Une image diffusée sur Facebook le 11 avril 2026 prétend que la Côte d’Ivoire reste l’un des pays africains les plus impactés historiquement par le VIH/SIDA avec 69% des jeunes infectés. Selon l’auteur de la publication du nom de Têvi Agbossou, l’information proviendrait du ministre de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle en Côte d’Ivoire, Pierre N’Gou Dimba.
L’image montre le Ministre devant un pupitre et un micro. Elle est accompagnée du texte suivant :
La #cotedivoire aussi c’est un cas unh
Le Ministre de la#Santé,#PierreDimba, rappelle que la Côte d’Ivoire reste l’un des pays africains les plus impactés historiquement par le#VIH#SIDA avec 69% des jeunes infectés
Yafoy

A la date du 4 mai 2026, cette publication a suscité près de 160 mentions «J’aime» et 70 partages. À la même date, le compte de l’auteur cumulait 4 400 abonnés et 180 abonnements. Plusieurs comptes sur Facebook et TikTok ont relayé la même publication, qui fait l’objet de notre vérification.
Pourtant, d’après les données officielles du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique de la Côte d’Ivoire, ce chiffre est incorrect. Les statistiques disponibles montrent une prévalence du VIH nettement plus faible, située autour de 1,5 % à l’échelle nationale en 2025.
Des données sans sources
Contacté par notre rédaction le 21 avril 2026 pour obtenir des précisions sur les chiffres avancés, l’auteur n’a pas réagi à ce jour. Une analyse de son profil montre que le compte est créé le 15 octobre 2025 et qu’il est dédié à la création digitale. L’auteur se présente comme un animateur radio et un organisateur d’événements.
Il publie régulièrement des informations sur l’actualité sociopolitique du Togo et d’ailleurs ainsi que des contenus liés au sport. En parcourant ses publications, nous avons trouvé l’image qui fait l’objet de nos vérifications dans une autre publication. Cette fois, l’auteur a réalisé un collage avec une autre image affirmant qu’au Ghana, 42,3% des hommes ayant effectué des tests d’ADN ne seraient pas les pères biologiques de leurs enfants.
Une recherche d’image inversée nous a permis de remonter à plusieurs articles et publications sur les réseaux sociaux ayant utilisé cette image dans différents contextes depuis 2022.
Elle a notamment illustré un article publié le 25 avril 2022 par l’Agence Ivoirienne de Presse, à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre le paludisme, sous le titre : « Dimba exhorte à l’utilisation de la moustiquaire imprégnée ».
Elle a été également utilisée le 11 décembre 2023 pour illustrer un entretien publié par le ministère chargé de la Santé en Côte d’Ivoire, portant sur la tenue, ce jour, de la 12e Réunion Annuelle du Partenariat de Ouagadougou (RAPO), une rencontre dédiée à la santé reproductive.

L’image a aussi été reprise par plusieurs médias sans mention de la source, pour illustrer des articles portant sur différents sujets. C’est notamment le cas du site pressecotedivoire.fr, dans un article publié le 30 mars 2024 intitulé : « Lutte contre le VIH/SIDA : les États-Unis d’Amérique octroient une subvention de 63 milliards de FCFA pour l’atteinte des trois objectifs majeurs ».
Sur le compte officiel du ministre de la Santé, de l’Hygiène Publique et de la Couverture Maladie Universelle de Côte d’Ivoire, Pierre N’Gou Dimba, aucune publication ne mentionne cette supposée information qui fait l’objet de notre vérification.
Une recherche par mots-clés en lien avec le taux de prévalence du VIH/SIDA en Côte d’Ivoire nous a permis de retrouver une publication du ministère ivoirien de la santé, datée du 9 avril 2026. Selon cette publication, la Côte d’Ivoire figure parmi les pays d’Afrique ayant réalisé des progrès significatifs dans la lutte contre le VIH. « Depuis 2010, la prévalence nationale connaît une baisse constante, passant de 3,7 % à 1,5 % en 2025 », indique le ministère.
Le ministère précise également que « l’annonce d’un taux de positivité au VIH de 69,6 % chez les jeunes apparaît incohérente et non conforme aux données épidémiologiques disponibles. Un tel niveau suggérerait une concentration de cas chez les jeunes dépassant celle de l’ensemble de la population, ce qui est statistiquement improbable ».
On retrouve ces mêmes informations sur le site internet du Programme national de lutte contre le Sida (PNLS). «Les données de modélisation SPECTRUM 2026 confirment cette tendance à faible prévalence chez les jeunes à Abidjan : 15-19 ans : 0,57 %, 20-24 ans : 0,98 %, 25-29 ans : 1,67 %”. (…) Ces indicateurs traduisent une circulation relativement faible du VIH dans cette tranche d’âge, bien que des vulnérabilités spécifiques subsistent.», y lit-on.
D’autres recherches nous ont orientés vers un article de vérification de l’Agence France Presse, qui a également démonté cette supposée information selon laquelle 69,6% des jeunes en Côte d’Ivoire sont infectés par le VIH/SIDA .


