Une vidéo largement partagée sur Facebook affirme qu’une plante appelée Fagara permettrait de guérir la drépanocytose, quelle que soit sa forme : SS, SC ou AS. La vidéo montre deux personnes debout dans un espace vert, entourées de plusieurs arbustes et arbres. L’une d’elles tient une branche d’un arbre, tandis que l’autre présente des racines de plantes dans sa main. À l’arrière-plan, on distingue une végétation dense. Une inscription superposée en haut de l’image indique : « Astuce pour traiter la drépanocytose AS, SC ou SS ».
Dans cette vidéo, un homme présente les feuilles et les racines de cette plante, qu’il recommande de mélanger à de la cannelle pour préparer une tisane. Selon lui, la consommation de cette préparation permettrait de faire disparaître la maladie. Il affirme même qu’à l’issue du traitement, un nouveau test d’électrophorèse de l’hémoglobine montrerait que le génotype du patient est redevenu normal, soit AA.

Au 20 août 2026, cette vidéo avait recueilli environ 733 000 vues, 10 000 mentions J’aime et 1 700 partages. Cependant, selon les informations disponibles à ce jour, aucune preuve scientifique n’atteste que le Fagara guérit la drépanocytose ou permet à une personne de génotype SS, SC ou AS de devenir AA.
Vérifications
Nous avons contacté l’auteur de la publication le 22 juillet 2026 afin d’obtenir des preuves scientifiques étayant ses affirmations. À ce jour, aucune réponse ne nous est parvenue.
L’examen de son compte Facebook, “ONG Africa Phyto Pharma”, montre qu’il est principalement consacré à la promotion et aux conseils liés aux plantes médicinales. Plusieurs publications sur cette page présentent des vidéos similaires dans lesquelles les intervenants mettent en avant les prétendus bienfaits de diverses plantes.
Une recherche d’image inversée à partir d’une capture d’écran de la vidéo a permis d’identifier un autre compte Facebook ayant relayé la vidéo faisant l’objet de cette vérification. Une recherche complémentaire à l’aide de mots-clés liés au traitement de la drépanocytose a également permis de retrouver plusieurs publications sur Facebook faisant la promotion de traitements traditionnels ou à base de plantes contre la maladie. Toutefois, aucune de ces publications ne fournit d’éléments démontrant que de tels traitements pourraient modifier le génotype des personnes atteintes de drépanocytose.
Un potentiel effet sur la drépanocytose
Des recherches par mots-clés ont permis de retrouver une documentation abondante sur le Fagara et son potentiel effet dans le traitement de la crise douloureuse ostéo-articulaire du drépanocytaire.
D’après une étude publiée en 2008 que nous avons retrouvé dans la bibliothèque numérique des National Institutes of Health (NIH) aux Etats-Unis, des chercheurs se sont intéressés à la plante appelée Fagara zanthoxyloides, une espèce souvent utilisée en médecine traditionnelle pour tenter de prévenir ou soulager les crises liées à la drépanocytose. L’objectif de l’étude était de vérifier si certains composants chimiques extraits de l’écorce et des racines de cette plante pouvaient avoir un effet contre la drépanocytose.
Les tests réalisés ont montré que les molécules avaient des effets anti-drépanocytaires intéressants en laboratoire. Par conséquent, cette étude suggère que certains composants chimiques de Fagara zanthoxyloides pourraient avoir un potentiel pour limiter certains mécanismes liés à la drépanocytose. notamment la réduction de la déformation des globules rouges drépanocytaires dans les conditions étudiées.

Mais, l’étude ne précise pas que la plante guérit la drépanocytose ou qu’elle remplace les traitements médicaux existants. Les résultats ont été obtenus sur des molécules isolées et nécessitent encore des études approfondies, notamment des essais cliniques chez des patients, pour vérifier leur efficacité et leur sécurité.
Selon une précédente étude réalisée “in vitro” et publiée en 1990, des chercheurs ont testé un extrait à base d’eau de la plante Fagara xanthoxyloides sur des échantillons de sang de 17 personnes atteintes de drépanocytose porteuses du génotype SS et de 3 personnes porteuses du génotype AS. A l’issue du test en laboratoire, ils ont notamment observé qu’une grande partie des globules rouges déformés en forme de faucille ont retrouvé une forme plus normale. Après le traitement, il ne restait plus qu’environ 7 % de globules rouges falciformes.
Les chercheurs ont également constaté que l’hémoglobine a mis plus de temps à se solidifier dans les conditions du test : 25 minutes et 15 secondes, contre 9 minutes et 57 secondes avant le traitement. Ce résultat suggère un ralentissement du processus de falciformation. Ils ont donc conclu que, dans les conditions de cette étude en laboratoire, le Fagara semble améliorer les propriétés du sang des personnes drépanocytaires, de manière comparable à un médicament appelé pentoxifylline. En revanche, ils précisent que le mécanisme par lequel la plante agit n’est pas encore connu.
Plusieurs études ont été menées depuis les années 1970 pour évaluer le potentiel effet anti-drépanocytaire de l’extrait de racines du Fagara. Toutefois aucune de ces études n’a permis d’affirmer que cette plante constitue un remède qui guérit définitivement cette maladie génétique.
LE FACA, un dérivé du Fagara dont l’efficacité est placée sous réserve
Le FACA est un phytomédicament burkinabè à base de Fagara zanthoxyloides et de Calotropis procera, utilisé dans la prise en charge de certaines manifestations de la drépanocytose. Développé par des chercheurs au Burkina Faso, il est autorisé dans le pays depuis 2010. Si ce produit suscite de l’espoir chez les patients, la communauté scientifique émet toutefois des réserves.
Un article publié en 2017 par le quotidien Le Monde, explique qu’en l’absence d’études d’efficacité rigoureuses, le phytomédicament FACA est contesté. L’article insiste sur les limites des preuves scientifiques disponibles. Plusieurs spécialistes de la drépanocytose estiment que l’efficacité du FACA n’a pas été démontrée selon les standards scientifiques internationaux. « Aucune publication sur ce traitement n’a été faite dans les règles de l’art. C’est dangereux de faire croire à des malades qu’on a trouvé des plantes miracles pour les soigner », déplore le Professeur Jacques Elion, spécialiste de la drépanocytose.
L’article précise toutefois que les experts interrogés ne disent pas que le médicament est inefficace. Ils expliquent plutôt que les données disponibles ne permettent pas de conclure de manière fiable à son efficacité. « Je ne dis pas que ce traitement n’est pas efficace, mais les résultats ont été contestés lors de notre dernier symposium. La méthodologie scientifique n’a pas été respectée. » explique le professeur Léon Tshilolo, coordinateur du Réseau d’étude de la drépanocytose en Afrique centrale.

