Les défrisants doublent-ils le risque de cancer de l’utérus chez la femme noire ?

Les défrisants doublent-ils le risque de cancer de l’utérus chez la femme noire

Une affirmation largement relayée sur Facebook soutient que l’utilisation de défrisants capillaires, une pratique répandue chez les femmes noires, multiplierait par deux le risque de cancer de l’utérus.

Publiée le 19 septembre 2026 sur le compte Facebook Titi Odeal, la publication montre la capture d’écran d’une publication du compte Instagram « Tant que je serai Noire ». On y voit l’arrière de la tête d’une femme pendant l’application d’un produit défrisant sur ses cheveux. L’image est accompagnée de l’affirmation selon laquelle l’utilisation de ce produit doublerait le risque de cancer de l’utérus.

Au 10 octobre 2026, la publication avait recueilli plus de 1 300 mentions « J’aime », et 943 partages. À la même date, le compte rassemblait plus de 5 100  abonnés et suivait 606 comptes.

Capture d’écran effectuée par Togocheck le 20/10/2026 de la publication faite le 19/09/2026 sur la compte Facebook Titi Odeal

Les recoupements d’informations montrent que cette affirmation s’appuie notamment sur une étude américaine publiée en 2022 dans le Journal of the National Cancer Institute.Toutefois, des études supplémentaires sont nécessaires pour confirmer cette association. On vous explique.

À propos de la publication et son auteur

Contacté par notre rédaction via Facebook le 25 septembre 2026, l’auteur de la publication,n’a pas réagi. Une consultation de son  compte montre qu’il se présente comme originaire de Yaoundé, au Cameroun et résidant à Quimper. Il utilise principalement sa page pour relayer des contenus provenant de différents médias et pour publier des prises de position sur des sujets politiques, sociaux, technologiques et sportifs.

Parmi les contenus relayés figurent notamment des publications du quotidien français Mediapart concernant l’homme politique Jordan Bardella et des accusations d’antisémitisme, ainsi qu’un contenu consacré à la députée européenne Rima Hassan et à son traitement médiatique. L’auteur partage également des publications sur l’intelligence artificielle, la protection des mineurs et la responsabilité des entreprises.

Une recherche d’image inversée à partir de la capture d’écran de la publication nous a conduits vers le message original repris par l’auteur de l’affirmation que nous vérifions. Il a été publié sur les comptes Instagram et Facebook de « Tant que je serai noire » le 15 septembre 2026 sous le titre : « Septembre Turquoise est le mois de sensibilisation aux cancers gynécologiques. »

La photographie est accompagnée d’un texte qui affirme que l’utilisation fréquente de défrisants pourrait augmenter le risque de cancer de l’utérus. Il s’appuie sur une étude publiée en 2022 par des chercheurs des Instituts nationaux de la santé des États-Unis (NIH), menée sur plus de 33 000 femmes suivies pendant onze ans. Il évoque également la présence de substances susceptibles de perturber le système hormonal dans certains défrisants et appelle à la vigilance face aux saignements anormaux, notamment après la ménopause.

Une étude américaine de 2022 à l’origine de l’affirmation

Pour vérifier cette affirmation, nous avons effectué une recherche en ligne à partir des mots clés pour retrouver l’étude en question. La recherche a  conduit vers une étude publiée en 2022 dans le Journal of the National Cancer Institute par l’épidémiologiste et chercheuse, Docteur Che-Jung Chang et ses collègues.  

Les chercheurs ont analysé les données de 33 947 femmes américaines âgées de 35 à 74 ans, participant à la Sister Study, menée par le National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS), l’un des instituts américains de la santé.

Les participantes ont été suivies pendant près de 11 ans. Au cours de cette période, 378 cas de cancer de l’utérus ont été recensés. Les chercheuses et chercheurs ont notamment étudié l’utilisation de produits de lissage, de défrisage ou de pressage des cheveux.  Le risque était effectivement plus de deux fois supérieur chez les utilisatrices fréquentes.

Les résultats montrent que les femmes ayant déclaré utiliser des produits de lissage ou de défrisage plus de quatre fois au cours des douze mois précédant leur inclusion dans l’étude présentaient un risque de cancer de l’utérus supérieur à celui des femmes n’ayant pas utilisé ces produits.

Le rapport de risque (hazard ratio) était de 2,55, avec un intervalle de confiance de 95 % compris entre 1,46 et 4,45. Autrement dit, dans cette étude, les utilisatrices fréquentes présentaient un risque estimé à environ 2,5 fois celui des non-utilisatrices. 

