Non, la césarienne n’est pas meilleure que l’accouchement par voie basse dans tous les cas  

Non, la césarienne n’est pas meilleure que l’accouchement par voie basse dans tous les cas

Une vidéo diffusée sur TikTok le 23 juillet 2026 prétend vanter les avantages de l’accouchement par césarienne. Son auteur, Togovi Winner Dream Officiel, affirme que la césarienne serait préférable à l’accouchement par voie basse. Il soutient que la voie naturelle présenterait davantage de risques pour la mère et l’enfant, notamment en raison des douleurs, des complications possibles et des conséquences supposées sur la vie sexuelle des femmes.

La vidéo montre un homme portant un t-shirt blanc assis à l’avant d’un véhicule, face à la caméra. Un texte superposé en haut de l’image indique : “ACCOUCHEMENT PAR C-SECTION “. Selon ses propos, il estime que l’accouchement devrait se faire sous péridurale afin d’éviter la souffrance. Il va jusqu’à demander que l’accouchement par voie basse soit abandonné au profit de la césarienne, qu’il considère comme plus sûre et moins traumatisante. Mais, il n’a avancé aucune preuve scientifique pour soutenir ses propos.

Capture d’écran effectuée par Togocheck le 24/08/2026 de la publication faite le 23/07/2026 sur le compte TikTok Togovi Winner Dream Officiel,

Au 24 août 2026, sa publication avait recueilli environ 93 400 vues, 5123 mentions «J’aime» et 457 partages. À la même date, son compte  cumulait 350 100 followers et 5,5 millions de mentions J’aime.

Cependant, ces affirmations contredisent les données scientifiques recoupées ainsi que les avis de spécialistes de la santé maternelle recueillis par notre rédaction.

Vérifications

Contacté le 28 juillet 2026 pour obtenir des détails sur ses informations, l’auteur de la publication n’a pas à ce jour répondu à nos sollicitations. En consultant son compte, on constate qu’il publie régulièrement des informations sur les faits de société et la santé.

Il a publié à la même date, une autre vidéo dans laquelle il affirme sans preuve  que l’accouchement par voie basse serait responsable de nombreux décès de mères et de bébés. Il y reproche aux professionnels de santé de ne pas informer suffisamment les patientes sur ces risques. Selon lui, la césarienne est la meilleure méthode d’accouchement et devrait être privilégiée, accompagnée d’une péridurale pour éviter la douleur. Il soutient également que les douleurs de l’accouchement par voie basse pourraient affecter le cerveau du bébé et que cette méthode nuirait à la vie sexuelle des femmes.

Une recherche par mots-clés sur l’accouchement par césarienne nous a conduit vers le Manuel MSD, version pour le grand public, une plateforme de ressources médicales largement utilisée par les professionnels de la santé et le grand public. Un article rédigé par Julie S. Moldenhauer, obstétricienne-gynécologue, spécialiste en médecine materno-fœtale et publié en mars 2024 y est consacré à la césarienne. La spécialiste explique que la césarienne est pratiquée lorsque les médecins pensent qu’elle est plus sûre que l’accouchement par voie basse, dans différentes situations.

Capture d’écran effectuée par Togocheck le 24/08/2026 de la fiche d’information publiée sur le site internet du Manuel MSD Version pour le grand public / Encadré rouge ajouté par Togocheck

    Les recherches nous ont également orientés vers une brochure d’information de la Haute Autorité de Santé (HAS) en France. Le document destiné aux femmes enceintes et à leur entourage, précise que la césarienne est réalisée lorsque les conditions, chez la mère ou chez l’enfant, ne sont pas favorables à un accouchement par voie basse. Il informe les patientes des risques rares mais possibles liés à cette intervention, tout en rappelant qu’elle est aujourd’hui une pratique courante et généralement sûre. En réponse à la question: “Existe-t-il des risques ou des inconvénients lors de la césarienne ?”, le document souligne que, par rapport à un accouchement par voie basse, la césarienne est associée à un risque plus élevé de complications pour la mère.

    L’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) en France, a également abordé le sujet. Dans un article intitulé “L’accouchement par césarienne associé à un risque accru de complications graves pour la mère”, publié en avril 2019, l’institution explique que l’accouchement par césarienne serait associé à un risque plus élevé de complications graves principalement hémorragiques pour la mère que l’accouchement par voie vaginale, surtout chez les femmes de 35 ans et plus. Cette conclusion provient des travaux d’une équipe de chercheurs de l’Inserm et de plusieurs universités françaises, publiés dans le Canadian Medical Association Journal (CMAJ).

    Un article publié par BBC Afrique en mai 2022 explique également que la césarienne est une intervention indispensable dans certaines situations médicales, mais s’inquiète de la hausse des césariennes pratiquées sans nécessité médicale, notamment en Égypte, où elles représentent environ une naissance sur deux. 

