Faux : Les moustiquaires imprégnées ne provoquent pas des maladies 

Faux Les moustiquaires imprégnées ne provoquent pas des maladies 

Au début de la nouvelle campagne nationale de distribution gratuite de moustiquaires imprégnées, du 14 au 30 juillet 2026 au Togo, une inquiétude a refait surface sur les réseaux sociaux. Elle concerne une prétendue dangerosité de ces moustiquaires.

Une vidéo partagée sur TikTok le 18 juillet 2026  montre un homme qui affirmant  que les « blancs » élèvent des moustiques, les relâchent dans tous les “coins du pays” puis reviennent distribuer des moustiquaires aux populations pour se protéger. Mais ces moustiquaires provoqueraient des maladies chez les personnes qui les utilisent.

Cette allégation suscite des inquiétudes et pourrait décourager certaines familles d’utiliser cet outil pourtant recommandé pour prévenir le paludisme, l’une des principales causes de morbidité et de mortalité dans le pays. Au 27 juillet 2026, la vidéo a enregistré 10 800 vues, 964 likes ; 102 commentaires et 112 enregistrements dans les favoris. Cependant, selon les recoupements effectués par notre rédaction, cette rumeur ne repose sur aucun fondement scientifique.

Une ancienne rumeur qui a remonté le temps

Notre rédaction a contacté l’auteur de la vidéo pour avoir des précisions sur ses affirmations. Mais, ce dernier ne nous a pas répondu. Sur son compte on retrouve plusieurs vidéos produites de la même manière où l’auteur aborde plusieurs sujets de société allant de la santé à la spiritualité.

Une recherche par mots-clés effectuée sur Google nous a conduit vers un article publié par l’Agence Ivoirienne de Presse, qui s‘était déjà penché sur la question. L’article portait sur des préjugés concernant les deux nouvelles générations de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action (MILDA) utilisées dans le cadre du projet de lutte contre les moustiques et le paludisme. 

L’Agence Ivoirienne de Presse cite la Docteure Koffi Alphonsine, spécialiste de santé communautaire et membre de l’Institut Pierre Richet de Bouaké. Elle explique que les deux nouvelles générations de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action ont subi toutes les étapes d’évaluation, de contrôle et d’homologation de l’Organisation mondiale de la Santé, au même titre que les moustiquaires imprégnées classiques. 

« Ne vous inquiétez pas. Ces deux MILDA de nouvelle génération ont suivi toutes les étapes de contrôle et d’homologation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), tout comme la MILDA standard habituellement utilisée. Il s’agit d’un essai contrôlé randomisé. Il suffit de respecter la procédure d’utilisation : c’est-à-dire déballer la moustiquaire et l’exposer à l’air libre pendant au moins 24 heures avant l’utilisation. » a indiqué la docteure Koffi Alphonsine.

Une autre recherche nous a conduits vers un démenti de L’OMS intitulé « Les moustiquaires imprégnées sont sûres et efficaces » publié en 2017. Dans cet article, l’organisation répond à des rumeurs selon lesquelles les moustiquaires imprégnées provoqueraient des maladies ou seraient dangereuses pour la santé. L’article rapporte que : « (…) toutes les moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) contiennent des pyréthroïdes, la seule famille d’insecticides recommandée par l’Organisation mondiale de la santé pour leur utilisation sur les moustiquaires. Les pyréthroïdes sont largement utilisés en santé publique en raison de leur innocuité pour l’homme et de leur capacité à tuer les moustiques par contact à faibles doses. »

En République Démocratique du Congo, cette désinformation s’est propagée à partir d’affirmations selon lesquelles les moustiquaires imprégnées d’insecticide distribuées gratuitement servaient à empoisonner la population. Selon un article de VOA Afrique publié le 17 octobre 2019, cette désinformation a poussé de nombreuses personnes, notamment à Brazzaville, à refuser des moustiquaires pourtant distribuées gratuitement dans le cadre d’un programme financé par les États-Unis. 

Les autorités congolaises et les partenaires du programme, ont dû mener une campagne de sensibilisation pour rassurer la population et appeler les habitants à accepter les moustiquaires, rappelant qu’elles constituent un moyen efficace de prévention contre le paludisme. Cet exemple illustre comment la désinformation peut fragiliser une campagne de santé publique, malgré l’absence de preuves scientifiques soutenant les allégations.

Les preuves scientifiques : les moustiquaires sont-elles dangereuses ?

Selon l’Organisation non gouvernementale dédiées aux données sur les recherches médicales Cochrane, les moustiquaires imprégnées d’insecticide restent efficaces pour prévenir le paludisme. Dans une revue publiée en novembre 2018, l’institution, se basant sur des essais pour mesurer l’impact de l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide, a conclu que leur efficacité est supérieure à celle des moustiquaires non imprégnées.

Ces conclusions de la revue Cochrane sont reprises dans un manuel de l’Organisation mondiale de la santé sur les moustiquaires imprégnées d’insecticides. L’OMS précise que ces moustiquaires réduisaient la mortalité générale d’environ 20% en Afrique et qu’environ 6 vies étaient épargnées chaque année pour 1 000 enfants protégés. 

Capture d’écran réalisée par Togocheck de la Page 19 du Manuel à l’intention des responsables de programmes nationaux de lutte antipaludique publié par l’OMS / Encadré en rouge, ajoutée par Togocheck, montrant la citation de la revue Cochrane.

    Un autre ouvrage scientifique publié par la plateforme d’accès libre aux recherches scientifiques, OpenEdition, montre qu’une évaluation de phase II de moustiquaires imprégnées de perméthrine a été menée sur le terrain au Burkina Faso et a démontré de façon spectaculaire l’efficacité du procédé. De même au Mali, une évaluation de moustiquaires imprégnées avec de la deltaméthrine a montré que cette méthode de prévention contre les piqûres d’anophèles assurait un rôle protecteur vis-à-vis de la maladie.

