Selon une vidéo d’une minute et 23 secondes, diffusée sur TikTok, dans certains pays africains, des sous-vêtements en polyester seraient distribués à la population à des fins de contraception. Pour appuyer cette affirmation, l’auteur de la vidéo établit également un lien entre les termes anglais “birth control” qui désigne le contrôle des naissances et “contraceptif”, laissant entendre que le terme “contraceptif” servirait à masquer la réalité d’une politique de contrôle des naissances par une supposée utilisation du polyester.
La vidéo en question a été publiée le 17 août 2026 par le compte TikTok @freidkm. Elle est accompagnée de la légende : “Pourquoi des sous-vêtements en polyester sont-ils distribués dans certains pays africains ?”. Elle montre un homme commentant un extrait d’une émission en anglais, qu’il traduit en français. L’extrait présente une femme blanche d’un âge avancé invitée sur un plateau, face à une présentatrice.
Dans la vidéo, l’intervenant affirme que le terme “contraceptif” est utilisé pour masquer le véritable objectif du « contrôle des naissances ». Il prétend également que certains pays africains distribuent des sous-vêtements en polyester comme moyen de contraception. Il invite enfin les internautes à se méfier de la médecine et des politiques de contrôle des naissances, à développer leur esprit critique et à vérifier les informations avant de les accepter.

Au 14 septembre 2026, la vidéo a totalisé plus de 60 600 vues, avec 6 226 mentions « J’aime», et plus de 1 000 partages. À la même date, le compte de l’auteur affichait 140 abonnements, plus de 130 500 abonnés et 1,8 millions de mentions « J’aime».
Cependant, cette affirmation n’est pas étayée par aucune preuve. Bien que d’anciennes recherches aient effectivement étudié l’utilisation de dispositifs en polyester comme étant susceptibles de réduire temporairement la production de spermatozoïdes chez l’homme, aucune source crédible consultée ne fait état d’un programme de distribution de sous-vêtements en Afrique à des fins contraceptives.
Vérifications
Contacté depuis le 26 août 2026 par la rédaction de Togocheck au sujet de cette affirmation, l’auteur de la vidéo n’a pas réagi.
Un examen de son compte TikTok montre qu’il publie régulièrement des contenus dans lesquels il prodigue des conseils, livre ses réflexions personnelles et commente des vidéos circulant sur les réseaux sociaux. Il y aborde notamment « l’énergie du vide et le code 369 de Tesla », sous l’angle de la science, des théories et du mystère, ainsi que des sujets tels que l’origine du mal, les grandes révolutions et la perte d’emploi. Ses publications comprennent principalement des explications et des commentaires personnels, souvent présentés sous forme de questions destinées à susciter la réflexion des internautes.
Nous avons ensuite procédé à une recherche d’image inversée, à l’aide de Google Lens, d’une capture d’écran montrant l’extrait de l’émission. Cette recherche nous a conduits vers une publication en date du 26 mars 2026 montrant le même contenu, sur le compte TikTok du podcast consacré à la santé et au bien-être Culture Apothecary, avec la légende : « Tu crois ça ? ».
La traduction des propos de l’intervenante indique que dans certains pays africains, des sous-vêtements en polyester seraient distribués à des fins contraceptives et que les fibres synthétiques issues de laboratoires chimiques ne devraient pas être portées sur le corps en raison de la perméabilité de la peau. Elle affirme également qu’un grand nombre de femmes souffriraient de déséquilibres hormonaux, non seulement à cause de la pilule contraceptive, mais également du port de sous-vêtements en fibres synthétiques.
Nous avons également retrouvé l’intégralité de l’émission. Elle a été publiée le 6 mars 2026 sur la chaîne YouTube, Real Alex Clark, de l’animatrice américaine Alex Clark. Cette dernière recevait l’herboriste Barbara O’Neill comme invitée. D’une durée d’une heure, neuf minutes et vingt-trois secondes, elle est intitulée en anglais : «Castor Oil Wellness Tricks, Herbalism & The Health Advice You’ve Never Heard | Barbara O’Neill », soit en français : «Astuces de bien-être à l’huile de ricin, herboristerie et conseils santé que vous n’avez jamais entendus | Barbara O’Neill ».
La description de la vidéo, en anglais, indique que l’herboriste Barbara O’Neill raconte l’infection de l’oreille qui a changé sa vie, son témoignage chrétien et les raisons pour lesquelles elle estime que l’alimentation, les plantes médicinales, le mode de vie et la foi font tous partie du plan de Dieu pour la santé. L’entretien aborde également le cancer, les frottis cervicaux, les coloscopies, les échographies pendant la grossesse, le pain moderne, les huiles essentielles et les dangers, selon elle, de ne dormir que six heures par nuit.

