Pas de caution d’un milliard FCFA fixée pour l’élection présidentielle au Burkina Faso dans la nouvelle charte


Un visuel associé à une note publiée sur Facebook le 27 mars 2026 affirme que la nouvelle charte de la transition fixe la caution pour l’élection présidentielle à 1 milliard de FCFA. Le même message soutient que seul le capitaine Ibrahim Traoré serait autorisé à se présenter à ce scrutin et qu’il interdirait toute candidature de militaires.

L’image en question  est un montage composé d’une photographie d’Ibrahim Traoré et d’un texte superposé. Elle a été mise en ligne sur Facebook le 27 mars 2026 par le compte « Hawa Sidibé officiel », accompagnée de la légende : « L’autocratie dans toute sa splendeur !! » et des hashtags #Mali, #Niger, #BurkinaFaso. 

La publication montre le capitaine burkinabè Ibrahim Traoré, président du Faso, face à la caméra, avec un microphone devant lui, dans une posture de dirigeant lors d’un discours officiel. Il apparaît en costume sombre, chemise blanche et cravate bleue. À sa gauche, un drapeau du Burkina Faso est visible. En bas à droite de l’image, deux petits logos apparaissent : un code QR et les armoiries du Burkina Faso. L’image est accompagnée du texte : « La charte de la transition fixe la caution de l’élection présidentielle à 1 milliard de FCFA. Interdit à tout autre membre des forces de défense d’y prendre part, en dehors du capitaine Ibrahim Traoré. » 

Capture d’écran réalisée le 05/05/2026 de la publication faite le 27 mars 2026 par le compte Facebook Hawa Sidibé officiel

Au 05 mai 2026, la publication a recueilli 751 réactions, 212 commentaires et 13 partages. À cette période, le compte de l’auteur « Hawa Sidibé Officiel » comptait 22 000 abonnés et suivait un seul compte. Le même jour, soit le 27 mars 2026, d’autres utilisateurs sur Facebook, X et TikTok ont également relayé cette publication avec le même message selon lequel la nouvelle charte du Burkina Faso imposerait une caution d’un milliard de FCFA.

Pourtant, les recoupements d’informations montrent qu’aucun document officiel crédible relatif à la transition au Burkina Faso ne mentionne une caution présidentielle aussi élevée. Aucune disposition connue n’indique non plus que le président en exercice serait le seul autorisé à se présenter.

Des sources inexistantes

La rédaction de Togocheck a contacté l’auteur de la publication le 20 avril 2026 pour obtenir des précisions. Mais, ce dernier n’a pas donné suite. 

Le compte affiche comme slogan : « Mali, Bamako, Mali. Nous n’avons qu’un seul Mali, et notre responsabilité est de vous transmettre une information vraie. » Il appartient à une femme qui publie principalement des contenus politiques liés à l’actualité du Mali, de l’AES, ainsi qu’à celle des autres pays Africains et à l’international. Il diffuse régulièrement des vidéos portant sur des attaques terroristes, parfois accompagnées d’images du terrain, ainsi que des contenus dénonçant les mauvaises conditions de vie au Burkina Faso

Nous avons parcouru la page Facebook de l’institution burkinabè chargée de l’organisation des élections. Aucun communiqué relatif à une élection présidentielle n’y est publié. La dernière publication sur la page Facebook remonte au 26 juin 2025,tandis que le dernier communiqué publié, daté du 28 avril 2025, concerne un faux avis de recrutement diffusé sur les réseaux sociaux. Quant au site internet de cette commission, un clic sur le lien redirige vers une page inaccessible.

La rédaction a ensuite contacté, le 1er avril 2026, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Burkina Faso afin d’obtenir des précisions sur une éventuelle élection présidentielle et sur les rumeurs relatives à une caution d’un milliard. Aucune réponse n’a été reçue.

D’autres recherches portant sur la CENI du Burkina Faso indiquent que l’institution a été dissoute à la suite d’un projet de loi adopté à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition le 28 octobre 2025. Cette dissolution répond à la volonté des autorités d’engager une dynamique de changement institutionnel. Une information qui a été rapportée par plusieurs médias burkinabè, notamment la Radiodiffusion Télévision du Burkina Faso (RTB) le 29 octobre 2025 sur YouTube, ainsi que par des médias internationaux tels que Africa News et Africa24.

Des recherches effectuées sur la page officielle de la Présidence du Faso ne font aucune mention de la tenue d’une élection présidentielle, ni de l’existence d’une caution fixée à un milliard de FCFA.

