Une image présentée comme la Une d’un journal titré «le pigeon bleu», accompagnée d’un texte, affirme que le Togo a conclu un accord avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) pour créer une nouvelle monnaie commune, le «franc Ndanida». Selon la publication sur Facebook, cette monnaie aurait une parité de 1 Ndanida pour 1 euro, tandis que les futurs billets porteraient les portraits de Faure Gnassingbé, Ibrahim Traoré, Abdourahamane Tiani et Assimi Goïta.
L’image a été publiée le 22 août 2026 par le compte Facebook de Bertin Damtougiba. Le texte qui l’accompagne indique : « LE TOGO REJOINT L’AES POUR CRÉER UNE MONNAIE COMMUNE : LE FRANC NDANIDA ».
L’image est un montage visuel sous la forme d’une affiche d’actualité satirique. Elle affiche un logo composé d’un pigeon bleu en plein vol, accompagné d’une plume orange. Le texte indique “Le Pigeon Bleu”, suivi du slogan “L’info qui vole sans plume”. L’image réunit ensuite quatre portraits juxtaposés de dirigeants ouest-africains, notamment ceux du Niger, du Burkina Faso, du Mali et le président du Conseil du Togo. En bas, un texte en gros caractères affirme : “Le Togo rejoint l’AES pour créer une monnaie commune : le franc Ndanida”. La mention “le franc Ndanida” est mise en évidence en rouge.

La publication affirme notamment que le Togo aurait rejoint l’AES. Elle évoque la création d’une future “Banque centrale Togo-AES”, ainsi qu’une clause qui obligerait les dirigeants fondateurs à rester au pouvoir afin de garantir la stabilité de la monnaie.
Au 11 septembre 2026, la publication a obtenu plus de 650 réactions et plus d’une vingtaine de partages. À la même date, le compte de l’auteur comptait plus de 5 200 abonnés et suivait plus de 2 300 comptes.
Cependant ces affirmations sont fausses. Aucune communication officielle des quatre pays concernés ne confirme un projet ou une réflexion sur une éventuelle création d’une monnaie appelée «franc Ndanida», ni l’adhésion du Togo à l’AES. La publication relève en réalité d’un montage visuel généré par intelligence artificielle.
Vérifications
La rédaction de Togocheck a contacté l’auteur de la publication depuis le 27 août 2026 afin d’obtenir des précisions sur le sujet. Mais ce dernier n’a donné aucune réponse.
Un examen de son compte Facebook révèle qu’il vit à Lomé et est originaire de Naki-Ouest, à Dapaong. Sur son profil, la mention « Éducation – Justice – Liberté » apparaît comme une présentation de ses centres d’intérêt ou de ses valeurs.
Son compte est principalement consacré à la publication de contenus à caractère politique, social, et historique. Il relaie également des informations concernant le Togo et d’autres pays africains, notamment des sujets liés aux droits humains, à la politique et à l’actualité. Certains contenus publiés sur son compte sont signalés comme générés par l’intelligence artificielle.
Parmi ses publications figurent notamment des messages sur la libération des prisonniers politiques au Togo, des prises de position sur la situation politique au Mali, ainsi que des contenus concernant des personnalités togolaises et africaines.
Le compte a également publié des informations présentées comme des actualités, dont une affirmation sur une prétendue demande du ministre togolais de la Justice, Pacôme Adjourouvi, adressée au président américain Donald Trump pour obtenir l’extradition du journaliste Ferdinand Ayité depuis la France. D’autres publications portent sur des questions de droits humains en Guinée et au Togo, notamment sur la situation de Honoré Sitsopé Sokpor, dit “Affectio”.
Nous avons effectué une recherche d’image inversée dans Google Lens à partir de cette prétendue Une de journal. Nous n’avons obtenu aucun résultat en lien avec un quotidien d’actualité portant le nom « Le Pigeon Bleu » et utilisant « L’info qui vole sans plume » comme slogan. Une recherche par mots-clés sur le titre et le slogan ne fait pas non plus apparaître de média d’information correspondant.
