Une vidéo publiée sur TikTok, affirme que les autorités burkinabè auraient décidé d’interdire l’importation de mèches et de perruques synthétiques en provenance de l’étranger. Selon l’auteur de la vidéo, le président burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré aurait pris cette décision pour valoriser les coiffures naturelles et les créations locales, en précisant que « l’Afrique n’est pas un musée ».
Le 13 décembre 2025, le compte TikTok @eltv14 a publié une vidéo accompagnée du texte :
« Ibrahim Traoré interdit l’importation de cheveux artificiels (perruques). DERNIÈRE MINUTE : Le capitaine Ibrahim Traoré a interdit l’importation de cheveux artificiels (communément appelés perruques) en provenance des pays à majorité blanche vers son pays, le Burkina Faso. Il souligne ainsi que « l’Afrique est un continent, et non un musée ».
La vidéo montre le narrateur, un homme, avec en arrière-plan une photographie du président Ibrahim Traoré. Différentes images défilent ensuite : des perruques posées sur des mannequins, des femmes manipulant des mèches, des tas de mèches entreposés dans des enclos, ainsi qu’une usine de fabrication de ce produit.

La publication, visionnée 778 000 fois, a généré 31 200 mentions « J’aime » et 13 400 partages au 8 janvier 2026. À la même date, le compte de l’auteur, @eltv14, comptait 972 abonnements et 293 700 abonnés
L’affirmation s’est largement répandue sur les réseaux sociaux, notamment sur Facebook, Tiktok et Youtube. Elle a également été reprise par certains sites d’information en ligne comme economiknews, Africa Top Success, latribunedelacapitale. Ces publications, diffusées à la mi-décembre 2025, relayent toutes le même message selon lequel le capitaine Ibrahim Traoré aurait interdit l’importation de mèches et de perruques synthétiques.
Pourtant, cette affirmation est totalement mensongère. Il s’agit d’une déclaration faussement attribuée à Ibrahim Traoré.
Vérifications
La rédaction de Togocheck a contacté le 22 décembre 2025, l’auteur de la vidéo afin d’obtenir des précisions sur les sources de son affirmation. Mais aucune réponse n’a été reçue.
Une analyse du compte de l’auteur montre qu’il publie régulièrement des vidéos portant sur l’actualité politique et économique, notamment dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), mais aussi dans d’autres pays d’Afrique et en Asie, notamment en Chine, en Corée du Nord et en Iran. Il diffuse également des informations sur le président américain Donald Trump, en particulier concernant les questions internationales. Parmi ses publications, on retrouve la fausse affirmation qui laissait croire que le Burkina Faso se serait doté d’un missile balistique. Une intox démentie en juin 2025 par notre rédaction.
Nous avons également consulté deux sites gouvernementaux burkinabé : celui du ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat ainsi que celui de la Présidence du Faso. À ce jour, aucun communiqué officiel ni aucune annonce ne confirme ou n’infirme une interdiction des importations de perruques et de mèches synthétiques. Par ailleurs, aucune parution médiatique au Burkina Faso ne corrobore cette supposée interdiction.
Des journalistes burkinabè, interrogés sur le sujet le 22 décembre 2025, démentent également l’affirmation que nous vérifions et la qualifient de fausse.
Des recherches approfondies dans les médias burkinabè montrent que, lors d’une sortie en août 2025 dans le cadre de la célébration de la journée de l’excellence scolaire, le Capitaine Ibrahim Traoré a mis en garde les jeunes filles et plus largement la jeunesse contre les distractions susceptibles de freiner leur potentiel intellectuel. Il n’a pas tenu de propos relatifs à une quelconque interdiction d’importation ou au port de perruques ou de mèches synthétiques, mais a plutôt appelé les jeunes à une utilisation responsable des réseaux sociaux.
Un message similaire a été délivré par la ministre de l’Action humanitaire et de la Solidarité nationale, alors que le Burkina Faso commémorait, le 11 octobre 2025, la Journée internationale de la jeune fille. Elle a notamment déclaré : « Jeunes filles du Burkina Faso, je vous invite à passer moins de temps en ligne et à investir davantage votre énergie dans la réalité. Les réseaux sociaux sont des outils puissants entre vos mains : Servez‑vous‑en pour bâtir votre avenir, et non pour compromettre votre image. La révolution numérique est irréversible, mais veillons à en faire une force au service du progrès, et non un instrument de dépravation. » Des propos qui n’ont aucun lien avec une interdiction d’importation de perruques dans le pays.
Par ailleurs, nos recherches ont permis d’identifier d’autres fausses affirmations similaires, attribuées à Ibrahim Traoré, selon lesquelles les juges burkinabè auraient abandonné, depuis la mi-janvier 2025, les perruques de style colonial. Selon ces publications, cette mesure s’inscrirait dans une volonté de rupture avec les symboles du passé colonial et viserait à affirmer la souveraineté du Burkina Faso ainsi que l’indépendance de sa justice. Mais, cette information avait déjà été démontée par des organisations de vérification des faits.
Conclusion
En somme, l’affirmation selon laquelle le président Ibrahim Traoré aurait mis fin à l’importation des mèches et perruques synthétiques au Burkina Faso afin de valoriser les coiffures naturelles et les créations locales est fausse.