En somme, les autorités sanitaires ivoiriennes ont démenti les chiffres exagérés circulant en ligne, jugés incohérents et non conformes aux données épidémiologiques disponibles. Les estimations officielles indiquent des niveaux de prévalence très éloignés des valeurs avancées dans ces publications, confirmant qu’il s’agit d’informations erronées.
Par ailleurs, certains internautes dans les commentaires de la publication virale ont également émis des doutes sur la fiabilité des données avancées sur la Côte d’Ivoire.
Le Burkina Faso, deuxième pays plus touché après la Côte d’Ivoire ? Faux !
Une autre publication datée du 07 avril 2026 sur le compte X de la ”Dépêche Africaine”, classe le Burkina Faso en deuxième position après la Côte d’Ivoire. Le compte prétend que le Burkina Faso est le deuxième pays africain le plus touché par le VIH/SIDA et qu’à Ouagadougou, 48 % des jeunes seraient déclarés séropositifs, en citant le ministère de la Santé comme source. Pourtant, cette information est fausse

Selon la plateforme de vérification des faits Fasocheck, qui a démonté cette information, le Burkina Faso ne figure pas parmi les dix pays les plus touchés du continent africain. « (..) en 2025, environ 93 000 personnes vivaient avec le VIH, avec un taux de prévalence de 0,5 % chez les 15 à 49 ans, selon les données disponibles. À l’échelle africaine, le classement des pays les plus touchés varie selon les indicateurs. En nombre, l’Afrique du Sud est le premier pays africain le plus touché. Le deuxième pays est le Mozambique. », indique le média.
Une recherche par mots-clés en lien avec le VIH/SIDA nous a orienté vers la page Facebook du ministère burkinabè de la Santé, où nous avons trouvé une publication du Secrétariat permanent du Conseil national du lutte contre le Sida (SP/CNLS), datant du 13 avril 2026, qui dément formellement ces allégations. Selon le Secrétariat permanent, « le taux de séroprévalence du VIH au Burkina Faso est de 0,5 % dans la population générale, avec des disparités selon les groupes et les régions ».
De plus, un article publié le 06 octobre 2026 sur le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), indique que le Burkina Faso a accompli des progrès remarquables en matière de lutte contre le VIH. Selon cet article, en 1997, le taux de prévalence du VIH était de 7,17%, et 0,6 % en 2023 selon le rapport ONUSIDA 2024.

Toujours selon l’article, les estimations de l’ONUSIDA précisent que « le pays compte environ 95 000 personnes vivant avec le VIH. La couverture des femmes enceintes séropositives sous traitement est passée de 45 % en 2015 à 72,91 % en 2023. Parmi les enfants nés de mères séropositives, 98,73 % étaient séronégatifs en 2023. (…) Le nombre de décès liés au VIH a également diminué, passant de plus de 3 000 par an il y a dix ans, à environ 2 600 en 2023. » Le Burkina Faso est aujourd’hui cité en exemple dans la sous-région pour la baisse continue des nouvelles infections et l’amélioration de la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH (PVVIH).
Sur le site du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique, un article publié en avril 2021, consacré à la 19e session du Conseil national de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles, rapporte une déclaration de l’ancien ministre de la Santé, le Professeur Charlemagne Ouédraogo qui indiquait que la prévalence du VIH a diminué au Burkina Faso. « Nous sommes à une prévalence de 0,7 %, ce qui correspond à environ 100 000 personnes vivant avec le VIH », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, le Burkina Faso a engagé, le 24 février 2026 à Ouagadougou, un processus de validation de son plan stratégique national de lutte contre le VIH/SIDA pour la période 2026-2030, à l’initiative du SP/CNLS-IST. Les autorités soulignent des avancées importantes ces dernières années, notamment en matière de prévention, de dépistage et de traitement. Le taux de séroprévalence est estimé à 0,5 % dans la population générale. Aussi, selon les données de la Banque mondiale, la prévalence du VIH chez les personnes âgées de 15 à 49 ans est estimée à 0,5 %, plaçant ainsi le Burkina Faso parmi les pays à faible prévalence en Afrique.

Des médias crédibles, dont l’Agence d’information du Burkina (AIB) et la RTB confirment une baisse importante du taux de prévalence du VIH/SIDA au Burkina Faso sur le long terme. Et dans le même temps, les nouvelles infections ont fortement diminué, passant de 6 254 cas en 2010 à environ 2 900 à 3 000 cas en 2024 selon les données officielles.
En outre, selon les données de la World Population Review, les six pays présentant le taux de prévalence les plus élevés au VIH/SIDA sont Eswatini, l’Afrique du Sud, le Lesotho, le Botswana, le Mozambique et le Zimbabwé. D’après la même source, en 2024, l’Afrique du Sud comptait à elle seule 7,8 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Conclusion
En définitive, les différents recoupements indiquent que les chiffres largement diffusés sur les réseaux sociaux concernant la prévalence du VIH en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso sont infondés et ne reposent sur aucune source officielle crédible.
Plusieurs institutions ont formellement démenti ces allégations. Les données issues des autorités sanitaires, des organisations internationales et des médias fiables indiquent au contraire des niveaux de prévalence nettement plus faibles, ainsi qu’une tendance globale à la baisse dans ces deux pays.