Une ancienne vidéo de répression de migrants au Maroc remise au goût du jour 

Une ancienne vidéo de répression de migrants au Maroc remise au goût du jour 

Une vidéo d’une minute et trois secondes, accompagnée d’une note relayée sur WhatsApp, alerte sur une prétendue tuerie de 700 noirs au Maroc. La raison évoquée est que ce pays ne veut plus d’africains subsahariens sur son territoire. 

Partagée fin janvier 2026 dans des groupes Whatsapp, la vidéo est accompagnée d’un message qui affirme : 
Si vous connaissez quelqu’un qui vit au Maroc, veuillez l’appeler. Plus de 700 Noirs ont été tués. Le Maroc a déclaré ne plus vouloir de Noirs dans son pays. 
Faites circuler l’information. Si quelqu’un a un membre de sa famille au Maroc, informez-en les Ougandais. Soyez informés ! TRISTE NOUVELLE”.

Capture d’écran réalisée le 05/02/2026 de la vidéo et du message l’accompagnant publiés dans un groupe WhatsApp

La séquence diffusée montre des agents des forces de sécurité blancs, matraques à la main, tabassant violemment  plusieurs personnes. Il s’agit d’hommes noirs entassés les uns contre les autres, couchés à même le sol. On y voit également  d’autres hommes ensanglantés, battus à coups de matraque, gisant inertes au sol, entourés de plusieurs agents en tenue debout, dans un grand espace clos. D’un côté, un mur est visible, de l’autre, un grillage. Et en haut, à l’arrière de la clôture, quelques personnes observent la scène.

Cette vidéo, visionnée des milliers de fois, circule sur les réseaux sociaux, notamment Facebook et X, en français et en anglais depuis mars 2025. Elle est accompagnée des mêmes messages d’alertes sur une prétendue tuerie de 700 Noirs au Maroc.

En réalité, cette vidéo remonte à juin 2022. D’après nos recherches, elle a été filmée à la frontière entre le Maroc et l’Espagne, lors du drame de Melilla, une ville située à la frontière des deux pays, où des migrants ont perdu la vie. Contrairement aux informations relayées, le chiffre de 700 morts ne correspond à aucune donnée vérifiée. 

Ce qui est vrai

Des recherches inversées d’images, effectuées à partir de plusieurs captures clés de la vidéo via Google Lens, ont conduit à une publication en anglais sur la page X certifiée, @AfricaFactsZoneX (capture d’écran ci-dessous). La page a diffusé le 28 juin 2022 la même vidéo d’une durée de 1 minute 35 secondes, accompagnée d’un message indiquant  que l’Union africaine a exprimé sa profonde consternation face à la mort d’au moins 23 migrants africains.Selon cette publication, les victimes ont été violentées alors qu’elles tentaient de traverser la frontière entre le Maroc et Melilla, en Espagne. Environ 2 000 migrants auraient tenté de franchir la clôture séparant les deux territoires et auraient fait face à une répression violente des autorités

Capture d’écran réalisée le 05/02/2026 de la vidéo partagée sur la page X @AfricaFactsZone Cercle rouge ajouté par Togocheck pour matérialiser la date qui est bien antérieure au message qui accompagne la publication actuelle sur WhatsApp

Une autre publication en anglais sur X (capture d’écran ci-dessous), datant du 25 juin 2022, relate les mêmes faits et accuse le régime du roi Mohammed VI de commettre un massacre pour servir ses maitres européens.

Capture d’écran réalisée le 05/02/2026 de la vidéo et du message l’accompagnant partagés sur X par l’utilisateur K.Diallo. Cercle rouge ajouté par Togocheck pour matérialiser la date (25 juin 2022) qui est bien antérieure au message qui accompagne la publication actuelle sur WhatsApp et encadré rouge pour marqué le message

Des recherches complémentaires menées en français, en anglais et en espagnol sur Google avec les mots-clés en lien avec la tuerie de migrants à Melilla ont conduit à un article publié le 28 juin 2022 par le média espagnol Telemadrid qui corrobore cette information. Selon Telemadrid, il s’agit de 23 migrants subsahariens décédés le 24 juin 2022, à la frontière de Melilla, entre le Maroc et l’Espagne. Aucun rapport avec le bilan de 700 morts évoqués dans la vidéo que nous vérifions. 

Le média a également publié le même jour, un autre article en lien avec ce drame. « Le Comité des Nations Unies pour les travailleurs migrants a appelé le Maroc et l’Espagne à enquêter immédiatement et de manière approfondie sur les causes de la mort de 23 migrants subsahariens qui ont participé à une tentative massive et violente de traverser la frontière entre le Maroc et la ville espagnole de Melilla.

