Faux, le FMI n’a pas réclamé au président Ibrahim Traoré le remboursement d’une dette contractée sous Blaise Compaoré

Faux, le FMI n’a pas réclamé au président Ibrahim Traoré le remboursement d’une dette contractée sous Blaise Compaoré

Une vidéo de 12 secondes publiée sur Tiktok affirme que le Fonds monétaire international (FMI), a demandé au Burkina Faso de rembourser une dette contractée sous la présidence de l’ancien chef de l’État, Blaise Compaoré. 

La vidéo a été mise en ligne le 16 novembre 2025 par le compte @precious59, qui comptait, au 5 janvier 2026, 112 abonnements, 459 200 abonnés et 7,4 millions de mentions « J’aime ». On y voit, au premier plan, une femme face caméra dansant sur un fond sonore, vêtue d’un t-shirt principalement blanc et coiffée d’un bonnet noir. À l’écran apparaissent des textes superposés en français, en caractères gras et accompagnés d’émoticônes, indiquant : 

Capture d’écran de la première vidéo publiée sur TikTok le 16 novembre 2025

« Sortez Ohoo c’est gâté » et « Le FMI demande au Burkina de rembourser une dette contractée sous Blaise Compaoré. Le président Ibrahim Traoré réplique en demandant un audit ». 

Au 5 décembre 2025, la vidéo avait été visionnée plus de 308 700 fois. Elle totalisait 16 100 mentions « J’aime », 531 commentaires et 149 partages. À la même date, l’auteure a publié une autre vidéo véhiculant le même message, mais dans une tenue différente. Des contenus similaires ont également été partagés sur TikTok par plusieurs internautes, recueillant des milliers de réactions positives en faveur du président burkinabè. 

Et pourtant, ces affirmations sont incorrectes. Les recherches n’ont révélé aucune communication officielle, ni rapport récent du FMI ou des autorités burkinabè, confirmant cette allégation.

Absence de preuves

Le 24 novembre 2025, La rédaction de Togocheck a contacté l’auteure de la publication sur TikTok, afin d’obtenir des précisions. Celle-ci n’a pas répondu à nos sollicitations. L’examen de son compte montre qu’elle publie régulièrement des vidéos de soutien aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) et se présente comme militante pour une « Afrique libre ».

Pour vérifier cette information, Togocheck a effectué des recherches sur Google à partir des mots clés liés à une éventuelle demande de remboursement de dette du FMI à l’endroit du Burkina Faso. Les résultats n’ont conduit à aucune source officielle ni à aucun média crédible ayant relayé une telle information. 

Les recherches ont en revanche orienté vers un communiqué de presse publié le 12 novembre 2025 sur le site internet du FMI, intitulé :
« Le FMI et le Burkina Faso parviennent à un accord au niveau des services sur la 4ᵉ revue au titre du Programme de Facilité élargie de crédit (FEC) et une nouvelle Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) ».   

Selon ce communiqué de presse, une équipe du FMI dirigée par Jaroslaw Wieczorek, chef de mission pour le Burkina Faso, a séjourné à Ouagadougou du 29 octobre au 12 novembre 2025 pour discuter autour de deux volets. D’abord, la 4ᵉ revue du programme économique et financier soutenu par la Facilité élargie de crédit (FEC), approuvée en septembre 2023 pour un montant de d’environ 302 millions de dollars US. Ensuite, un nouvel accord de 18 mois axé sur le climat, financé par la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD), d’un montant d’environ 122,7 millions de dollars US.

«Les autorités du Burkina Faso et les services du FMI sont parvenus à un accord au niveau des services sur les politiques économiques et financières pour l’achèvement de la quatrième revue du programme appuyé par l’accord au titre de la FEC, dont l’approbation par le conseil d’administration permettrait le décaissement d’environ [32,7] millions de dollars (24,1 millions de DTS), ce qui porterait le décaissement total  par le FMI au titre de la FEC à environ [130,8 millions de dollars] (96,3 millions de DTS). La réunion du conseil d’administration du FMI est provisoirement fixée à début février 2026 »; a annoncé Jaroslaw Wieczorek à l’issue de la mission, cité dans le communiqué. 

Plusieurs médias en ligne ont rapporté  cet accord de financement entre le FMI et le gouvernement burkinabé. Mais ils n’ont mentionné aucune exigence relative au remboursement d’une dette spécifique contractée durant la présidence de  Blaise Compaoré. 

Dans un article publié le 11 décembre 2025, RFI indique que, selon le FMI, la croissance économique du Burkina Faso, portée par une forte production d’or, devrait atteindre 5 % en 2025, malgré une situation sécuritaire difficile, et rester forte en 2026. L’institution a également salué les réformes du Burkina Faso notamment sur le code minier et la bonne gestion des déficits budgétaires. 

Le FMI et le Burkina Faso

Le Fonds monétaire international et le Burkina Faso collaborent régulièrement à travers des programmes de financement destinés à soutenir l’économie du pays. Dans un article publié par Le Monde, le 23 juin 2025, le Fonds monétaire international avait validé le déblocage de 32,8 millions de dollars supplémentaires dans le cadre d’un plan d’aide visant à réduire « la pauvreté » et à « renforcer la résistance du pays face aux chocs » économiques.

Selon le média digital, digitalmagazine.bf dans un article en date du 27 juin 2025, « ce versement du FMI fait suite à une troisième revue jugée « globalement satisfaisante », qui porte à 131,3 millions de dollars le montant total déjà versé au pays. L’objectif principal demeure inchangé à savoir consolider la résilience économique du Burkina Faso et lutter contre la pauvreté dans un contexte marqué par une insécurité persistante».

Aucune source crédible ne fait état d’une demande de remboursement de dette formulée par le FMI à l’endroit du Burkina Faso. Les éléments disponibles montrent, au contraire, que les échanges entre l’institution et les autorités burkinabè portent sur des accords de financement. Quant à la prétendue demande d’audit réclamée par le capitaine Ibrahim Traoré, suite à la supposée demande de remboursement du FMI, nous n’avons trouvé aucun communiqué officiel annonçant un audit pour examiner la situation financière du pays.

Conclusion

L’affirmation selon laquelle le FMI aurait exigé du Burkina Faso le remboursement d’une dette contractée sous Blaise Compaoré est infondée et trompeuse. Les faits établis font état d’accords de financement et de discussions économiques en cours, sans lien avec une demande de remboursement ciblée.

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