Une vidéo TikTok de 59 secondes recommande aux femmes qui ont des écoulements mammaires de boire de l’eau de coco mélangée à du fruit de baobab et à du clou de girofle. La séquence, postée le 19 août 2026 par l’utilisatrice @lea.nature4, attribue ces écoulements à des « plaies utérines » susceptibles de perturber les règles, l’ovulation, et de causer des fausses couches ou l’infertilité.
La vidéo est suivie du témoignage d’une femme qui dit vouloir associer ce remède à un autre produit présenté comme un « kit vidange ». Elle recommande d’y ajouter une petite quantité de clou de girofle afin de favoriser, selon elle, l’apparition de la glaire cervicale.
Au 17 octobre 2026, la vidéo totalisait plus de 164 000 vues, 6 530 mentions « J’aime » et plus de 1 800 partages. À la même date, le compte compte 188 abonnements, plus de 146 200 abonnés et plus de 738 100 mentions « J’aime ».
Cependant, aucune étude ne fournit de preuve clinique démontrant l’efficacité de ce mélange comme traitement contre des écoulements mammaires chez les femmes.
Aucune documentation sur ce mélange
Contactée depuis le 2 septembre 2026 par la rédaction de Togocheck pour en savoir davantage sur ce remède, l’auteure de la publication n’a pas répondu. Dans la description de son compte, on peut lire : « Santé au naturel, la patience est un chemin d’or ».

Ses publications concernent pour la plupart des remèdes traditionnels destinés aux hommes, mais surtout aux femmes en âge de procréer, pour des problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive. L’auteure suggère notamment des remèdes naturels qu’elle accompagne d’une offre de « kits vidange » payants. Elle donne également des conseils sur l’ovulation, les menstruations et les difficultés à avoir des enfants.
Plusieurs recherches en ligne visant à vérifier si le mélange d’eau de coco, de fruit de baobab et de clou de girofle peut soigner les écoulements mammaires n’ont donné aucun résultat concluant. Nous n’avons trouvé aucune étude scientifique confirmant l’efficacité de ce mélange dans le traitement de cette affection.
En revanche, nos recherches nous ont conduits vers des travaux portant sur les bienfaits de ces trois ingrédients. Ces travaux fournissent des informations sur leurs propriétés nutritionnelles et leurs effets bénéfiques potentiels. Mais, nous n’avons retrouvé aucune preuve scientifique concluante que leur mélange puisse soigner les écoulements mammaires.
Des bienfaits documentés de l’eau de Coco
Selon plusieurs sources consultées, l’eau de coco est une boisson saine et rafraîchissante qui contient notamment des minéraux comme le potassium et le magnésium.
Selon le média d’informations médicales Heathline, dans un article publié le 16 avril 2026, l’eau de coco est une boisson naturelle riche en électrolytes et en antioxydants. Elle est reconnue pour ses propriétés hydratantes et sa faible teneur en calories.
Des études préliminaires suggèrent qu’elle pourrait contribuer à réduire la glycémie, prévenir la formation de calculs rénaux en augmentant l’excrétion de certains minéraux urinaires, et soutenir la santé cardiovasculaire grâce à son activité antioxydante. Elle peut également contribuer à la réhydratation après un effort physique, avec des résultats comparables, dans certaines études, à ceux de boissons destinées aux sportifs.
Cependant, la plupart de ces bienfaits reposent sur des études chez l’animal ou de petits essais humains, et aucune preuve scientifique ne soutient les allégations selon lesquelles l’eau de coco soignerait les « plaies utérines », les écoulements mammaires, l’infertilité ou les fausses couches.
Qu’en est-il du baobab ?
Une étude publiée en 2023 et référencée par la National Library of Medicine aux Etats Unis a examiné les composés bioactifs et les activités biologiques du baobab (Adansonia digitata). Elle confirme ses propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires, antimicrobiennes et analgésiques, ainsi que son potentiel effet sur la régulation de la glycémie, tout en soulignant que ses usages traditionnels en Afrique concernent principalement la fièvre, la diarrhée et la toux, sans aucune preuve scientifique soutenant un effet sur les pathologies gynécologiques comme les « plaies utérines » ou les écoulements mammaires.
Le fruit du baobab est également riche en vitamine C et en micronutriments, tels que le zinc, le potassium, le magnésium, le fer, le calcium et les protéines, contribuant ainsi à réduire les carences nutritionnelles. Toutefois, les auteurs soulignent également le manque d’essais cliniques permettant d’établir solidement certaines de ses propriétés thérapeutiques.
Une autre revue scientifique publiée en août 2024 et disponible sur ScienceDirect rapporte également plusieurs propriétés potentielles du baobab. Mais, elle précise également que les recherches sur cette plante restent limitées malgré son utilisation traditionnelle dans différentes régions d’Afrique. Plusieurs sources rapportent des vertus du baobab, mais aucune n’a mentionné des bénéfices de son association au clou de girofle et à l’eau de coco contre les écoulements mammaires.
