« Les vaccins anti-Covid-19 sont des essais thérapeutiques » : Affirmation infondée

70

Une vidéo de 03 minutes montrant l’intervention d’une femme sur la question des vaccins est partagée sur WhatsApp. Selon l’intervenante principale, présentée dans la vidéo comme étant Docteur Astrid Stuckelberger, Praticienne à Genève, le vaccin actuellement utilisé dans le cadre de la campagne de vaccination n’est pas un vaccin, mais un « essai thérapeutique ». Aucune précision sur le nom du vaccin ni de preuves n’a été apporté par l’intervenante.

Cette vidéo est relayée dans un contexte où les campagnes de vaccination contre la Covid-19 ont débuté dans plusieurs pays à travers le monde en début d’année 2021. Mais au sein même du milieu médical, certains professionnels de la santé élèvent leurs voix pour protester contre l’efficacité de ces vaccins.

Vidéo largement partagée dans les groupes WhatsApp

Cette vidéo de 3 minutes, publiée d’abord sur Tik Tok par l’internaute @be.you.be, est un extrait (à partir de 21 min 49 sec à 23 min) d’une vidéo plus longue d’1 heure 47 secondes. La vidéo est titrée : « Astrid Stuckelberger dans l’émission AH2020 – Agora TV du 16 Juillet – A voir absolument !!! ». Publiée le 17 juillet 2021 sur la webtélé Odyssée TV, elle a été vue plus de 20.000 fois. 

Mais, en parcourant cette plateforme, on constate qu’elle diffuse régulièrement des contenus complotistes liés à la campagne de vaccination et au vaccin contre la Covid-19. Sur cette même plateforme, on retrouve plusieurs autres interventions de la chercheuse. Selon le média français dédié aux contenus liés à l’informatique et au numérique, numérama.fr, dans un article en date 13 novembre 2020 « Odysee est devenu un hub pour les vidéos conspirationnistes françaises. »        

L’oratrice principale de la vidéo, ‘’Dr. Astrid Stuckelberger’’

Docteur Astrid Stuckelberger est scientifique, chercheuse et enseignante à la Faculté de médecine de l’Université de Genève et de Lausanne. Experte internationale dans différents domaines liés à la santé et à la santé publique.

Astrid Stuckelberger est Docteure en médecine et Professeure dans des Universités en Europe (Son CV). Elle a à son actif plusieurs années de service et de collaboration avec l’OMS, entre autres. Dans son auto biographie sur son site internet officiel, Docteur Astrid Stuckelberger (MSc PhD PD) se décrit comme « une scientifique internationale de la santé qui mène et dirige des recherches allant des études cliniques aux études épidémiologiques en passant par la science pour les décideurs politiques depuis 30 ans.  

Astrid Stuckelberger : une propagandiste anti-vaccins ?  

Astrid Stuckelberger apparait dans le Documentaire « Hold Up » et est fréquemment citée pour ses propos controversés dans le cadre de la pandémie de la Covid-19. « Selon ses propos “l’OMS ne dit pas que tout le monde doit mettre un masque”. Or il s’agit d’une fausse affirmation. L’Organisation mondiale de la Santé préconise bien le port du masque pour le grand public dans une note que l’institution a rendu publique en juin 2020. », fait savoir le site internet d’information, La Dépêche dans un article de factchecking publié le 13 novembre 2020.     

Capture d’écran de la plateforme Odyssée. La chercheuse intervient régulièrement dans les vidéos publiées sur la plateforme

Plus tôt en 2020, Docteur Astrid Stuckelberger affirmait dans une vidéo mise en ligne sur YouTube dont un résumé des principales idées est repris sur « Le blog du Docteur Jo » que, « la pandémie est terminée, il n’y a pas de deuxième vaque, sortez sans masque ». Et pourtant, les cas et décès dus à la Covid-19 n’ont pas cessé d’être répertoriés à travers le monde. Par ailleurs, un article de factchecking publié par AFP Factuel le 26 novembre 2020 fait ressortir sept (7) fausses affirmations de Docteur Stuckelberger à propos de la pandémie lors d’une intervention publique.

Dans une enquête publiée le 02 décembre 2020 par le site internet heidi.news portant sur le Docteur, « (…) bien que Stuckelberger se présente sur son site comme une chercheuse et une Professeure à l’université de Genève, elle n’y travaille plus depuis l’été 2016 en raison d’une procédure en cours dont les détails sont gardés confidentiels. » C’est le cas également de Radio-Canada qui dans un article de vérification des Décrypteurs fait ressortir plusieurs fausses informations partagées par le Docteur Stuckelberger à propos de la pandémie, des vaccins et de la vaccination.

