Une vidéo d’une minute et onze secondes, largement diffusée sur Facebook depuis la mi-mars 2026, affirme que le président américain Donald Trump envisagerait d’imposer de nouvelles sanctions à l’encontre de certains dirigeants africains. Selon ce contenu, ces mesures incluraient notamment la saisie de leurs biens situés aux États-Unis ainsi que l’interdiction pour leurs enfants d’accéder aux universités américaines.
Publiée le 16 mars 2026 par la page « New-Info », la vidéo est un montage composé de plusieurs images d’apparitions publiques du président Donald Trump, notamment lors de conférences de presse, déplacements officiels, interventions à la Maison-Blanche etc.

« Séisme diplomatique, le président américain Donald Trump menace désormais de saisir les biens de certains présidents africains aux Etats-Unis et d’empêcher leurs enfants d’étudier dans les universités américaines. Oui, je t’explique tout. (…)», annonce le narrateur dès l’entame de la vidéo.
Avant de poursuivre, « Selon plusieurs sources politiques, ces sanctions viseraient des pratiques que Washington considère contraires aux intérêts américains.
Autrement dit, la Maison-Blanche pourrait frapper là où cela fait le plus mal : fortunes placées à l’étranger, l’éducation des élites africaines aux Etats-Unis.»
Pour corroborer ses propos, l’auteur de la vidéo précise, « Ce n’est d’ailleurs pas la première décision controversée du président américain sur le continent. En février 2025, Donald Trump avait déjà accusé l’Afrique du Sud de confisquer des terres.
Résultat, Washington avait suspendu l’aide américaine au pays, provoquant une forte tension diplomatique. (…)»
Au 23 mars 2026, la publication cumulait plus de 12 000 vues, 174 mentions « J’aime », 36 partages et 22 commentaires. À cette même date, le compte de l’auteur comptait plus de 3 200 abonnés et ne suivait aucun autre compte.
Mais, déjà le 20 décembre 2025 et le 8 janvier 2026, deux pages Facebook avaient publié un message similaire affirmant que Donald Trump « crée la panique » en menaçant de saisir les biens de dirigeants africains. Et, selon les commentaires sous ces publications, de nombreux internautes apprécient le positionnement de Donald Trump et soutiennent son projet.
Pourtant, après vérification, aucune preuve ne permet d’étayer ces affirmations ou de confirmer que Donald Trump a effectivement pris ces types de sanctions à l’encontre des dirigeants africains.
Vérifications
Notre rédaction a contacté l’auteur de la publication le 23 mars 2026 afin d’obtenir des précisions, mais aucune réponse n’a été donnée à nos sollicitations.
L’examen de la page « New-Info » montre qu’elle diffuse régulièrement des contenus similaires sur l’actualité internationale. Ses contenus reposent sur des montages vidéo accompagnés de voix synthétiques, souvent centrés sur des figures politiques internationales comme Emmanuel Macron, Donald Trump, Vladimir Poutine ou encore Macky Sall. Au total, 27 vidéos de ce type y ont été publiées à la date du 23 mars 2026.
Pour vérifier les allégations contenues dans cette vidéo, nous avons consulté plusieurs sources officielles. Sur les réseaux sociaux, ni les comptes officiels de Donald Trump, notamment Truth Social, sur lequel il est très actif, ni les comptes officiels des institutions ne font état d’une quelconque décision visant les dirigeants africains ou leurs familles.
Aucune décision de ce genre ne figure non plus dans le registre fédéral des décrets présidentiels, la page officielle du gouvernement américain où sont répertoriées les ordonnances, et sur les pages de la Maison Blanche qui met à jour les décrets du président.
Les grands médias tant locaux qu’internationaux (1, 2, 3, 4, 5), qui couvrent de manière systématique les décisions et prises de position du président américain, n’ont également relayé aucune information en ce sens.