    L’article rapporte également que les médecins interrogés réfutent l’idée selon laquelle l’accouchement par voie basse altérerait durablement la sexualité de la femme. Ils expliquent que les modifications du vagin après l’accouchement sont généralement temporaires. D’après le Docteur Randa Fakhreddin, consultant en obstétrique et gynécologie, cité dans l’article : « Il existe des cas où la césarienne est une nécessité médicale indispensable, par exemple lorsqu’un accouchement normal présente un risque pour la mère ou lorsqu’il y a un problème empêchant le fœtus de descendre normalement, comme une grande taille du fœtus, une grosse tête, une petite taille du fœtus, un fibrome bloquant le col de l’utérus ou un bassin serré de la mère enceinte. »

    Par ailleurs, le même média rapporte, dans un article publié en mars 2019 les résultats d’une étude selon lesquels l’accouchement par césarienne est cinquante fois plus mortel pour les femmes africaines. Selon cette étude parue dans la revue médicale Lancet, près d’une femme sur 200 est décédée après une césarienne en Afrique. « Les femmes d’Afrique ont plus de risques que celles des pays riches de mourir après une césarienne. », et « les Africaines ont près de trois fois plus de complications pendant cette intervention chirurgicale que les femmes américaines», lit-on.

    L’article cite le Professeur Bruce Biccard, de l’Université du Cap en Afrique du Sud qui a dirigé cette étude. Selon lui, « Améliorer l’accès à la chirurgie – et la sécurité de cette procédure – pourrait permettre aux patientes de se présenter plus tôt et d’éviter des complications et des décès. »

    La césarienne est indiquée lorsqu’elle est nécessaire 

    Interrogé par notre rédaction le 3 août 2026, Dr. Hermann K.S. Amadoto, gynécologue-obstétricien à Lomé, explique que « l’accouchement par césarienne est un accouchement d’exception et il est réservé pour tous les cas où l’accouchement par les voies naturelles représente un danger pour la mère ou pour le bébé ou est contre-indiqué. »

    Capture d’écran effectuée par Togocheck le 24/08/2026 d‘un article sur la césarienne, publiée sur le site internet de l’OMS / Encadré rouge ajouté par Togocheck

    Le spécialiste rappelle également que « Toute intervention chirurgicale comporte des risques. Et par rapport à ces risques, il n’y a pas de raison à tenter de sauter l’accouchement par les voies naturelles pour aller faire une césarienne lorsque la femme est capable d’accoucher par elle-même.
    Donc, pour me résumer, je vous dirais qu’il faut garder l’accouchement par les voies naturelles comme la voie d’accouchement par excellence et la césarienne est réservée pour toutes les situations où l’accouchement par les voies naturelles est impossible ou représente un danger pour la mère et son enfant”

    Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que la césarienne est une intervention bénéfique lorsqu’elle est médicalement indiquée. D’après l’institution onusienne, «  La césarienne peut s’avérer indispensable dans des situations telles qu’un travail prolongé ou dystocique, une souffrance fœtale ou une présentation anormale du bébé. Cependant, comme toute intervention chirurgicale, elle comporte des risques. Parmi ceux-ci figurent le risque d’hémorragie importante ou d’infection, un temps de récupération plus long après l’accouchement, des difficultés à mettre en place l’allaitement et le contact peau à peau, ainsi qu’un risque accru de complications lors de grossesses ultérieures. » Elle rapporte par ailleurs une augmentation du taux mondial de césariennes qui est passé d’environ 7% en 1990 à 21% en 2021.

    Selon le directeur du Département Santé sexuelle et reproductive et recherche de l’OMS et du Programme spécial de recherche, de développement et de formation à la recherche en reproduction humaine (HRP), Docteur Ian Askew  “ Les césariennes sont absolument essentielles pour sauver des vies dans les situations où l’accouchement par voie basse présenterait des risques. Par conséquent, tous les systèmes de santé doivent garantir un accès rapide à ces interventions pour toutes les femmes qui en ont besoin. Mais toutes les césariennes pratiquées actuellement ne sont pas nécessaires pour des raisons médicales. Les interventions chirurgicales inutiles peuvent être néfastes, tant pour la femme que pour son bébé”, ajoute-t-il.

    En définitive …

    L’affirmation selon laquelle la césarienne serait systématiquement plus sûre que l’accouchement par voie basse est fausse. Prétendre également que la césarienne devrait remplacer l’accouchement par voie basse ne repose sur aucune preuve scientifique. 
    Les données scientifiques et recommandations des institutions sanitaires indiquent que la voie basse demeure la méthode d’accouchement de référence lorsqu’aucune contre-indication médicale n’existe. 
    La césarienne est une intervention chirurgicale essentielle dans certaines situations. Mais elle comporte également des risques et ne doit être pratiquée que lorsqu’elle est médicalement indiquée. Le choix de la voie d’accouchement doit donc être déterminé en fonction de la situation médicale de la mère et du bébé, en concertation avec les professionnels de santé.

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