Cependant, après avoir visionné l’intégralité de la vidéo, nous n’avons trouvé aucun passage affirmant que, dans certains pays africains, des sous-vêtements en polyester seraient distribués à la population comme méthode contraceptive.
Cette séquence ne figurant pas dans la version intégrale disponible sur YouTube, nous ne pouvons pas déterminer, à partir des éléments disponibles, dans quel contexte précis les propos ont été tenus ni pourquoi ils sont absents de cette version.
Contrôle des naissances et contraception: deux concepts similaires
Dans son commentaire, l’auteur fait un amalgame entre les termes “contrôle des naissances” et “contraceptif “ qui modifieraient le sens du message véhiculé dans la vidéo.
Dans le domaine de la santé reproductive, le contrôle des naissances et la contraception renvoient à des notions proches mais nuancées. Selon les sources consultées, le contrôle des naissances est un terme général qui désigne toutes les mesures sociales, médicales et éducatives permettant de réguler le nombre et l’espacement des naissances. La contraception désigne quant à elle, une forme de contrôle des naissances en prévenant la survenue d’une grossesse.
La différence de vocabulaire ne permet donc pas, à elle seule, d’établir l’existence d’une politique dissimulée de contrôle des naissances par l’utilisation de polyester.
Des sous-vêtements en polyester sont- ils distribués en Afrique comme contraceptifs ?
Nos recherches n’ont pas permis de retrouver de communiqués officiels ni d’articles publiés par des médias crédibles, en Afrique ou à l’international, confirmant l’existence d’un programme de distribution de sous-vêtements en polyester en Afrique comme moyen de contraception.
En revanche, nous avons retrouvé des articles qui présentent les sous-vêtements en polyester comme un risque sanitaire insoupçonné susceptible d’affecter la fertilité masculine et féminine sans pour autant constituer des contraceptifs..
Deux explications sont mises en avant, notamment l’effet de champ électrostatique créé par la friction du tissu et la rétention thermique. Ces articles soulignent que le contact prolongé et la transpiration peuvent libérer des résidus chimiques agissant comme des perturbateurs hormonaux. Toutefois aucune référence n’a été faite à un programme de distribution de sous-vêtements comme contraceptifs en Afrique.
Une étude publiée en 1992 et référencée dans la National Library of Medicine a évalué l’effet d’un suspensoir en polyester placé autour du scrotum chez 14 hommes. Les participants portaient ce dispositif continuellement pendant 12 mois. Les chercheurs ont observé qu’après plusieurs mois, les 14 participants étaient devenus azoospermiques, c’est-à-dire qu’aucun spermatozoïde n’était détectable dans leur sperme. Après l’arrêt du dispositif, la concentration de spermatozoïdes est ensuite revenue au niveau initial chez les participants suivis.

Toutefois, les chercheurs n’ont pas simplement demandé aux participants de porter leurs sous-vêtements habituels en polyester. Ils ont utilisé un suspensoir entièrement conçu en polyester pour maintenir le scrotum et les testicules, porté jour et nuit pendant une longue période.
De plus, l’étude portait seulement sur 14 hommes, ce qui constitue un échantillon très réduit. Elle ne permet donc pas de conclure que le port habituel de vêtements en polyester constitue une méthode contraceptive fiable pour la population générale.
Une autre étude, publiée le 1er octobre 1995 par une université indonésienne et menée auprès de 10 hommes indonésiens, a également examiné un dispositif en polyester placé autour du scrotum et porté jour et nuit pendant 24 semaines. Les chercheurs ont observé une diminution de plusieurs paramètres spermatiques, mais aucun participant n’est devenu azoospermique.
Ces résultats montrent surtout que le polyester a fait l’objet de recherches expérimentales sur ses éventuels effets sur la fertilité masculine. Ils ne permettent pas d’en conclure qu’il est une méthode contraceptive couramment utilisée. Ces études ont été menées sur un petit nombre de personnes et dans des conditions particulières. De plus, l’idée selon laquelle les charges électrostatiques produites par le polyester pourraient agir sur les spermatozoïdes n’a pas été suffisamment documentée pard’autres travaux.
Les recherches en ligne effectuées à partir de mots-clés montrent que les recommandations actuelles ne présentent pas les sous-vêtements en polyester comme une méthode contraceptive. Les méthodes contraceptives reconnues par les autorités sanitaires comprennent notamment les pilules contraceptives, les implants, les injections, les dispositifs intra-utérins, les préservatifs, la stérilisation… Ces différentes méthodes sont utilisées en fonction des situations et reposent sur différents mécanismes d’action.
Conclusion
En somme, l’affirmation selon laquelle des sous-vêtements en polyester seraient distribués dans certains pays africains comme moyen de contraception n’est pas prouvée.
Des études anciennes ont effectivement examiné les effets de dispositifs particuliers en polyester sur la fertilité masculine, notamment en Égypte et en Indonésie. Mais elles ont été réalisées sur de très petits groupes d’hommes, dans des conditions expérimentales spécifiques. Elles ne démontrent ni que le port habituel de sous-vêtements en polyester constitue une méthode contraceptive reconnue, ni qu’un programme de santé publique distribue de tels sous-vêtements à des fins contraceptives dans des pays africains.