Nous avons également consulté la page Facebook ainsi que le site officiel du Ministère de l’Administration territoriale et de la Mobilité, notamment les rubriques dédiées aux projets et aux informations. Aucun communiqué ni note n’a été retrouvé concernant une caution présidentielle fixée à 1 milliard de FCFA, ni une quelconque restriction ou condition particulière relative à la participation des forces de sécurité à ce scrutin.

Contactés le 1er avril 2026 par l’équipe de Togocheck, les services du ministère de l’administration territoriale et de la Mobilité du Burkina Faso, désormais chargé des attributions de la CENI, ont qualifié l’information de « fake ».

Une recherche par mots-clés sur « élection présidentielle au Burkina Faso » renvoie vers les canaux officiels de l’Assemblée législative de transition du Burkina Faso, faisant état de l’adoption, en séance plénière ce vendredi 27 mars 2026 à Ouagadougou, de la Charte de la Révolution progressiste populaire par les députés.

Le texte, adopté à l’unanimité, remplace la Charte de la Transition du 14 octobre 2022, modifiée le 25 mai 2024. Ce texte vise à garantir une stabilité institutionnelle en dotant le pays d’un cadre juridique aligné sur les réformes politiques et sociales engagées par la transition.

Il comporte notamment des dispositions relatives à l’adoption de la Charte de la Révolution, à la substitution de la Charte de la Transition par ce nouveau texte, ainsi qu’à sa formule exécutoire, sans faire mention d’une quelconque caution fixée à un milliard, ni d’une interdiction visant les autres forces armées, ni d’une disposition selon laquelle le président actuel serait le seul autorisé à se présenter à l’élection présidentielle.

Plusieurs médias burkinabè et internationaux ont relayé cette information depuis le 27 mars 2026. Selon ces sources, le capitaine Ibrahim Traoré resterait éligible aux prochaines échéances électorales prévues à l’issue de la période de transition qu’il a instaurée. Cette transition devrait s’étendre au minimum jusqu’en juillet 2029, période après laquelle des élections pourraient être organisées.

« La Charte de la transition n’est plus en vigueur au Burkina. Elle a été remplacée par la Charte de la Révolution adoptée par les députés de l’Assemblée législative du peuple (ALP), le vendredi 27 mars 2026 à Ouagadougou, lors d’une séance plénière. Pour le ministre de la Justice Edasso Rodrigue Bayala, ce changement était opportun afin de doter le Burkina Faso d’un texte institutionnel solide prenant en compte les réformes politiques, administratives et institutionnelles entreprises afin de mieux préserver les intérêts vitaux de la Nation et répondre aux aspirations profondes du peuple burkinabè. » Rapporte le quotidien national d’information Sidwaya.info dans un article en date du 30 mars 2026.

Une image manipulée

L’analyse de l’image met en évidence des anomalies caractéristiques d’une manipulation notamment, l’absence de métadonnées et des incohérences visuelles concernant le capitaine Ibrahim Traoré habillé en costume, une tenue qu’il n’a jamais portée publiquement.

Par ailleurs, des signes de manipulation sont relevés, avec une différence de netteté entre le sujet principal et le texte ajouté, suggérant une insertion a posteriori. Enfin, l’outil de détection, Image Detector estime à 95 % la probabilité que l’image ait été générée par intelligence artificielle.

Pas d’élections imminentes au Burkina Faso

La Charte de la Révolution progressiste populaire (RPP), adoptée le 27 mars 2026, stipule que le capitaine Ibrahim Traoré demeure éligible aux futures échéances électorales prévues à l’issue de la période de transition qu’il a instaurée.

Cependant, lors d’une récente interview accordée à la presse locale et internationale et diffusée sur la chaîne YouTube de la RTB le 2 avril 2026, il a déclaré, à propos des élections, que des défis prioritaires doivent être relevés avant d’envisager un processus électoral. “ La démocratie, ce n’est pas pour nous“, a-t -il affirmé en appelant les Burkinabè à  “oublier” ce modèle, qu’il juge inadapté, estimant qu’il  tue  et que l’Afrique a besoin d’un modèle alternatif.

Par ailleurs, d’après le code électoral et textes d’application de janvier 2020les sources disponibles en ligne, la caution pour une candidature à l’élection présidentielle au Burkina Faso était fixée à 25 millions de francs CFA. 

Conclusion

En somme, l’image qui prétend que la Charte de la transition fixe la caution de l’élection présidentielle à 1 milliard de FCFA et interdit la participation des forces de défense à l’exception du capitaine Ibrahim Traoré, est un montage généré par intelligence artificielle. 

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