“Il reste à déterminer si les victimes sont mortes en tombant de la clôture, dans la bousculade, ou des suites d’une action quelconque des agents frontaliers”, a déclaré l’organe des Nations Unies chargé de surveiller le respect de la Convention internationale sur les droits des travailleurs migrants » ; relate le média en précisant que l’Union africaine et l’ONU ont appelé à l’ouverture d’une enquête. 

Plusieurs médias ont rapporté l’information en juin et juillet 2022. Dans un article en date du 28 juin 2024 TV5monde indique que, le vendredi 24 juin, entre 1 500 et 2 000 migrants, principalement soudanais et sud-soudanais d’après les associations, ont tenté de traverser la frontière à Melilla, pour passer du Maroc à l’Espagne. Ils étaient armés de pierres et de bâtons pour certains, prêts à se défendre face aux autorités espagnoles et marocaines. Celles-ci les ont accueillis à coup de bâtons et de gaz lacrymogènes, provoquant des bousculades dans une zone étroite et des chutes depuis les barrières grillagées de la frontière”. 

Capture d’écran réalisée le 05/02/2026 de l’article publié le 28 juin 2022 par AMNESTY INTERNATIONAL sur son site internet. Cercles rouges ajouté par Togocheck pour matérialiser la date et le bilan des personnes décédées qi est bien loin des 700 personnes évoquées sur WhatsApp

Si les faits rapportés sont avérés et documentés par des organisations de défense des droits humains, le chiffre de 700 morts avancé dans la publication n’est étayé par aucune donnée officielle provenant des autorités marocaines ou espagnoles, ni par les organisations de défense des droits humains comme l’AMDH et Amnesty International.

Ce qui est incertain

La séquence affirmant que 700 noirs auraient été tués au Maroc et que le pays ne veut plus de cette race sur son territoire n’est corroborée par aucune source crédible. 

Des recherches complémentaires ont été menées pour vérifier si un massacre ou un événement d’une telle ampleur s’était récemment produit au Maroc. Aucun article de média marocain ou étranger n’a rapporté de tels faits. De plus, les autorités marocaines n’ont publié aucune déclaration visant les Africains subsahariens ni évoqué un quelconque ciblage de populations noires.

Les sites officiels des organisations de défense des droits humains consultés n’ont publié aucun rapport qui signale de récentes violences de cette nature au Maroc. L’actualité récente du pays est principalement dominée par des sujets relatifs à la politique, l’économie et le sport, notamment les amendes et suspensions à l’endroit du Sénégal et du Maroc suite à la finale de la CAN 2025.

Le Maroc, entre tensions récurrentes liées à la migration irrégulière et au racisme

Le Maroc reste confronté à la migration clandestine. Selon un rapport officiel sur les « Réalisations du ministère de l’Intérieur pour l’exercice 2025 », “ les services de sécurité marocains ont déjoué 42 437 tentatives de trafic de migrants et démantelé 188 réseaux criminels spécialisés dans ce type d’activité jusqu’à fin août 2025. Sur la même période, la Marine royale a indiqué avoir sauvé 9 518 personnes de différentes nationalités de la noyade, alors qu’elles tentaient de rallier l’Europe.” Ces chiffres sont rapportés par le site marocain d’actualités, hespress.com, dans un article publié le 5 novembre 2025

Par ailleurs, le racisme envers les Noirs existe depuis plusieurs décennies dans certaines régions du Maghreb, y compris au Maroc comme le relate un article du quotidien Le Monde, daté de juillet 2019 basé sur un entretien avec l’historien et auteur Chouki El Hamel. Dans son ouvrage, Le Maroc noir, une histoire de l’esclavage, de la race et de l’islam, cet auteur retrace la place des populations noires au Maroc pour décrypter le racisme qui y perdure.

Ces pratiques, notamment les mauvais traitements infligés aux migrants subsahariens et les messages de haine ont d’ailleurs été dénoncées par plusieurs associations  au Maroc. Celles-ci font état d’une multiplication des messages de haine et « des propos négrophobes » publiés sur les réseaux sociaux. Ces discours haineux ont récemment refait surface lors de la finale de la CAN 2025. 

Conclusion

En clair, la vidéo présentée comme montrant 700 noirs tués au Maroc contient des affirmations trompeuses. La vidéo est réelle, mais elle n’est pas récente. Les images proviennent en réalité du drame survenu le 24 juin 2022, lors d’une tentative de passage massif des migrants subsahariens à Melilla, ville située à la frontière entre le Maroc et l’Espagne. Le bilan officiellement reconnu fait état d’au moins 23 morts, et non de 700 comme l’affirment les publications virales.

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