L’analyse de l’image à l’aide de l’outil de détection d’intelligence artificielle imagedetector.com indique une probabilité de 81 % qu’elle est générée par l’IA, avec un score de confiance élevé. L’outil ne détecte par ailleurs aucun filigrane sur l’image.
Le Togo ne fait pas partie de l’AES, et aucune « monnaie Ndanida » n’a été annoncée
Les sites officiels du ministère des Finances et du Budget ainsi que celui du ministère des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Togolais de l’extérieur ont été consultés. Mais nous n’y avons trouvé aucune annonce officielle du gouvernement confirmant que le Togo aurait rejoint l’AES en vue de créer une monnaie appelée « Ndanida ».
Aucune annonce officielle de la BCEAO ou d’une autre institution monétaire régionale ne fait état de la création d’une telle monnaie. Par ailleurs, la liste officielle des États membres publiée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) en août 2026 inclut toujours le Togo.
Nous n’avons trouvé aucun article publié par un média étatique togolais, un média local ou étranger reconnu faisant état d’une décision du Togo de rejoindre l’Alliance des États du Sahel (AES) pour créer une monnaie commune. Le site officiel de la Confédération des États du Sahel présente l’AES comme une organisation réunissant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Le Togo ne figure pas parmi les États membres.
Le Togo utilise toujours le franc CFA
Contrairement à ce qu’affirme la publication, le Togo n’a pas abandonné le franc CFA pour une monnaie appelée « Ndanida ». Cette dénomination ne correspond à aucune monnaie connue dans l’espace monétaire ouest-africain. Le Togo fait toujours partie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui regroupe huit pays : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
L’UEMOA tout comme la BECEAO précisent que ces huit États ont en partage le franc de la Communauté financière africaine (FCFA), dont l’émission est confiée à la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ces institutions indiquent par ailleurs que la parité du franc CFA avec l’euro est fixée à 655,957 francs CFA pour un euro. Par ailleurs, la publication affirme que les concepteurs de la prétendue monnaie auraient décidé qu’un Ndanida vaudrait un euro afin de garantir une monnaie « forte ». Cette affirmation ne repose sur aucun document officiel.
Cependant, la valeur nominale d’une monnaie ne suffit pas à déterminer sa solidité économique. Une monnaie peut être fixée à une certaine parité par rapport à une autre devise sans que cela signifie automatiquement qu’elle est économiquement « forte ». La stabilité d’une monnaie dépend notamment de la politique monétaire, de l’inflation, des réserves de change, de la situation économique du pays ou de la zone monétaire et de la confiance des acteurs économiques. Ainsi, affirmer qu’une unité monétaire vaut un euro ne constitue pas, la seule méthode permettant de rendre cette monnaie économiquement forte.
C’est ce qu’explique une étude publiée le 1er septembre 1996 par le Fonds monétaire international (FMI). Elle montre qu’un régime de change fixe peut influencer l’inflation et la confiance, mais qu’il ne suffit pas à déterminer les performances économiques. L’étude indique que le régime de change peut influencer la croissance économique, notamment par le biais de l’investissement ou d’une amélioration de la productivité. Les régimes de change fixes favorisent l’investissement en réduisant les incertitudes liées à la politique monétaire et en abaissant les taux d’intérêt réels. A l’inverse, les régimes de change flottant sont associés à une croissance plus rapide de la productivité. En définitive, la croissance du PIB par habitant a été légèrement plus rapide dans les pays ayant adopté un régime de change flottant.
La Banque mondiale précise que les réserves de change servent notamment à intervenir sur les marchés des changes et à maintenir la confiance dans la monnaie et l’économie. « Les avoirs de réserve sont des actifs extérieurs, y compris l’or monétaire, facilement accessibles et contrôlés par les autorités monétaires pour répondre à leurs besoins de financement de la balance des paiements, intervenir sur les marchés des changes afin d’influencer le taux de change, et servir à d’autres fins connexes (comme le maintien de la confiance dans la monnaie et l’économie, et servir de base aux emprunts extérieurs). Les avoirs de réserve doivent être libellés et réglés en devises étrangères. Cet indicateur est exprimé en pourcentage de la dette extérieure totale, qui comprend toutes les obligations donnant lieu au paiement d’intérêts et/ou de principal par le débiteur à une ou plusieurs échéances futures et qui sont dues par des résidents d’une économie à des non-résidents ».
