Le président français Emmanuel Macron aurait fait une déclaration au sujet d’un mémorandum entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et la Russie. C’est ce que laisse croire une publication multimédia de 1 minute et 3 secondes, diffusée sur TikTok. On y entend une voix attribuée au président français, qualifier cet accord de “piège”. Elle accuse Moscou de vouloir s’imposer comme un intermédiaire entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES) afin d’accroître son influence sur les mécanismes sécuritaires, diplomatiques et stratégiques de l’Afrique de l’Ouest. Emmanuel Macron y aurait également dénoncé le risque de transformer la région en un “nouvel échiquier de confrontation entre puissances”.
La publication, faite le 26 août 2026 par l’utilisateur BAGA Le Lion présente une image en gros plan du visage du président français Emmanuel Macron, tourné de trois quarts vers la droite, sur un fond bleu uni. En bas de l’image figure la légende : « Le panafricain d’outre-mer de la CEDEAO a parlé ! Mais une question : la CEDEAO a-t-elle élu un président à Paris ? ».
La publication est accompagnée d’un long texte intitulé : « MACRON EN COLÈRE CONTRE LE RAPPROCHEMENT RUSSIE–CEDEAO : MAIS DE QUOI SE MÊLE LA FRANCE ? »
Le texte affirme que Macron s’inquiète d’un rapprochement entre Moscou et la CEDEAO. Il lui attribue notamment les termes “piège” et “chaîne” et affirme que le président français redoute que la Russie devienne incontournable dans le domaine de la sécurité en Afrique de l’Ouest.
La publication poursuit en interrogeant le rôle de la France dans les affaires de la CEDEAO : « La France est-elle un pays membre de la CEDEAO ? Non. Alors pourquoi Paris devrait-il dicter aux États ouest-africains avec qui ils ont le droit de coopérer en matière de sécurité ? ».
L’auteur évoque ensuite la présence militaire et l’influence politique de la France dans plusieurs pays africains, avant d’affirmer que les États africains cherchent aujourd’hui à diversifier leurs partenariats avec la Russie, la Chine, la Turquie, l’Inde, les États-Unis et l’Europe. Le texte s’interroge également sur les raisons pour lesquelles un rapprochement avec Moscou susciterait davantage d’inquiétude et soutient que « le véritable sujet, c’est la perte d’influence des anciennes puissances en Afrique ».

L’auteur conclut en affirmant que l’Afrique de l’Ouest ne devrait être considérée comme l’«échiquier» d’aucune puissance étrangère et que les Africains doivent pouvoir choisir librement leurs partenaires. La publication se termine par une question adressée aux internautes : « Macron défend-il réellement la souveraineté africaine… ou les intérêts géopolitiques de la France ? »
Au 18 septembre 2026, la publication a reçu 26 400 vues, 562 J’aime, et 220 partages. À la même date, le compte totalisait 10 000 abonnements, plus de 106 200 abonnés et plus de 535 900 mentions «J’aime».
Le contenu a suscité de nombreuses réactions négatives chez les internautes. Une grande partie des commentaires dénonce l’ingérence présumée de la France et d’Emmanuel Macron dans les affaires africaines et de la CEDEAO. Cependant, après vérification, cette déclaration n’est pas d’Emmanuel Macron.
Vérifications
Le 11 septembre 2026, l’équipe de Togocheck a contacté l’auteur de la publication sur TikTok afin de vérifier l’authenticité des propos attribués au président français. Celui-ci n’a pas donné suite à notre demande.
Un tour sur son compte montre qu’il publie principalement des contenus portant sur l’actualité politique, géopolitique et sociale. Ses publications abordent notamment des sujets liés à la politique africaine, aux relations entre les États africains et les puissances étrangères, ainsi qu’aux évolutions géopolitiques internationales.
Il traite également de questions judiciaires et politiques, comme l’affaire Koné Katinan, mais aussi de sujets de société tels que le mariage et la famille. D’autres publications portent sur les relations entre la Guinée, la Côte d’Ivoire, le Mali et l’Algérie, ainsi que sur la Russie, Vladimir Poutine et les BRICS. L’auteur accompagne généralement ses publications de commentaires et de questions destinées à susciter le débat autour de ces sujets.
Déclaration introuvable sur les canaux officiels et générée avec l’IA
Les recherches effectuées sur les canaux officiels de la présidence française ainsi que sur les comptes officiels du président Emmanuel Macron ne permettent pas de retrouver cette déclaration. Aucun discours, communiqué, entretien ou article publié par des médias français consultés, ne reprend les propos diffusés dans la publication.
Le note vocale attribuée à Emmanuel Macron a été soumise à l’outil de détection de voix générées par l’intelligence artificielle, Elevenlabs. Et son résultat indique que cet échantillon a été généré par l’IA.
Une analyse auditive de la voix permet de relever plusieurs anomalies, notamment dans la prononciation de certains mots. Certains termes prononcés par la voix attribuée à Emmanuel Macron semblent inhabituels et peu naturels. C’est notamment le cas de la prononciation du mot «indispensable», prononcé « inspessable ». On relève également une intonation très uniforme, qui donne à l’ensemble du message une tonalité peu naturelle.
Un mémorandum Russie-CEDEAO annoncé mais pas acté
La publication évoque l’existence d’un mémorandum entre la CEDEAO et la Russie destiné notamment à rapprocher la CEDEAO de l’AES.
En effet, le 17 août 2026, le ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a annoncé lors d’une conférence de presse à Moscou la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO. L’information a été rapportée dans un article de l’agence de presse Anadolu, publié le même jour.
Selon le compte rendu de cette rencontre, Lavrov a précisé que cette coopération devait notamment concerner la sécurité et la lutte contre le terrorisme dans la sous-région. Il a également évoqué la possibilité de « jeter des ponts » entre la CEDEAO et l’AES et affirmé que la Russie était prête à contribuer à cette démarche. L’information a été diffusée par plusieurs médias, Toutefois, il s’agit d’un projet annoncé et non un accord déjà signé et en vigueur entre la Russie et la CEDEAO.
L’auteur de la publication affirme par ailleurs que le mémorandum permettrait à Moscou d’accéder aux mécanismes sécuritaires, diplomatiques et stratégiques de «toute la région» et ferait de la Russie un intermédiaire incontournable entre la CEDEAO et l’AES. Or, les informations disponibles sur l’annonce de Sergueï Lavrov ne permettent pas d’établir ces affirmations.
Le diplomate russe a évoqué une coopération dans le domaine de la sécurité ainsi que la volonté de contribuer au rapprochement entre la CEDEAO et l’AES. Mais les sources consultées ne mentionnent pas un accès de la Russie aux mécanismes internes de sécurité ou de diplomatie de la CEDEAO, ni une quelconque fonction d’intermédiaire obligatoire entre les deux organisations.
Conclusion
En somme, la déclaration attribuée à Emmanuel Macron au sujet du mémorandum entre la CEDEAO et la Russie est un deepfake. Aucune source officielle ni déclaration publique authentifiée ne permet de confirmer que le président français a tenu ces propos. Par ailleurs, l’analyse de la voix diffusée dans la publication montre qu’elle présente les caractéristiques d’un contenu généré par l’IA.
En revanche, il existe réellement un projet de mémorandum entre la Russie et la CEDEAO. Au moment de nos vérifications, il s’agit toutefois d’un accord annoncé comme devant être signé et non d’un mémorandum déjà conclu et entré en vigueur. Les informations disponibles indiquent notamment qu’une coopération est envisagée dans le domaine de la sécurité et que la Russie souhaite contribuer au rapprochement entre la CEDEAO et l’AES.