Une somme d’arguments qui pousse à classer Docteur Astrid Suckelberger dans la catégorie des ‘antivaccins’. 

Comprendre la notion « essai thérapeutique »

D’après un article de la Fondation Aide et Recherche en Cancérologie digestive (ARCAD) en France, publié sur son site internet, un essai thérapeutique est « une étude contrôlée visant à préciser, sur une population à critères sélectionnés et particulièrement surveillée, les effets d’un médicament ou d’un traitement. Autrement dit, un essai thérapeutique a pour but d’évaluer de nouveaux moyens de traiter une pathologie. ». Avant cette phase d’essai, une phase pré-clinique est observée au cours de laquelle les études sur le médicament sont menées en laboratoire et sur l’animal (le cobaye).

Leur objectif, poursuit l’article est de « établir ou vérifier, selon le cas, certaines données pharmacodynamiques (dont le mécanisme d’action du médicament), thérapeutiques (efficacité et effets indésirables), pharmacocinétiques (modalités d’absorption, de distribution, étude du métabolisme et de l’excrétion des substances actives). »

Docteur Patrick Bagny, médecin pédiatre interrogé par Togocheck lors de son émission Fact-Show du 14 octobre 2021 abonde dans le même sens. « Un vaccin pour être validé passe par des étapes et reçoit une “autorisation de mise sur le marché”. Donc on prend un vaccin candidat qu’on teste d’abord en laboratoire. Ensuite, on le teste sur l’animal. Le vaccin passe alors par 3 phases et c’est après qu’il est validé sur son efficacité, son innocuité (pas nocif pour l’être humain) et sa qualité. C’est après cela qu’on demande une autorisation de mise sur le marché auprès des laboratoires. C’est dans cette condition seule qu’on peut administrer ce vaccin à la population. » 

Plusieurs vaccins mis au point pour vaincre la pandémie

Les vaccins anti-covid19, selon futura-sciences.com préviennent les formes graves de la maladie et permettent de désengorger les hôpitaux. D’après l’UNICEF dans un article publié le 18 août 2021 sur son site internet, unicef.org, les vaccins sont « des outils essentiels pour la maîtrise de la pandémie ». Et « même si les vaccins anti-COVID-19 sont développés aussi rapidement que possible, ils doivent subir des tests rigoureux lors d’essais cliniques pour prouver qu’ils répondent aux critères de sécurité et d’efficacité convenus au niveau international. Ce n’est que s’il répond à ces normes qu’un vaccin peut être validé par l’OMS et les organismes de réglementation nationaux. »

« Un vaccin pour être validé passe par des étapes et reçoit une “autorisation de mise sur le marché”. Donc on prend un vaccin candidat qu’on teste d’abord en laboratoire. Ensuite, on le teste sur l’animal. Le vaccin passe alors par 3 phases. (…) C’est après cela qu’on demande une autorisation de mise sur le marché auprès des laboratoires. C’est dans cette condition seule qu’on peut administrer ce vaccin à la population. » 

Docteur Patrick Bagny, médecin pédiatre

Selon l’OMS, plusieurs types de vaccins potentiels contre la COVID-19 sont en cours de mise au point, dont certains sont déjà sur le marché et en cours d’utilisation. Il s’agit notamment :

  • Des vaccins à virus inactivés ou vivants atténués contenant une forme inactivée ou atténuée du virus qui ne peut pas causer de maladie mais qui entraîne tout de même une réponse immunitaire ;
  • Des vaccins à base de protéines, qui contiennent des fragments inoffensifs de protéines ou d’enveloppe protéique qui imitent le virus de la COVID-19 pour entraîner une réponse immunitaire en toute sécurité ;
  • Des vaccins à vecteurs viraux, qui contiennent un virus génétiquement modifié de façon à ne pas causer de maladie mais qui produisent des protéines du coronavirus pour entraîner une réponse immunitaire ; et
  • Des vaccins à ARN et à ADN, mis au point selon une méthode de pointe consistant à utiliser un ARN ou un ADN génétiquement modifié pour produire une protéine qui entraîne une réponse immunitaire en toute sécurité.

