Selon un visuel diffusé sur TikTok, le président sud-africain Cyril Ramaphosa aurait déclaré que les migrants doivent respecter les lois de son pays ou quitter le territoire.
Le visuel sur lequel on peut lire clairement en en-tête : « IMPECCABLE – ACTU / NET » à côté d’une silhouette de la carte de la République démocratique du Congo, a été publié le 2 mai 2026 sur le compte TikTok @lafrique101. Sur l’image, on voit une photo du président sud-africain Cyril Ramaphosa vêtu d’un costume sombre, face à deux micros. En bas du visuel figure la légende : « RAMAPHOSA AUX MIGRANTS : “RESPECTEZ NOS LOIS, OU PARTEZ” ».
Au 4 juin 2026, la publication avait recueilli 178 700 vues, 2 405 mentions « J’aime » et plus d’une centaine de partages. À cette même date, le compte de l’auteur comptait 510 abonnements, 3 035 abonnés et 66 800 mentions « J’aime ».

La même citation a été reprise dans une publication datée du 3 mai 2026 par le compte Facebook de l’utilisatrice Tatiana Ali. Cette publication indique que le président Cyril Ramaphosa a appelé les migrants à respecter les lois et les traditions de l’Afrique du Sud, tout en rappelant la solidarité entre les pays africains. Elle mentionne également qu’il a condamné les violences anti-étrangers, averti que la justice populaire ne serait pas tolérée et réaffirmé la lutte contre l’immigration illégale et l’exploitation des travailleurs sans papiers.
Cependant, les recoupements d’informations effectués montrent que la citation attribuée à Cyril Ramaphosa sur le visuel a été déformée et ne correspond pas exactement à ses propos.
Vérifications
Le 15 mai 2026, la rédaction de Togocheck a contacté l’auteur de la publication sur TikTok. Mais nous n’avons obtenu aucune réponse.
Dans son, “A propos”, le compte indique : “Ce compte est politisé et annonce les informations officielles du monde”. Il relaie principalement des publications provenant d’autres comptes diffusant des informations à caractère politique sur le Togo et plusieurs pays d’Afrique. Les contenus portent généralement sur les États-Unis, la Chine, les pays occidentaux, la Russie, l’Espagne et les pays du Moyen-Orient, notamment l’Iran. L’auteur publie également des faits de société ainsi que des contenus axés sur la sensibilisation et l’éveil des consciences.
Une observation du visuel montre que celui-ci reprend les codes graphiques d’un média d’actualité en ligne basé à Lubumbashi en République démocratique du Congo et dénommé : « IMPECCABLE – ACTU / NET ».
Nous avons retrouvé sur la page Facebook de ce média, le visuel que nous vérifions. Il a été publié le 29 avril 2026 accompagné d’un texte relayant les propos attribués au président sud-africain Cyril Ramaphosa.
Contacté par la rédaction de Togocheck le 15 mai 2026 au sujet de cette publication, le média a confirmé l’authenticité de l’information relayée.
Dans sa réponse, la rédaction affirme avoir procédé à une vérification rigoureuse et indique que le président sud-africain a effectivement appelé les migrants à respecter les lois, les conventions et les traditions de l’Afrique du Sud. Selon les précisions fournies, cette déclaration aurait été prononcée le 27 avril 2026 lors des célébrations du Freedom Day au stade Dr Rantlai Molemela à Bloemfontein. Le média cite notamment le discours officiel publié par la Présidence sud-africaine ainsi que plusieurs médias internationaux ayant relayé les propos du chef de l’État.

Une recherche complémentaire sur ce média n’a permis de retrouver aucune trace d’un site web officiel affilié à la page Facebook. La seule présence en ligne identifiée correspond à une page Facebook qui reprend le slogan « Un regard congolais sur le monde » et se présente comme une « société de média et d’actualité ». La page indique être basée au centre-ville de Lubumbashi.
Au cours de nos vérifications, nous avons également retrouvé un profil LinkedIn associé à un certain Joseph Amani Muhombo, qui se présente comme le fondateur de « Impeccable Actu Net ».
Des propos qui n’apparaissent pas dans le discours officiel
Nous avons consulté l’intégralité du discours de Cyril Ramaphosa, dont le compte rendu est disponible sur le site officiel de la présidence sud-africaine. Cependant, nous n’y avons retrouvé aucune citation formulée sous forme de menace comme le présente l’auteur de la publication que nous vérifions.
Nous avons également retrouvé, sur la page YouTube de la Présidence sud-africaine, une vidéo d’une durée de 2 heures, 16 minutes dans laquelle le chef de l’État sud-africain prononce un discours à l’occasion des célébrations nationales du 32e anniversaire de la libération, le 27 avril 2026. Son intervention débute précisément à 54 minutes et 40 secondes.

Dans son allocution, Cyril Ramaphosa a insisté sur la nécessité, pour toute personne vivant en Afrique du Sud, de respecter les lois en vigueur, dans un contexte marqué par le renforcement du contrôle de l’immigration. Le président sud-africain a également rappelé que les ressortissants étrangers résidant dans le pays sont des invités, et que cette hospitalité doit s’accompagner du respect de la société et de ses lois. Aucun propos selon lequel le président appelle les migrants à respecter les lois de l’Afrique du Sud ou à quitter le pays.
D’autres recherches effectuées avec des mots-clés sur Google ont permis de retrouver plusieurs sites et médias en ligne qui ont relayé le discours de Cyril Ramaphosa. Toutefois, aucune publication ne confirme l’affirmation selon laquelle le président sud-africain a explicitement demandé aux migrants de respecter les lois ou de quitter le pays.
Un contexte de crises xénophobes en Afrique du Sud
Depuis 2008, la xénophobie en Afrique du Sud reste un phénomène récurrent. Elle vise surtout des migrants africains, pour la plupart des ressortissants du Zimbabwe, du Malawi, de la Zambie ou encore du Nigéria. Ces migrants sont accusés, à tort, de prendre des emplois ou d’alimenter l’insécurité dans un pays où le taux de chômage avoisine 33% au premier trimestre de cette année.
Des actes de violences ont été signalés dans le pays courant mars 2026 avec des morts, des déplacements et des attaques contre des étrangers. Les manifestations se succèdent notamment à Pretoria, Durban et Johannesburg.
Dans un climat de peur marqué par un ultimatum adressé aux migrants en situation irrégulière, sommés de quitter le pays au 30 juin 2026, plusieurs ressortissants étrangers et leurs gouvernements s’inquiètent sur les jours à venir.
Le gouvernement sud-africain, pour sa part, nie l’accusation de xénophobie en affirmant que les manifestations relèvent du droit constitutionnel. Il ajoute que les tensions doivent rester pacifiques et que les personnes présentes sur le territoire doivent voir leurs droits respectés, sans que les inquiétudes liées à l’immigration illégale servent de prétexte à la haine.
Somme toute…
L’affirmation selon laquelle le président sud-africain Cyril Ramaphosa a demandé aux immigrés de respecter les lois ou de quitter le pays est inexacte et déformée. Selon les vérifications effectuées à partir de sources officielles et du discours intégral du président sud-africain, Cyril Ramaphosa a rappelé aux étrangers résidant dans le pays la nécessité de respecter les lois et les règles en vigueur. Il a également précisé que la lutte contre l’immigration illégale ne doit pas se transformer en haine contre les Africains.