L’affirmation : « Le « Beignet-Haricot-Bouillie » est le repas le plus toxique d’Afrique est exagérée

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D’après une image relayée sur WhatsApp, le « beignet-haricot-bouillie » serait le repas le plus toxique d’Afrique. L’allégation, à l’origine de vives polémiques et réactions sur la toile (ici), est issue de Polain Nzobeuh, qui se présente comme « biologiste-thérapeute » camerounais. Ce dernier dont le nom figure sur l’image largement relayée sur les réseaux sociaux, revendique vouloir « Aider les populations d’Afrique et du Cameroun en particulier à mieux se nourrir ». (Image ci-dessous)

Capture d’écran de l’image relayé sur WhatsApp

Mais, d’après les recoupements de Togocheck et FGI-Bénin, affirmer que ce repas est toxique, voire le plus toxique d’Afrique est exagérée.

Image et publications virales sur les réseaux sociaux     

Grâce à une recherche inversée d’images sur Google, nous avons débouché sur la publication d’origine de l’image. Elle a été faite le 30 juillet 2022 sur la page Facebook de Polain Nzobeuh (ici), l’auteur de l’affirmation. À la date du 31 août, ce post a généré 174 mentions « J’aime », 153 partages et plusieurs commentaires. La publication a largement été reprise par des utilisateurs sur Facebook. C’est le cas de celle faite par l’internaute Salaka, le 2 août 2022 et qui a généré 799 réactions au 31 août 2022 (ici).   

Lors d’interviews accordés à des médias camerounais, Polain Nzobeuh a réitéré sa position. Nous avons retrouvé une interview publiée sur le site internet camerounais, 237online. « Il n’est pas question pour moi de dire que des gens devraient arrêter de manger du beignet- haricot-bouillie. Mais je le maintiens : le beignet-haricot-bouillie est un repas toxique à plusieurs niveaux », peut-on lire dans l’interview.

Une autre intervention du biologiste, citée dans cet article (ici), suggère qu’il est dangereux de consommer du poisson braisé excessivement. Un tour sur la page Facebook de Polain Nzobeuh, a montré également que la plupart de ses publications portent sur la mauvaise alimentation des africains, source de maladie et de morbidité.          

A propos du plat « Beignets-Haricots-Bouillie »      

Les beignets, le haricot et la bouillie font partie des aliments consommés en Afrique, notamment en Afrique subsaharienne. Mais le plat dénommé « BHB » qui est une association des 3 aliments en un repas (ndlr : en fonction du désir et de la capacité financière de la personne), est davantage retrouvé dans les communautés camerounaises. Plusieurs articles publiés par des médias camerounais, indiquent d’ailleurs qu’il s’agit d’un traditionnel repas ancré dans la société camerounaise et qui y est largement consommé. D’après un article publié (ici) par le blog camerounais, actu-cameroun, ce plat communément appelé BHB, est souvent pris au petit déjeuner et parfois comme dîner dans la communauté camerounaise, et ce, quel que soit l’âge.   

Nous avons retrouvé sur le site réglo.com, la recette de sa préparation. On y note que les différents ingrédients qui composent ce plat font partie intégrante de la cuisine africaine et rentrent dans la composition de nombreuses recettes. Par ailleurs, il s’avère que la photo du plat de BHB utilisée pour l’illustration de cet article est la même que celle qui figure sur l’image publiée par Polain Nzobeuh.

Les beignets sont préparés à base de farine de blé mixée avec de l’eau, du sel et du sucre puis levée avec de la levure chimique. La préparation est ensuite mise en petites boules qui sont ensuite frites dans l’huile. Le plat de haricots est une préparation de haricots blancs bouillis puis sautés dans de l’huile avec de la tomate, du poireau, de l’oignon, du poivron de l’ail et du piment. La bouillie quant à elle est faite avec de la farine de maïs fermentée cuite dans de l’eau bouillie.

Il faut noter que les types de bouilles varient en fonction des ingrédients (farine de maïs, tapioca, flocons d’avoine, farine de maïs fermentée ou non etc.) qui entrent dans sa préparation. Mais, dans son affirmation, Polain Nzobeuh n’a fait aucune précision sur le type de bouillie ni la composition des beignets.

Quand peut-on parler de toxicité d’un aliment ?       

