Deux images montrant le corps sans vie d’une jeune femme sur un dépotoir circulent depuis fin juillet 2025 dans des groupes WhatsApp. Alors qu’elles sont présentées comme montrant une victime des manifestations réprimées en juin au Togo, nos vérifications montrent que c’est faux.
Que montrent ces images ?
Sur la première photo, on aperçoit une femme partiellement dévêtue, allongée au sol dans une décharge sauvage bordée de végétation. La seconde photo montre la même scène dans un plan plus large. En plus du cadavre, on y aperçoit entre autres un homme, la tête couverte d’un casque filmant la scène avec un smartphone ainsi que des bâtiments à l’arrière-plan.


Les images sont accompagnées du message selon lequel il s’agit d’une des victimes des autorités togolaises lors des manifestations tenues en juin et juillet 2025. Et pourtant, les recoupements d’informations faites par Togocheck révèlent que ces photos ont été prises bien avant et dans un contexte bien différent de celui des manifestations de 2025.
Vérifications
Une recherche inversée d’images nous a conduits à une publication du 17 mai 2021 sur la page Facebook du site d’informations Togoactualités.
La publication est titrée: “L’ACTUALITÉ DU JOUR : EST-CE NORMALE ? (sic)” avec le hashtag #TOGO. Elle indique qu’il s’agit d’une «jeune fille d’environ 25 ans retrouvée morte» le dimanche 16 mai 2021 dans une décharge publique à côté de l’école “La Craie” à Agodékè près de Baguida dans la commune du Golfe 6. La publication indique que la victime a été assassinée par son compagnon épris de jalousie.
Cette information a été également relayée le 17 mai 2021 sur le site internet du même média.
Le site internet ivoirien d’actualités, infocentrale.net, a aussi publié cette information dans une publication du 18 mai 2017. L’article signé par Anani SOSSOU, un journaliste Togolais, est illustré avec une version floutée de l’une des images que nous vérifions.
Plus récemment, le média d’informations en ligne, Afrique Sur7, a également repris la même information dans un article publié le 2 novembre 2023 sans illustrer son contenu avec les clichés que nous démontons.
Aucun lien avec les manifestations de juin et juillet 2025
Selon le récit des faits par le média Togoactualités, le dimanche 16 mai 2021, le corps d’une jeune fille de 25 ans, « la tête (…) ensanglantée, couverte d’un T-shirt et d’un morceau de pagne », a été découvert à Agodékè, un quartier de la commune Golfe 6.
La découverte macabre a été faite par les habitants du quartier qui ont alerté la gendarmerie. La jeune fille rapidement reconnue par les habitants et « qualifiée de gentille, aimable et serviable », a été reliée à un jeune homme qui se trouve être son petit-ami.
Ce dernier après les interrogatoires des forces de l’ordre, a avoué l’avoir tuée d’un coup de pierre à la tête alors qu’ils se disputaient après qu’il l’ait surprise avec un autre homme. Il s’est ensuite débarrassé du corps sur la décharge publique où elle fut retrouvée.
L’article souligne que c’est le troisième homicide de ce type à Lomé en une semaine, tous motivés par la jalousie. Il écarte ainsi tout lien entre le contexte de cette image datant de mai 2021 avec les dernières manifestations à date qui se sont déroulées en juin et juillet 2025.
Aucune information de source officielle !
Sur ses réseaux sociaux, notamment Facebook, la Police Nationale publie régulièrement des communiqués relatifs à certaines découvertes macabres ou le démantèlement de réseaux criminels. Mais, en explorant ses plateformes ainsi que celles du ministère de la sécurité et de la protection civile, nous n’avons retrouvé aucune information relative à ces images.
Les décès liés aux manifestations de juin et juillet 2025 ont fait l’objet de communications officielles et médiatiques. Mais ces images ou un communiqué à leur propos n’ont été diffusées ni par aucun média officiel, ni par aucune organisation de défense des droits de l’homme.
Manifestation de 2025, terreau fertile de désinformation
Les manifestations tenues les 6, 26, 27 et 28 juin 2025 contre le régime de Faure Gnassingbé ont officiellement entraîné cinq décès, selon le gouvernement qui s’est exprimé devant la presse le mercredi 9 juillet 2025. Suite à la répression de ces marches interdites par le pouvoir de Lomé, le ministre de l’Administration territoriale dénonce des manifestations non déclarées, des actes de vandalisme et des appels au désordre.
Amnesty International a quant à lui rapporté sept décès ainsi que des corps de victimes retrouvés dans des étendues d’eau. L’organisation a recueilli les témoignages de treize personnes qui affirment que des individus, soupçonnés d’être des membres des forces de sécurité ou décrits comme des « miliciens », ont fait un usage inutile et excessif de force, ainsi que de violence.
Par ailleurs, à l’issue de ces manifestations lancées par le mouvement M66 qui comprend, des blogueurs et activistes, la plupart vivant à l’étranger, des séries de vidéos et images, hors contextes, certaines générées par l’Intelligence Artificielle ont été largement diffusées sur les réseaux sociaux. La rédaction de Togocheck a démonté plusieurs de ces fausses publications.
En clair
Les deux images partagées actuellement dans des groupes WhatsApp et prétendant qu’il s’agit d’une victime des répressions des manifestations de juin 2025 sont sorties de leur contexte. Elles montrent plutôt une jeune femme assassinée lors d’une dispute et déposée dans une décharge publique par son compagnon. Les images datent de 2021 et les faits se sont déroulés le 16 mai 2021 à Agodékè dans la commune du Golfe 6.