Quid du clou de girofle ?
Selon les sources consultées en ligne, le clou de girofle, de son nom scientifique Syzygium aromaticum, a fait l’objet de recherches sur la reproduction.
Une revue publiée en 2023 dans Reproductive Sciences a recensé 76 études consacrées aux effets du clou de girofle et de certains de ses composés sur le système reproducteur. Ces études concernent toutefois différents modèles, notamment des travaux in vitro, chez l’animal et chez l’être humain, avec des résultats parfois contradictoires.
Le clou de girofle est une épice largement utilisée pour ses propriétés médicinales et culinaires, mais elle nécessite des précautions d’usage strictes en raison de la puissance de ses actifs. Riche en antioxydant, ses effets sont connus pour soulager les douleurs dentaires, améliorer la digestion.
Ces éléments ne démontrent toutefois pas que le clou de girofle, seul ou associé au baobab et à l’eau de coco, permet de traiter un écoulement mammaire.
Ce que les recherches révèlent sur les causes des écoulements mammaires
Les recherches par mots clé révèlent que l’écoulement du mamelon peut avoir différentes causes qui n’ont aucun lien avec des « plaies » dans l’utérus.
Selon la Mayo Clinic aux Etats-Unis, les écoulements mammaires peuvent avoir différentes causes, souvent bénignes, comme la grossesse, l’allaitement, des changements hormonaux, certains médicaments, une infection ou des modifications bénignes du sein.
Ces écoulements peuvent être de différentes couleurs et provenir d’un seul sein ou des deux. Toutefois, un écoulement spontané, persistant, provenant d’un seul sein, surtout s’il est clair ou sanglant ou s’il est associé à une masse dans le sein, doit être évalué par un professionnel de santé, car il peut parfois être lié à une anomalie nécessitant des examens.
D’autres recherches montrent qu’il existe des cas particuliers d’écoulement lacté en dehors de la grossesse ou de l’allaitement, appelé galactorrhée. L’une de ses causes possibles est l’excès de prolactine dans le sang, une hormone produite par l’hypophyse. Un article publié le 22 décembre 2O22 par l’American Family Physician indique que cet excès, appelé l’hyperprolactinémie, peut être liée à certains médicaments, à des troubles de l’hypophyse, à l’hypothyroïdie ou à d’autres maladies.
Selon le Manuel MSD, l’écoulement mamelonnaire chez une femme en dehors de la grossesse ou de l’allaitement est un motif fréquent de consultation en gynécologie, particulièrement durant les années de vie reproductive. Bien que la grande majorité de ces écoulements soit d’origine bénigne, certaines caractéristiques cliniques nécessitent des examens d’imagerie ou un suivi spécialisé. L’article souligne également que l’écoulement mamelonnaire est toujours anormal chez l’homme.
D’après le manuel MSD, l’institut national du Cancer en France et d’autres sources médicales consultées, le traitement d’un écoulement du mamelon dépend de la cause identifiée. Il peut aller d’une simple surveillance à un traitement médicamenteux ou, dans certains cas, à une intervention chirurgicale.
Existe-t-il un lien entre l’écoulement mamelonnaire et les «plaies dans l’utérus » ?
Il existe effectivement des situations médicales dans lesquelles un écoulement lacté des mamelons peut être associé à des troubles menstruels ou à des problèmes de fertilité. Mais ce lien ne signifie pas que l’écoulement est provoqué par une « plaie » dans l’utérus.
Selon une étude publié le 5 avril 2024 et référencée par la National Library of Medicine aux Etats-Unis, l’hyperprolactinémie est une cause fréquente d’irrégularités menstruelles, d’écoulements lactés des mamelons, d’hypogonadisme et d’infertilité chez la femme. Cette prise de position a été publiée par la Fédération brésilienne des associations de gynécologie et d’obstétrique et de la Société brésilienne d’endocrinologie et de métabolisme.
L’American Society for Reproductive Medicine recommande d’ailleurs de rechercher une cause sous-jacente lorsqu’une femme présente une absence ou une irrégularité des règles ou une anovulation. L’hyperprolactinémie figure parmi les causes possibles de troubles de l’ovulation. La prolactine est particulièrement indiquée dans le bilan lorsqu’une galactorrhée est associée à une oligoménorrhée ou une aménorrhée.
Conclusion
L’affirmation selon laquelle la consommation d’un mélange à base d’eau de coco, de baobab et de clou de girofle permet de soigner l’écoulement mammaire n’est pas étayée par des preuves scientifiques.
Les données disponibles montrent qu’un écoulement du mamelon peut avoir plusieurs causes médicales. Sa prise en charge dépend donc de la cause identifiée.
Aucune des références médicales consultées n’établit l’existence de « plaies utérines » comme cause des écoulements mammaires ni ne recommande le mélange d’eau de coco, de baobab et de clou de girofle pour traiter cette affection.