Covid-19 : Aucune preuve que boire de l’huile rouge, 5 minutes après la vaccination peut neutraliser le vaccin

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Dans une vidéo (ci-dessous) d’une minute et quarante-sept secondes (1min. 47 sec.) partagée sur WhatsApp, on voit partiellement une personne tenir une cuillère à soupe remplie d’un liquide qui s’apparente à de l’huile rouge. L’homme qui s’exprime en français dans la vidéo, affirme qu’une cuillerée à soupe d’huile rouge légèrement tiédie prise 5 minutes après la vaccination contre la Covid-19 peut empêcher les effets secondaires et même désactiver le vaccin.

Capture d’écran de la vidéo

Selon l’auteur de cette vidéo qui affirme militer pour le renforcement des solutions thérapeutiques, cette méthode permettra de faire le vaccin sans le subir. Il ajoute que, boire l’huile rouge a déjà sauvé des camerounais de la mort, il y a 30 ans de cela, lors de l’explosion du Lac Nyos. Et pourtant cette recommandation et cette théorie ne reposent sur aucune preuve scientifique.

L’huile rouge et l’intoxication

L’huile rouge ou huile de palme est produite avec la pulpe des fruits du palmier à huile. Riche en calories et en acides gras saturés, elle est utilisée en cuisine (pour les sauces) et dans la fabrication de plusieurs produits transformés. 

Mais, en dehors de cet usage classique, selon une croyance populaire en Afrique, l’huile rouge est un antipoison qui permet de faire vomir et nettoyer le ventre quand une personne a consommé un produit toxique, dangereux ou s’est empoisonnée.            

En Afrique, lorsqu’une personne est retrouvée en train de prendre une substance néfaste, on lui donne de l’huile rouge en espérant qu’elle fasse un effet d’antidote et la fasse vomir. Mais il s’agit d’une croyance populaire qui jusqu’à ce jour n’a pas pu être prouvée scientifiquement.

L’huile rouge et l’incident du Lac Nyos (Cameroun)

Dans la vidéo partagée sur les réseaux sociaux, l’auteur affirme que l’huile rouge a permis aux camerounais de survivre, il y a plus de 30 ans lors d’une explosion de gaz dans le lac Nyos qui avait fait beaucoup de victimes. « Ont survécu, les personnes qui connaissaient la méthode de l’huile rouge », a-t-il affirmé.

L’incident dont parle l’auteur de la vidéo est bien réel et la rumeur concernant l’utilisation de l’huile de palme par une famille l’est également selon les recherches de Togocheck.

Le jeudi 21 août 1986, dans une région montagneuse des Grassfields, dans le nord-ouest du Cameroun, à 320 kilomètres de la capitale Yaoundé, l’explosion subite du lac Nyos, un lac de cratère perché à 1 100 mètres d’altitude, laisse échapper plus d’un kilomètre cube de gaz carbonique. Près de 2 000 personnes meurent asphyxiées dans leur sommeil, tout comme plusieurs milliers de bovins, dans un rayon de 20 kilomètres, rapporte l’article du journal français, Le Monde, publié en janvier 2016.

Mais, suite à cette explosion au Lac Nyos,  « (…) plusieurs habitants furent transportés à l’hôpital pour avoir consommé de grandes quantités d’huile de palme, qu’une rumeur antérieure identifiait comme un antidote naturel contre les gaz toxiques. Les faits sont rapportés dans un document  titré « Une géohistoire des catastrophes rumorogènes au Cameroun: les éruptions limniques de Njindoum et Nyos : 1984-1986 ». Il a été publié par le portail de livres et revues scientifiques, Journals.openedition.org

Selon cette rumeur née à Nyos, « (…) une famille de six personnes survécut à la catastrophe grâce à la consommation d’ ‘’huile de palme naturelle’’. La rumeur se propagea immédiatement, traversant la zone d’impact pour les villes et régions éloignées. »

« Malheureusement, l’absence d’une étude approfondie des constituants et des propriétés de l’huile de palme n’a pas permis d’expliquer le phénomène qui s’est produit. » De plus, « Cette prise de position ne démontre pas clairement que l’huile de palme pouvait annihiler l’action des gaz nocifs sur l’organisme humain, mais elle n’en démontrait pas le contraire non plus. Pire, elle faisait état de doutes et de l’incapacité de la médecine camerounaise à rassurer les populations en apportant un démenti à la rumeur.», a précisé le même document.                     

Désactiver les vaccins contre le coronavirus avec de l’huile rouge tiédie ; aucune preuve !

Selon les recherches de Togocheck, aucune étude scientifique n’a prouvé que l’huile rouge pouvait neutraliser ou éliminer les effets du vaccin contre la Covid-19 sur l’organisme.

Le Professeur Koffi Koudouvo, spécialiste en pharmacopée et médecine traditionnelle au Togo, contacté par Togocheck, affirme n’avoir pas connaissance d’une propriété d’antidote à l’huile rouge. « Elle ne figure pas parmi les recettes antipoison connues en médecine traditionnelle », explique-t-il.

En définitive, conseiller l’huile rouge pour annuler ou désactiver les effets du vaccin contre la Covid-19 ne repose sur aucune preuve scientifique.

Cet article a été rédigé dans le cadre d’un projet de l’UNESCO et piloté par Code for Africa, visant le renforcement de capacité des journalistes francophones ouest-africains en fact-checking.

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