D’après le biologiste-thérapeute Polain Nzobeuh, contacté par une équipe de Togocheck et FGI-Bénin, la toxicité de ce repas serait due à plusieurs facteurs. D’une part, il s’agit de sa composition, en grande partie de produits industriels raffinés comme le sucre, la farine de blé et l’huile. Aussi, la fréquence de consommation de ce plat constitue également, un facteur de toxicité. D’autre part, le temps de cuisson élevé qui détruit la plupart des nutriments, est mis en cause. Ce qui en fait des aliments difficilement assimilables par l’organisme ou encore inutiles. (Audio échanges avec Paulin Nzobeuh, ci-dessous)     

Echanges téléphoniques avec le biologiste-thérapeute Polain Nzobeuh

Un article publié par le blog vitacru (ici), indique que « Les aliments toxiques sont tous ceux qui ne sont pas adaptés pour répondre aux besoins du corps. Leur composition chimique ne correspond pas à ce que le corps peut reconnaître comme aliment, ce qui les rend très difficiles à éliminer. En d’autres mots, on peut dire que les aliments toxiques regroupent tout ce que notre système digestif n’arrive pas à transformer ou à éliminer complètement par les voies naturelles. » 

Toxicité du BHB : non avérée et dépendante d’autres facteurs  

Vu la polémique qui a enflé autour du sujet, plusieurs personnalités, médias et scientifiques, n’ont pas manqué de donner leurs avis.

Le ministre camerounais de la santé publique, Manaouda Malachie, réagissant à ce sujet dans l’émission « Autant le dire » du 26 août 2022, publiée sur le compte YouTube NajaTV, indique que « Comme pour tout aliment, la consommation du BHB ne peut être dangereuse que si les conditions d’hygiène ne sont pas respectées ».   

Exposant dans une documentation que nous avons retrouvée sur LinkedIn (ici), un groupe de scientifiques, Docteurs Brice Saha, William Tedom et Désiré Mboupda, membres du comité de recherche et de rédaction de l’ONG Alliance sahélienne de recherches appliquées pour le développement durable (ASRADD), a sur la base des recherches, indiqué qu’avant de faire cette affirmation, le sujet devrait passer par le crible d’essais randomisés.

L’équipe de scientifiques a donc conclu que « Aucune étude n’a porté sur l’évaluation de la nocuité du beignet haricot bouillie. Il est par conséquent très hasardeux de conclure à sa toxicité uniquement sur la base des dérivés de la friture, qui du reste s’appliquerait à toute forme de friture ». Par ailleurs, le groupe de scientifiques recommande aux consommateurs de « réduire au maximum l’usage multiple de la même huile de friture et d’adopter une alimentation variée et équilibrée, incluant des fruits, des grains entiers/complets et légumes ».      

Comme le souligne un article publié sur le blog camerounais, ndengue.com, Docteur Ginetty Tuayon, Médecin du travail et de gériatrie indique que « Dans tous les cas, le traditionnel repas BHB n’est pas à priori toxique, sauf s’il a été préparé dans des conditions tellement insalubres qu’il a été contaminé par des germes. (…) ce qui est intéressant de savoir avec le BHB, le Koki, le Taro-sauce jaune ou les tripes sautées, ce n’est pas leur toxicité, car elle est circonstancielle, c’est plutôt leur valeur nutritionnelle, ou leur charge glycémique qui ont un impact certain sur la qualité de la santé.»

La télévision 100% féminine, Griote.tv, dans un article publié sur son site web le 4 août 2022, a interrogé plusieurs spécialistes sur la question. Et aucun d’entre eux n’a confirmé la toxicité de cet aliment s’il est préparé dans de bonnes conditions d’hygiène. 

« A partir du moment où c’est de façon sporadique que j’en consomme, il n’y aura pas de problème. Donc tout ce peuple peut continuer à consommer de temps en temps son beignet haricot bouillie et veiller à ce que les bains d’huile soient changés régulièrement », indique la diététicienne et nutritionniste, Elise TANKEU. Et pour le biochimiste Alex Sing, « le BHB est le plat le plus complet pour les pauvres et tout dépend de comment se fait la cuisson ».

Pour Ariane WAKPO, nutritionniste diététiste et membre de l’association des nutritionnistes diététistes du Bénin, l’affirmation de Polain Nzobeuh est exagérée. « La toxicité d’un aliment est la capacité qu’a cet aliment à provoquer un effet nocif sur l’organisme. Mais, en regardant ce repas, je ne trouve aucun aliment qui puisse entraîner cet effet sur l’organisme (..) », a-t-elle expliqué à l’équipe de Togocheck et FGI-Bénin.   

Les investigations menées également par le média camerounais de vérification d’informations, datacameroon, ont également mené à la conclusion selon laquelle « le repas « beignets-haricot-bouillie » ne saurait être taxé de toxique, encore moins du plus toxique d’Afrique. »              

Pour conclure…   

Aucune donnée ne suggère dans l’état actuel des connaissances que le « beignet-haricot-bouillie » ou BHB est toxique pour ceux qui le consomment. Même si la composition de ce repas, (essentiellement des produits raffinés) et le temps de cuisson peuvent réduire sa valeur nutritive, parler de toxicité est exagéré.

Article produit conjointement par Togocheck et FGI-Bénin, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) dans le cadre d’un projet de jumelage entre initiatives francophones dans la lutte contre la désinformation

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