La mammographie provoque-t-elle le cancer du sein ? Des affirmations exagérées

La mammographie provoque-t-elle le cancer du sein Des affirmations exagérées

Une vidéo diffusée dans des groupes WhatsApp alerte sur la dangerosité de la mammographie promue lors des campagnes de dépistage du cancer du sein, notamment. La raison avancée par l’auteur, est que la mammographie, présentée comme un outil de prévention serait en réalité inefficace et constitue un empoisonnement aux rayons ionisants, exposant les jeunes filles et les garçons.

La vidéo en question est légendée: « La mammographie, cet empoisonnement». On y voit un homme d’âge mûr, dénommé docteur Jean-Paul Yao Amégan, portant des lunettes, une chemise rouge et un kufi assorti, assis sur un canapé sombre. Il  avance que les campagnes de dépistage, en particulier celles menées durant le mois dédié à la sensibilisation dénommé« Octobre Rose», au lieu d’aider à prévenir la maladie, constituent un véritable empoisonnement aux rayons ionisants, capables de provoquer le cancer qu’elles prétendent éviter. Il soulève également plusieurs points liés à ce dépistage, notamment le risque d’irradiation, la notion de Number Needed to Treat (NNT ou NPT en français), l’existence de cancers dits “de l’intervalle”, ainsi que la crainte que ces campagnes servent davantage à alimenter l’industrie pharmaceutique qu’à sauver des vies.

Des comptes sur Tiktok ont diffusé des vidéos similaires, suscitant des milliers de commentaires autour de la “dangerosité de la mammographie”. Mais, si le risque lié à cette irradiation est réel, les recherches montrent qu’il est extrêmement faible et les affirmations avancées par Jean-Paul Yao Amégan sont exagérées. 

Les recherches

Les tentatives pour retrouver la vidéo sur le compte du docteur Jean-Paul Amegan ont été infructueuses. Une recherche inversée d’image avec une capture d’écran de la vidéo a permis de la retrouver, publiée le 22 octobre 2025 sur les comptes TikTok et Facebook de Santécine Infinity TV, où il diffuse régulièrement ses conseils pratiques en matière de santé.

Nous avons tenté de le joindre sur cette page pour avoir des éclaircissements sur sa déclaration, mais nos tentatives sont restées sans réponse.

Une recherche en ligne à partir du nom “Jean Paul Yao Amegan” a orienté vers des articles qui indiquent qu’il est médecin togolais, thérapeute, tradithérapeute ou tradipraticien, herboriste, naturopathe. Diplômé de l’Université de Lomé, il a fait des études complémentaires aux États-Unis avant de s’installer au Sénégal en 2016, où il exerce depuis. Très actif sur les réseaux sociaux, il parle le plus souvent des sujets relatifs à la santé. 

D’autres sources indiquent également que Docteur Jean-Paul Amegan est un médecin controversé. Il a été mis aux arrêts le 31 juillet 2019 au Sénégal pour exercice illégal de la profession. 

La mammographie, des risques de radiation, mais très faibles 

Selon une publication de l’institut national du cancer du département de la santé et des services sociaux aux Etats-Unis, mise à jour le 2 décembre 2025, une mammographie est une radiographie des seins, utilisée pour le dépistage du cancer du sein.  Elle “permet de détecter les tumeurs à un stade précoce, avant l’apparition des symptômes” .

Selon la même source, la mammographie peut également être utilisée pour dépister un cancer du sein après la découverte d’une grosseur. Cependant, ce type de mammographie appelé mammographie diagnostique nécessite des images prises sous davantage d’angles que la mammographie de dépistage. Ce qui entraîne une dose de radiation plus élevée.

Le centre de Chirurgie du sein basé en France, dans une publication en date du 6 décembre 2024 explique que bien que l’exposition aux radiations des mammographies comporte un risque, ce dernier reste faible par rapport aux avantages potentiels d’une détection précoce du cancer du sein. L’article indique que les experts en santé publique considèrent que les bénéfices de la mammographie en termes de détection précoce des cancers du sein surpassent largement les risques liés à l’exposition aux radiations. 

