Faux : le Togo n’a pas récupéré de terres rattachées au Ghana

Faux le Togo n’a pas récupéré de terres rattachées au Ghana

Une vidéo de 36 secondes diffusée sur TikTok affirme que le président du Conseil au Togo, Faure Gnassingbé, aurait « récupéré des terres togolaises rattachées au Ghana ». Selon le message véhiculé par la vidéo, il s’agit d’une décision historique qui aurait été prise pour défendre les intérêts nationaux du Togo et son intégrité territoriale, ce qui pourrait influencer ses relations politiques avec le Ghana.

Publiée le 8 mars 2026 par le compte « Information Actualités », avec comme  légende : « Togo Ganah : relations politiques [sic]», la vidéo met en scène des images du dirigeant togolais et de son homologue ghanéen, John Dramani Mahama, accompagnées d’une voix synthétique.  Au 20 mars 2026, la vidéo avait été visionnée 1 598 fois et le compte de l’auteur totalisait 32 abonnements, plus de 10 000 abonnés et plus de 22 100 mentions “J’aime”.

Capture d’écran effectuée le 18/03/2026 de la publication faite le 08/03/2026 sur le compte TikTok « Information Actualités »

« Le président du Conseil, Faure Gnassingbé, vient de frapper très fort. Oui, vous avez bien entendu, il a récupéré des terres togolaises attachées au Ghana.
Cette décision marque un tournant important pour le Togo et pour toute la population togolaise. Beaucoup attendaient une action forte sur cette question sensible, et aujourd’hui, cela semble être chose faite.
Ce geste montre une volonté affirmée de défendre les intérêts nationaux et de protéger l’intégrité du territoire. Le pays retient son souffle face à cette annonce, qui pourrait changer beaucoup de choses dans les relations entre les deux nations. », annonce la vidéo. 

Et pourtant, cette affirmation est fausse. Les autorités togolaises n’ont fait aucune annonce sur une quelconque récupération de terres au Ghana.

Vérifications 

L’auteur de la vidéo, contacté le 19 mars 2026, n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais, l’examen de son compte montre qu’il diffuse régulièrement des contenus similaires, souvent construits autour d’actualités politiques et accompagnés de voix artificielles, sans sources clairement identifiées.

Pour vérifier les affirmations de sa vidéo, nous avons consulté les canaux officiels de communication des autorités togolaises (1,2,3) et ghanéennes (1,2,3), ainsi que plusieurs médias publics et privés des deux pays. Aucune annonce officielle et aucun communiqué ni couverture médiatique crédible ne fait état d’une récupération de terres par le Togo au détriment du Ghana.

Une recherche par mots-clés avec la requête « Récupération des territoires togolais rattachés au Ghana » n’a pas permis davantage de confirmer ces allégations. Elle renvoie plutôt vers une communication officielle du Ministère togolais de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières (MATGLAC), publiée le 28 février 2026 et relative à un différend frontalier maritime entre les deux pays. Cette publication fait suite à la décision du Ghana de recourir à un arbitrage international pour régler ce litige, après plusieurs années de négociations infructueuses.

« La Commission nationale des frontières maritimes du Togo (CNFMT) a animé, vendredi 27 février 2026, une conférence de presse (…), consacrée à la situation relative à la délimitation de la frontière maritime entre le Togo et le Ghana.
Cette rencontre avec les professionnels des médias visait à faire le point sur l’évolution du dossier, dans un contexte marqué par la notification, le 20 février 2026, par les autorités ghanéennes de l’engagement d’une procédure arbitrale internationale. Face à la presse, les responsables togolais ont exposé la position officielle de Lomé et réaffirmé leur attachement à un règlement fondé sur le droit international.», peut-on lire dans l’article publié par le MATGLAC.

Selon les autorités togolaises, la question porte exclusivement sur la délimitation de la frontière maritime, et non sur des territoires terrestres. Aussi, plusieurs médias togolais ont publié des articles sur cette conférence de presse. Et, tous évoquent uniquement la question de la frontière maritime, sans faire état d’une récupération de territoire.

Un différend sur des frontières maritimes vieux de 8 ans 

Selon les explications du représentant de la Commission nationale des frontières maritimes du Togo (CNFMT), Noupokou Dammipi lors de la conférence de presse, ce différend trouve son origine dans des incidents survenus entre décembre 2017 et mai 2018 dans une zone maritime contestée, notamment après l’interception par le Togo de navires ghanéens opérant dans cet espace. 

« Le différend frontalier maritime entre le Ghana et le Togo a commencé à prendre forme concrètement en décembre 2017 et mai 2018, lorsque les autorités togolaises ont intercepté deux navires sismiques ghanéens qui effectuaient une acquisition de données en eaux profondes dans une zone proche de la frontière que le Ghana considérait comme faisant partie de sa zone maritime offshore.
Le Togo a affirmé que les navires opéraient dans des eaux relevant de sa propre zone territoriale, ce qui a provoqué les premiers points de friction importants dans ce différend. », précise, myjoyonline, dans un article mis en ligne le 24 février 2026.

Depuis cet incident, la CNFMT et la Ghana Boundary Commission avaient alors convenu en juin 2018, d’ouvrir un cadre de dialogue bilatéral, conformément aux principes consacrés par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). Face à l’échec de l’aboutissement à un accord définitif,  les autorités ghanéennes ont décidé en février 2026, de porter l’affaire devant une instance d’arbitrage internationale afin d’obtenir une délimitation juridiquement contraignante.

Un communiqué de presse signé par Felix Kwakye Ofosu, député et porte-parole du Président Ghanéen abonde dans le même sens. « (…) le Ghana avait choisi l’arbitrage international afin d’éviter l’escalade des incidents qui avaient créé des tensions entre certaines institutions des deux pays, et dans le but de promouvoir une résolution pacifique et de maintenir de bonnes relations bilatérales.», confie un article publié le 20 février 2026 par Ghana News Agency.

Plusieurs médias togolais et internationaux ont publié sur ces développements récents, sans jamais évoquer une quelconque récupération de territoire par le Togo. En réalité, le différend évoqué concerne exclusivement la délimitation de la frontière maritime entre le Ghana et le Togo. Il n’est donc pas question de territoire terrestre, comme mentionné par l’auteur dans son message.

Conclusion 

En définitive, l’affirmation selon laquelle le Togo, à travers le président du Conseil, Faure Gnassingbé, aurait récupéré des terres rattachées au Ghana est fausse.
Elle repose sur une interprétation erronée, ou délibérément trompeuse, d’un différend maritime toujours en cours entre les deux pays. Aucune information officielle ne confirme d’ailleurs aucune récupération de territoires entre les deux pays.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site est protégé par reCAPTCHA et Google Politique de confidentialité et Conditions d'utilisation appliquer.

La période de vérification reCAPTCHA a expiré. Veuillez recharger la page.


Related Posts