Le National Institute of Environmental Health Sciences donne également une estimation plus concrète : environ 1,64 % des femmes n’ayant jamais utilisé de produits de lissage étaient susceptibles de développer un cancer de l’utérus avant 70 ans, contre environ 4,05 % chez les utilisatrices fréquentes. 

Les chercheurs n’avaient notamment pas recueilli les marques ni la composition précise des produits utilisés par les participantes. Ils évoquent cependant plusieurs substances susceptibles d’être présentes dans certains produits, notamment les parabènes, le bisphénol A, certains métaux et le formaldéhyde.

Les femmes noires, une cible particulièrement concernée ?

L’affirmation mentionne spécifiquement les femmes noires. Cette précision mérite d’être examinée à la lumière des données disponibles.

Dans l’étude publiée par les instituts nationaux de la santé aux États-Unis, environ 60 % des participantes ayant déclaré avoir utilisé des produits de lissage au cours de l’année précédente étaient des femmes noires. 

Les chercheurs précisent toutefois que l’étude n’a pas montré que l’association entre les produits de lissage et le cancer de l’utérus était différente selon la race. Ils soulignent plutôt que les résultats pourraient être particulièrement pertinents pour les femmes noires en raison de leur utilisation plus fréquente de ces produits et de leur tendance à commencer à les utiliser plus tôt dans la vie.

Cela ne signifie donc pas que les défrisants multiplient spécifiquement par deux le risque de cancer de l’utérus chez les femmes noires. Des recherches approfondies ont permis de retrouver une autre étude qui apporte des éléments supplémentaires. Publiée en 2023 dans la revue scientifique Environmental Research, elle s’est intéressée spécifiquement à 44 798 femmes noires américaines participant à la Black Women’s Health Study. Les chercheuses ont recensé 347 cas de cancer de l’utérus pendant la période de suivi. 

Dans l’ensemble des participantes, l’utilisation importante de défrisants n’était pas associée de manière statistiquement significative à une augmentation du risque : le hazard ratio était de 1,18 avec un intervalle de confiance à 95 % compris entre 0,81 et 1,71. 

Capture d’écran de « l’Abstrait » de la revue systématique publiée en 2025 et référencée sur PubMed

En revanche, chez les femmes ménopausées, les chercheurs ont observé une association statistiquement significative pour certains niveaux d’utilisation. Chez celles ayant utilisé des défrisants pendant au moins 20 ans, le risque était estimé à 1,71 fois celui des femmes n’en ayant jamais utilisé ou les ayant très peu utilisés. 

Ces résultats montrent que les associations observées peuvent varier selon les populations et les caractéristiques d’utilisation des produits. Ils ne permettent pas non plus de conclure à un lien de causalité.

Que disent les recherches plus récentes ?

Une revue systématique publiée en 2025 a examiné les études disponibles spécifiquement chez les femmes noires américaines. Les auteurs ont retenu huit études après avoir examiné 1 382 références.

Leur conclusion est plus prudente : selon eux, l’ensemble des données disponibles ne permet pas d’établir clairement que l’utilisation des défrisants augmente le risque de cancer du sein, de l’ovaire ou de l’utérus chez les femmes noires américaines. Ils soulignent également qu’aucune des études retenues n’avait caractérisé précisément la composition chimique des défrisants utilisés.

Une analyse critique des travaux existants , intitulée « Les dangers cachés des défrisants : un appel à l’action », publiée en ligne le 23 juin 2026 dans le Journal of Drugs in Dermatology, examine les risques potentiels liés à l’utilisation des défrisants chimiques, particulièrement chez les femmes noires. 

Elle indique que certains de ces produits contiennent des substances susceptibles de perturber le système hormonal. Le document précise que plusieurs études ont également observé une association entre l’utilisation fréquente de défrisants et certains cancers, notamment ceux du sein et de l’utérus. Toutefois, le texte précise que le lien de causalité n’est pas formellement établi.

Conclusion

En somme, l’affirmation selon laquelle les défrisants doublent le risque de cancer de l’utérus chez les femmes noires s’appuie sur des résultats scientifiques réels, mais sa formulation est trompeuse lorsqu’elle présente cette augmentation du risque comme un fait général et définitivement établi.

Une étude des National Institutes of Health (NIH), publiée en 2022, a effectivement observé que les femmes ayant recours fréquemment à des produits de lissage ou de défrisage, soit plus de quatre fois par an, présentaient un risque relatif de cancer de l’utérus environ 2,5 fois supérieur à celui des non-utilisatrices.

Toutefois, cette étude met en évidence une association statistique et ne permet pas, à elle seule, d’établir un lien de causalité. Les données scientifiques disponibles demeurent insuffisantes pour affirmer de manière générale et catégorique que les défrisants provoquent ou doublent le risque de cancer de l’utérus chez toutes les femmes noires.

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