La radiation ionisante a la capacité de pénétrer dans les tissus et d’endommager les cellules, ce qui peut, dans certaines conditions, augmenter le risque de cancer. Cependant, la quantité de radiation utilisée dans une mammographie est faible. En moyenne, une mammographie standard délivre environ 0,7 millisieverts (mSv) de radiation, soit l’équivalent de l’exposition naturelle à la radiation en une période de sept semaines. Pour mettre cela en perspective, une personne est exposée à une quantité similaire de radiation juste en vivant dans l’environnement quotidien, sans subir d’examen médical” ;  précise l’article. Il ajoute que le risque augmente avec les mammographies répétées chez les femmes qui subissent cet examen régulièrement et ce, tout au long de leur vie, ce qui leur fait accumuler une dose importante de radiation.

Cet article cite comme références l’American Cancer Society, une organisation non gouvernementale basée aux Etats-Unis, la National Cancer Institute qui est l’agence du gouvernement des Etats-Unis dédiée à la recherche sur le cancer, et l’organisation caritative Cancer Research UK au Royaume Uni.

Dans le même sens, une étude américaine de janvier 2016 menée sur les femmes de 40 à 70 ans, suggère que des mammographies répétées pourraient augmenter le risque de cancer du sein, notamment chez les femmes à forte poitrine. L’étude indique également qu’un dépistage tous les deux ans à partir de 50 ans réduirait ce risque de cancers radio-induits.

C’est dans cette optique que l’institut national du cancer en France, dans une publication du 3 septembre 2025 affirme que la mammographie expose à des rayons X et une exposition répétée peut parfois entraîner l’apparition d’un cancer. Elle ne doit donc être utilisée que si elle est utile. Mais, l’institut précise tout de même que le risque de décès par cancer radio-induit est de l’ordre de 1 à 10 pour 100 000 femmes ayant réalisé une mammographie tous les 2 ans pendant 10 ans. Le nombre de décès évités avec le dépistage est largement supérieur au risque de décès par cancer radio-induit.

Contactée par notre rédaction, la gynécologue et obstétricienne à Lomé Docteur Dédé Bénédicta Amewoui déclare que les affirmations de Docteur Amegan sont exagérées: “La mammographie ne tue pas; les doses de radio qui sont envoyées ne sont pas létales et c’est pour ça qu’ on fait les mammographies chaque deux ans à partir de 40 ans” précise t – elle. Selon ses propos, le bénéfice de la mammographie sur la détection précoce du cancer chez les hommes et les femmes est plus grand que les risques d’irradiation. 

Aussi, dans un numéro de l’émission “DUNYA”, intitulée “Le cancer du sein, faire taire les préjugés”, diffusée le 14 octobre 2025 par la radio en ligne, Radio Djena, le président de la Ligue togolaise contre le cancer, Stéphane Awuity, revient sur le sujet. Il confirme que la mammographie et l’échographie mammaire sont des examens médicaux utilisant des rayonnements X. Toutefois, selon les recherches, les effets de cette radiation sont minimes comparés aux conséquences du cancer du sein. Il conseille aux femmes de 50 ans et plus d’effectuer cet examen chaque année car à cet âge, le risque devient plus élevé.

Le site d’information médicales grand public medicalnewstoday.com basé aux Etats-Unis s’inscrit dans cette même logique. Dans un article publié le 13 juin 2024, il renseigne que les avantages de la détection précoce l’emportent sur les risques potentiels associés aux mammographies. Des mammographies régulières ont permis de réduire le nombre total de décès dus au cancer du sein.

Le dépistage et le traitement précoces du cancer augmentent considérablement les chances de guérison complète et peuvent permettre des traitements plus courts et moins invasifs. La mammographie comporte certains risques, notamment des résultats erronés et une exposition à une faible dose de rayonnements ionisants pendant l’examen. Nous sommes tous exposés quotidiennement à des rayonnements ionisants provenant de notre environnement naturel. Cependant, une exposition accrue peut augmenter le risque de développer un cancer plus tard dans la vie”, indiquent les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies CDC, dans un article publié le 25 octobre 2024.

En définitive

Selon les sources consultées, la mammographie permet de détecter d’éventuelles anomalies dans le sein. Elle utilise des rayons X à faible dose, et le risque lié à l’exposition est très faible comparé au bénéfice qu’apporte la détection précoce du cancer du sein. L’affirmation selon laquelle la mammographie est un poison provoquant le cancer du sein est donc exagérée.

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