Les billets à l’effigie des dirigeants : aucun élément officiel
La publication affirme également que les futurs billets du « franc Ndanida » porteraient les portraits de Faure Gnassingbé, Ibrahim Traoré, Abdourahamane Tiani et Assimi Goïta, tandis que les pièces représenteraient Jean-Lucien Savi de Tové.
Aucun document officiel annonçant la conception de tels billets ou pièces n’a été publié par une banque centrale ou une institution monétaire compétente. La BCEAO publie régulièrement les caractéristiques des billets et pièces actuellement en circulation dans l’espace UEMOA. Les pièces en circulation portent notamment des éléments liés à la BCEAO et aux productions agricoles de la zone.
Une clause obligeant les présidents à rester au pouvoir ?
La publication affirme enfin qu’une clause des statuts de la future monnaie empêcherait les présidents fondateurs de quitter le pouvoir, sous peine de provoquer une crise monétaire.
Aucun texte constitutif de l’AES, aucun document de la BCEAO et aucune annonce officielle ne prévoit qu’une monnaie serait conditionnée au maintien au pouvoir de dirigeants politiques.
D’où vient le nom « Ndanida »?
Maman N’Danida ou Maman N’Danidaha est une personnalité togolaise connue principalement comme la mère de l’ancien président togolais Gnassingbé Eyadéma.
La mémoire de Maman N’Danida fait l’objet de commémorations régulières au Togo. Plusieurs cérémonies religieuses ont été organisées à Pya, son village natal, notamment à l’occasion des anniversaires de son décès. Son nom a été donné à plusieurs infrastructures publiques au Togo, notamment le Lycée Maman N’Danida de Pya et l’avenue Maman N’Danida à Lomé.
Par ailleurs, l’annonce d’un rapprochement du Togo avec l’Alliance des États du Sahel a été évoquée par le ministre des Affaires étrangères, le professeur Robert Dussey. Dans une interview accordée le 16 janvier 2025 au média Voxafrica, il a évoqué la possibilité pour le pays de rejoindre l’Alliance des États du Sahel (AES) en précisant que cette décision revenait au président de la République et au parlement togolais. « Demandez aux populations togolaises, les Togolaises et les Togolais lambda, si le Togo veut rentrer dans l’AES, vous allez voir leurs réponses. Je vous dirai qu’ils vous diront oui. Plus de 70% vous diront oui. Parce qu’aujourd’hui…les peuples veulent être eux-mêmes… », a déclaré le ministre.
En mars 2025 plusieurs médias rapportent qu’il a réitéré ses propos dans un publication faite sur sa page Facebook, affirmant que « Le Togo envisage de rejoindre l’Alliance des États du Sahel (AES), une décision stratégique qui pourrait renforcer la coopération régionale et offrir un accès à la mer aux pays membres« . Cependant, un tour sur la page Facebook du ministre montre que cette publication n’existe plus.
Enfin, les affirmations sur une future monnaie commune de l’AES ont déjà fait l’objet de nombreuses rumeurs sur les réseaux sociaux. Plusieurs ont été démontées par des médias de vérification des faits.
Conclusion
En définitive, l’allégation selon laquelle le Togo a rejoint la Confédération des États du Sahel pour créer une monnaie appelée « franc Ndanida » est fausse.
À ce jour, le Togo ne fait pas partie de l’AES. Il demeure membre de l’UEMOA et utilise le franc CFA, dont l’émission relève de la BCEAO.
Les déclarations antérieures du ministre togolais des Affaires étrangères sur la possibilité d’un rapprochement avec l’AES ne constituent pas une adhésion du Togo à l’organisation. Elles ne prouvent pas non plus l’existence du projet monétaire décrit dans la publication.