    D’après la même source, une moustiquaire imprégnée protège avant tout la personne ou la famille qui l’utilise en réduisant les piqûres de moustiques. Mais lorsque plus de 80 % des ménages d’une communauté en sont équipés, son efficacité va bien au-delà de la protection individuelle. L’insecticide présent sur les moustiquaires agit dans l’ensemble des habitations, tuant ou repoussant les moustiques vecteurs du paludisme. Cette réduction du nombre de moustiques diminue leur survie et limite leur capacité à transmettre la maladie, offrant ainsi une véritable protection à toute la communauté. 

    En d’autres termes, les moustiquaires imprégnées ne se contentent pas d’empêcher les piqûres ; elles contribuent aussi à réduire la circulation des moustiques responsables du paludisme.

    Un autre article publié en 2010, par le site d’information scientifique, SciDev.net présente une étude menée au Burkina Faso sur l’utilisation réelle des moustiquaires imprégnées dans la lutte contre le paludisme. Il montre que le simple fait de distribuer des moustiquaires ne garantit pas leur utilisation durable par les populations. Il analyse les difficultés d’utilisation et d’acceptation des moustiquaires.
    L’article précise que les obstacles sont liés aux habitudes de vie, aux contraintes matérielles et aux croyances. Mais, il ne rapporte aucun effet sanitaire dangereux causé par les moustiquaires imprégnées.

    Pour la Croix-Rouge canadienne, « l’utilisation de moustiquaires, particulièrement celles qui sont imprégnées d’insecticide, s’est avérée l’une des façons les plus efficaces pour réduire les décès et les maladies liés à la malaria chez les enfants de moins de cinq ans ».

    Quels insecticides sont utilisés dans les moustiquaires ?

    Selon l’OMS, les moustiquaires imprégnées sont généralement traitées avec des insecticides de la famille des pyréthrinoïdes, notamment: la perméthrine, la deltaméthrine, l’alpha-cyperméthrine et la cyfluthrine. Une moustiquaire est donc littéralement une barrière entre le moustique et sa proie. Contrairement à une moustiquaire simple, elle ne se contente pas de bloquer le moustique : elle le tue ou le repousse dès qu’il se pose sur la toile. C’est la protection la plus efficace contre les maladies graves (Paludisme, Zika, Dengue). 

    Par ailleurs, un article publié sur Unitaid.org, une initiative mondiale de santé qui promeut des innovations en matière de prévention, de diagnostic et de traitement des principales maladies dans les pays à revenu faible et intermédiaire, rapporte que les moustiquaires imprégnées d’insecticide ont joué un rôle décisif dans l’important recul du paludisme enregistré entre 2000 et 2015. Au cours de cette période, 663 millions de cas de paludisme ont été évités en Afrique subsaharienne. On attribue aux moustiquaires et à la pulvérisation intradomiciliaire d’insecticide près de 80 % de ces cas évités.

    L’article précise toutefois que les moustiques développent une résistance aux insecticides à base de pyréthrinoïdes utilisés dans les moustiquaires standard, ce qui réduit leur efficacité dans plusieurs environnements.

    Selon les recommandations de l’OMS, d’autres insecticides de la famille des pyréthrinoïdes comme la deltaméthrine, l’alpha-cyperméthrine ou la cyfluthrine sont également employés. La formulation dépend du fabricant et du type de moustiquaire. En revanche, comme tout insecticide, certaines personnes peuvent ressentir des effets temporaires, notamment une irritation de la peau ou des yeux. Ces réactions ne correspondent toutefois pas à une toxicité grave dans les conditions normales d’utilisation.

    Ce qu’en disent les spécialistes 

    La rédaction de Togocheck a contacté la docteure TAGBA-PELEI Tchilalou, médecin de santé publique et directrice régionale de la santé du Grand Lomé pour en savoir davantage sur les conséquences de l’utilisation de moustiquaires imprégnées. Elle déclare que l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide est une recommandation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en raison de son efficacité dans la prévention du paludisme. C’est pourquoi ces moustiquaires sont distribuées gratuitement, notamment lors des consultations prénatales et des séances de vaccination des enfants.

    Concernant les rumeurs sur leur dangerosité, Dr. TAGBA PELEI affirme que l’insecticide utilisé pour imprégner les moustiquaires n’est pas nocif pour la santé. Elle précise que ces produits font l’objet de contrôles de qualité dans les pays de fabrication et qu’au Togo, la Faculté des sciences de l’Université de Lomé, à travers ses spécialistes en entomologie, réalise régulièrement des essais afin de vérifier leur qualité et leur efficacité. Des sites sentinelles assurent également un suivi continu.

    Elle reconnaît toutefois que certaines personnes peuvent présenter de légères réactions allergiques au premier contact avec une moustiquaire neuve. Pour limiter ce risque, elle recommande de “suspendre la moustiquaire dans un endroit bien aéré pendant 24 à 48 heures avant sa première utilisation”. Selon elle, ces réactions sont « bénignes et ne présentent aucun danger pour la vie des utilisateurs. »

    Pour conclure…

    Les données scientifiques disponibles ne montrent aucun lien entre les moustiquaires imprégnées distribuées dans les campagnes de santé et l’apparition de maladies graves.
    Ces moustiquaires restent un outil essentiel dans la lutte contre le paludisme. Les seules précautions consistent à bien suivre les consignes d’utilisation, notamment d’aérer toute nouvelle moustiquaire pendant 24 à 48 heures avant son installation et éviter le contact avec les yeux ou la bouche après manipulation. L’affirmation selon laquelle les moustiquaires imprégnées provoquent des maladies est donc infondée. 

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