter et les soulèvements populaires au Nigeria contre le groupe Boko Haram et les épisodes de kidnapping, viol et insécurité dont sont victimes les populations au nord-ouest du Nigeria.

Il s’agit donc d’une fausse déclaration contre le Togo à laquelle il faut éviter de se fier.

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