L’organisation mondiale de la santé (OMS) quant à elle ne présente pas le FACA comme un remède qui guérit la drépanocytose. L’institution a toutefois soutenu, à travers son bureau régional pour l’Afrique, les recherches et le développement de ce phytomédicament.
Contacté par notre rédaction, Docteur Magnang Hezouwè, directeur du Centre national de recherche et de soins aux drépanocytaires (CNRSD) à Lomé donne des de précisions : « Le Fagara peut amener dans une certaines mesures, les globules rouges en globules normaux, c’est juste transitoire, juste pour réduire un temps soit peu l’effet de la crise. Et là aussi, les études n’ont pas montré que cette transformation est à 100%. Elle est vraiment partielle. Donc, certains patients l’ont pris et ont senti un léger soulagement, mais ils ne sont pas tout à fait guéris.
La seule façon de guérir c’est de passer par la thérapie génique, c’est-à-dire des modifications au niveau du gène. Et ça aussi, c’est une thérapie actuellement à l’état expérimental. Elle n’est pas encore vulgarisée. Mais à ce jour, ce n’est pas possible de guérir la drépanocytose à base d’une plante. »
L’OMS reconnaît l’usage répandu des médecines traditionnelles et des plantes médicinales dans de nombreux pays, et encourage la recherche rigoureuse pour évaluer leur sécurité et leur efficacité. Mais aucune donnée scientifique fiable n’a démontré qu’un traitement à base de Fagara puisse modifier le génotype d’une personne drépanocytaire.
Une affirmation scientifiquement problématique
La drépanocytose est une maladie génétique liée à une anomalie de l’hémoglobine. Son éradication suit une procédure qui consiste à détruire la moelle osseuse du patient drépanocytaire et lui greffer une moelle saine. Cette destruction est réalisée par chimiothérapie. Tous ces éléments montrent qu’une simple amélioration des symptômes ou de certains paramètres biologiques d’un patient ne signifie donc pas que le génotype de la personne a été modifié.
Selon un article scientifique publié en mars 2026 par VIDAL, le traitement de la drépanocytose peut reposer sur les transfusions sanguines ou la greffe de moelle osseuse ainsi que la thérapie génique dans certaines situations.

La greffe de moelle osseuse consiste à remplacer les cellules de la moelle osseuse du patient par celles d’un donneur compatible, souvent un frère ou une sœur. L’article précise que si la greffe réussit, les nouvelles cellules produisent des globules rouges contenant une hémoglobine normale.
La thérapie génique, quant à elle, consiste à corriger le défaut génétique responsable de la maladie dans les cellules de la moelle osseuse du patient.
Une mini-revue publiée en juillet 2016 par la plateforme d’accès à la littérature scientifique, ScienceDirect, intitulée “les alicaments et la drépanocytose, une mini-revue”, analyse les allégations autour des alicaments et des plantes dans la prise en charge de la drépanocytose.
Elle présente le potentiel de certains produits végétaux, mais elle souligne que, même si elles montrent des effets anti-falciformants ou antioxydants in vitro, les conclusions de cette revue ne permettent pas de conclure que ces alicaments peuvent modifier le génotype de la personne atteinte de drépanocytose.
Une amélioration de certains symptômes ou paramètres biologiques ne signifie donc pas une guérison de la maladie ni un passage du génotype SS, SC ou AS au génotype AA.
Conclusion
En clair, les recherches disponibles ne fournissent aucune preuve scientifique démontrant que le Fagara guérit la drépanocytose ou qu’il permet à un patient de génotype SS, SC ou AS de devenir AA après 35 jours de traitement.
Si des études suggèrent que cette plante possède des propriétés anti-falciformantes susceptibles de soulager les crises et d’atténuer certains symptômes, elles ne montrent pas qu’elle puisse corriger l’anomalie génétique à l’origine de la maladie.
L’affirmation selon laquelle une tisane à base de Fagara pourrait transformer le génotype d’une personne drépanocytaire en AA est donc trompeuse.