Une recherche avec les mots-clés n’a donné aucun résultat probant. Elle renvoie plutôt vers des publications sur les réseaux sociaux ou vers des articles publiés par des médias d’information en ligne peu fiables reprenant ces affirmations sans fournir de preuves.
Parmi ces médias figure Dunia News, qui indique que cette prétendue mesure est une stratégie américaine pour promouvoir la bonne gouvernance en Afrique. « (…). Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de pression exercée par les États-Unis pour encourager la bonne gouvernance et la transparence en Afrique. De nombreuses voix saluent cette initiative, estimant qu’elle pourrait forcer certains régimes africains à mieux rendre des comptes à leurs populations et à leurs partenaires internationaux.», lit-on dans l’article.
Des amalgames suite aux décisions visant l’Afrique du Sud et le Rwanda
Certaines de ces publications tentent d’ancrer cette rumeur dans des faits réels, en évoquant des tensions entre Washington et certains pays africains. Parmi les articles faisant cet amalgame, figure le média en ligne Echowebafrique.
Selon un article publié le 12 mars 2026 sur son site internet, le média annonce que « Le président américain Donald Trump a récemment signé un décret marquant un tournant dans la lutte contre la corruption en Afrique. Cette nouvelle mesure, qui vise à saisir les biens mal acquis des dirigeants africains aux États-Unis, pourrait avoir des conséquences importantes pour les élites politiques du continent. En effet, les comptes bancaires, villas, véhicules de luxe et yachts des dirigeants soupçonnés de corruption seront désormais confisqués, à moins qu’ils ne puissent justifier l’origine légale de leurs richesses. » Et pourtant, l’article ne cite aucune source crédible d’où l’information a été tirée, ni le décret en question portant sur cette confiscation.
Par ailleurs, le président Donald Trump avait effectivement annoncé des sanctions américaines contre certains pays d’Afrique. Mais, ces annonces avaient été faites envers des entités précises et dans un contexte précis qui ne peut être généralisé à tous les pays du continent.

L’une de ces annonces concerne l’Afrique du Sud. En effet, le 2 février 2025, Donald Trump avait effectivement accusé l’Afrique du Sud de procéder à des expropriations foncières controversées avec une suspension temporaire de certains financements américains. « Le président américain, Donald Trump, a accusé dimanche 2 février l’Afrique du Sud de confiscation de terres à la suite de la promulgation d’une loi d’expropriation par son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, et annoncé l’arrêt de « tout financement » du pays le temps d’une enquête. », annonce Le Monde, dans un article publié le 3 février 2026.
Parallèlement, Donald Trump a pris des décisions économiques et diplomatiques à l’égard de l’Afrique du Sud. Le pays a notamment été exclu du sommet du G20 qui se tiendra aux USA en 2026, et plusieurs paiements ainsi que certaines subventions ont été suspendus.
Par ailleurs, le 2 mars 2026, le département du Trésor des États-Unis a imposé des sanctions contre la force de défense du Rwanda (RDF) et quatre de ses hauts responsables, accusés de soutenir activement le groupe rebelle M23 dans l’est de la République démocratique du Congo, contribuant à l’instabilité et aux violations des accords de paix.

« Le président Trump est le président de la paix, et le Trésor utilisera tous les outils à sa disposition pour s’assurer que les parties aux Accords de Washington respectent leurs obligations », a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent. « Nous attendons le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements des troupes de la Force de défense du Rwanda. », lit-on dans l’article publié sur le site web du département du Trésor des États-Unis
Mais, là encore, ces mesures s’inscrivent dans un cadre géopolitique spécifique. Celles-ci visaient un État spécifique dans un contexte précis. Ils ne concernaient ni des saisies de biens privés de dirigeants africains aux États-Unis, ni des restrictions d’accès aux universités pour leurs enfants.
Donald Trump, une profusion de décrets depuis son retour aux affaires
Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a signé plusieurs décrets pour modifier l’engagement des États-Unis dans le financement du développement.
Ces décrets touchent principalement à l’immigration, à l’aide internationale et aux engagements climatiques des États-Unis. Certaines décisions, comme la suspension temporaire de l’aide au développement ou le retrait d’accords internationaux, ont suscité des réactions à l’échelle mondiale, mais aucune ne cible directement les dirigeants africains selon les termes avancés dans les informations partagées sur les différentes plateformes.
Conclusion
En définitive, l’affirmation selon laquelle Donald Trump aurait annoncé des sanctions visant les biens de dirigeants africains et l’accès de leurs enfants aux universités américaines est fausse.
Aucune source officielle ni aucun média crédible ne confirme de telles mesures. La vidéo qui tente de faire croire à ces informations repose sur un montage d’images authentiques, détournées de leur contexte et accompagnées d’un commentaire non vérifié.