Des vaccins contre la Covid-19 et non des essais thérapeutiques

Interrogé par Togocheck, Docteur BAGNY, est sans équivoque « Les vaccins utilisés contre la Covid-19 sont de vrais vaccins et non des essais thérapeutiques. Un vaccin qui n’a pas franchi les 3 étapes (NDLR : étapes citées plus haut) ne peut pas être autorisé pour qu’il soit administré à un grand groupe. »

Or, les vaccins actuellement utilisés contre la Covid-19 ont déjà fait l’objet d’essais cliniques ou thérapeutiques avant leur validation par l’OMS, leur mise sur le marché et leur utilisation dans le cadre de la campagne de vaccination mondiale.

 « Les essais cliniques des vaccins contre la COVID-19 n’ont pas été réalisés à la hâte. Étant donné le besoin urgent en vaccins contre la COVID-19, des investissements et une collaboration scientifique sans précédent sont en train de changer la façon dont les vaccins sont mis au point. Certaines étapes du processus de recherche-développement sur des vaccins contre la COVID-19 ont été menées simultanément, mais dans le strict respect des normes cliniques et de sécurité. Dans le cadre de certains essais cliniques par exemple, plusieurs vaccins sont évalués au même moment, une situation qui n’enlève rien à la rigueur habituelle des évaluations. », note pour sa part l’OMS.    

« Les vaccins utilisés contre la Covid-19 sont de vrais vaccins et non des essais thérapeutiques. Un vaccin qui n’a pas franchi les 3 étapes ne peut pas être autorisé pour qu’il soit administré à un grand groupe. »

Docteur Patrick Bagny, médecin pédiatre

Plusieurs études concluantes portant sur les différents vaccins contre la COVID-19 homologués à ce jour ont été publiés notamment sur le site internet du New England Journal of Medicine.  Ces informations donnent ainsi la garantie que les essais cliniques ont été menés ; et l’efficacité ainsi que l’innocuité des vaccins sont avérée.

Santé.fr, le site internet du service public d’information en santé en France rapporte que « Le 8 février 2021, selon les données de l’OMS il y avait 240 vaccins candidats en cours de développement dont 63 sont en phase d’évaluation chez l’homme, parmi lesquels 16 sont en phase III, c’est-à-dire au stade de l’évaluation de leur efficacité chez l’homme avant leur mise sur le marché.

D’après les études, l’efficacité rapportée dans ces études était de 95% et de 94,1% avec le BNT162b2 et le mRNA-1273, respectivement ;Le vaccin à base de vecteur viral non répliquant adénovirus d’AstraZeneca, est titulaire d’une AMM conditionnelle de la part de l’Agence Européenne du Médicament depuis le 29 janvier 2021, avec une efficacité rapportée de 59,5%. Le vaccin à base de vecteur viral non répliquant adénovirus Sputnik V, non autorisé en Europe, a une efficacité rapportée de 91,6%. Par ailleurs, pour chaque vaccin homologué et en cours d’utilisation à ce jour, l’OMS formule toujours des recommandations provisoires qui sont régulièrement mises à jour. C’est le cas notamment des vaccins Johnson&JohnsonPfizer BioNtech, AstraZeneca et Covishield, Moderna, Sinovac 

Togocheck a contacté par courriel, Docteur Astrid Stuckelberger, mais cette dernière n’a pas donné suite à notre requête. Mais, rien au regard des informations disponibles à ce jour ne permet de confirmer les propos du Docteur sur les vaccins en cours d’utilisation pour la lutte contre la Covid-19.

Comme le souligne l’Organisation mondiale de la santé, « Des mesures de protection rigoureuses ont été prises pour garantir l’innocuité de tous les vaccins contre la COVID-19. Avant d’être homologués par l’OMS et par les organismes nationaux de réglementation, les vaccins contre la COVID-19 sont soumis à des tests rigoureux lors d’essais cliniques, afin de s’assurer qu’ils répondent aux normes d’innocuité et d’efficacité convenues sur le plan international. L’utilisation des vaccins Oxford-AstraZeneca, Pfizer-BionTech, Moderna, Johnson & Johnson, Sinopharm et Sinovac a été approuvée par l’OMS. Ces vaccins ont fait l’objet d’essais et de tests, et il a été démontré qu’ils sont sans danger. »

En clair, les propos de la Docteure Astrid Stuckelberger selon lesquels le vaccin contre la Covid-19 est ‘un essai thérapeutique’’ sont des affirmations infondées qui ne concordent pas avec la réalité et toutes les procédures observées au cours du développement de ces vaccins. 

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.