21 rapports sexuels par mois pour éviter le cancer de la prostate ? Une étude mal interprétée 

21 rapports sexuels par mois pour éviter le cancer de la prostate Une étude mal interprétée 

Une vidéo de 25 secondes, diffusée sur Facebook, laisse croire que, pour éviter le cancer de la prostate, un homme devrait avoir des rapports sexuels environ 21 fois par mois.

La vidéo, est un extrait de l’émission 5 DIX K, diffusée  par la chaîne de télévision Sun plus TV Cameroun, et signée par le chroniqueur Audrey Antoine. Elle est accompagnée d’un texte affirmant que les maladies de la prostate  pourraient être évitées grâce à une fréquence élevée de rapports sexuels, allant jusqu’à 21 par mois. L’intervenant ajoute qu’un homme devrait éjaculer au moins une fois par jour et suggère que l’absence prolongée de rapports pourrait augmenter les risques de maladie.

« « Pour éviter les maladies liées à la prostate, l’homme doit avoir des rapports sexuels 21 jours par mois. Mais si sa femme est dans des métiers qui l’occupent tout le temps, il va tomber malade. » — 𝐀𝐮𝐝𝐫𝐞𝐲 𝐀𝐧𝐭𝐨𝐢𝐧𝐞, Chroniqueur.« , lit-on dans la description en dessous de la vidéo. Les images montrent trois intervenants dont une femme et le chroniqueur Audrey Antoine, débattant sur un plateau de télévision.

Capture d’écran effectuée le 17/06/2026 de la publication faite par le compte Facebook Sun plus TV Cameroun / Croix rouge ajoutée par Togocheck

La vidéo a largement circulé sur Facebook et généré plusieurs milliers d’interactions. Au 15 juin 2026, elle totalise 927 000 vues, 12 300 mentions «  J’aime », 515 commentaires et 666 partages. À la même date, le compte Facebook de la chaîne totalisait 84 000 abonnés et 204 suivis. 

Cependant, selon les recoupements d’informations effectués, même si, selon certaines études, le fait d’avoir 21 rapports sexuels dans un mois peut être lié à un risque réduit du cancer de la prostate, il n’est ni unanimement recommandé par les spécialistes de la santé et ne peut être érigé en prescription médicale établie. 

Vérifications 

Le 4 juin 2026, la rédaction de TogoCheck a contacté la page Facebook de Sun Plus TV afin de vérifier les propos diffusés, sans obtenir de réponse. L’analyse de la page montre qu’elle publie principalement des extraits d’émissions de divertissement diffusées sur Sun Plus TV, une chaîne camerounaise dédiée au divertissement. Ses publications abordent plusieurs sujets de détente. Des recherches complémentaires sur Google, Facebook et YouTube n’ont pas permis de retrouver l’intégralité de la vidéo.

Les vérifications effectuées sur le site de l’Organisation Mondiale de la Santé ne montrent aucune recommandation officielle liant la fréquence des rapports sexuels à la prévention du cancer de la prostate. Les experts de l’OMS n’ont pas établi l’éjaculation comme méthode de prévention.

Néanmoins, une étude de l’université de Harvard aux Etats-Unis, menée sur plus de 32 000 hommes suivis sur plusieurs années, s’est consacrée au sujet. Cette étude a observé que les hommes ayant une fréquence d’éjaculation élevée (autour de 21 fois par mois ou plus) présentaient un risque réduit d’environ 22 % de développer un cancer de la prostate par rapport à ceux ayant une fréquence plus faible.

Capture d’écran effectuée le 17/06/2026 de l’article publié le 19 janvier 2022, portant sur l’étude de l’université de Harvard . Encadré en rouge ajouté par Togocheck pour matérialiser les conclusions issues de l’étude et sur lesquelles les informations circulant sur les réseaux sociaux se fondent.

Cependant, elle met en évidence une corrélation et non un lien de causalité. Les chercheurs précisent que d’autres facteurs peuvent expliquer cette association, notamment le mode de vie, l’alimentation ou l’état de santé général.

Selon un article publié le 4 mai 2020 par l’urologue français André Philippe Davody, l’activité sexuelle peut avoir un impact sur le risque de cancer de la prostate. Le spécialiste s’est basé sur une étude de l’Université de Montréal publiée dans la revue Cancer Epidemiology (Capture d’écran ci-dessous). Cette étude a observé un effet protecteur contre le cancer de la prostate chez les hommes ayant eu plus de 20 partenaires sexuelles féminines au cours de leur vie.  

Par ailleurs, un article de BBC Afrique publié le 1er mai 2024 revient sur l’étude réalisée par les chercheurs de Harvard. Il rapporte que plusieurs recherches évoquent une possible association entre la fréquence des éjaculations et une réduction du risque de cancer de la prostate. Mais l’article précise que ces études n’ont pas démontré un effet protecteur direct tout en émettant des réserves sur des conclusions hâtives.

Capture d’écran effectuée le 17/06/2026 de la conclusion de étude de l’Université de Montréal publiée dans la revue Cancer Epidemiology

Des recherches nous ont conduit à un article du mensuel français dédié à la science, Science & Vie, publié le 29 mai 2026. Son contenu revient sur  cette hypothèse régulièrement étudiée par les chercheurs : l’existence d’un lien entre la fréquence des éjaculations et le risque de cancer de la prostate. L’article rapporte les résultats de l’étude menée par l’Université de Harvard et souligne que les données scientifiques restent nuancées.

En effet,  les  experts de l’OMS ne prescrivent aucun quota d’activité sexuelle. Pour prévenir le cancer de la prostate, ils mettent plutôt l’accent sur des facteurs de mode de vie mieux établis.

Des réserves émises par les spécialistes…

Dans un article paru le 4 janvier 2023, le médecin et sexologue français, Docteur Catherine Solano, auteure de plusieurs ouvrages sur la sexualité et la santé, et enseignante en Sexologie à l’Université catholique de Louvain, s’interroge sur la véracité de ces études de Harvard. D’après son analyse, il s’agit d’une corrélation statistique et non d’une garantie absolue ou d’une prescription médicale officielle. 

«  Un doute subsiste : ces études montrent que les hommes qui éjaculent plus souvent présentent moins de cancers de la prostate. Il s’agit d’une association de faits, non d’une preuve de cause à effet. Il se pourrait par exemple que les hommes ayant des éjaculations plus fréquentes aient un mode de vie entraînant moins de risque de cancer de la prostate. Par exemple, une meilleure entente de couple, ou un moindre stress, ou un lâcher prise plus facile, ce qui peut-être pourrait constituer un facteur « anti-cancer ». C’est ce qu’on peut lire dans un article sur le sujet rédigé par la spécialiste et publié sur le site doctical.com, dédié à la santé sexuelle.

Dans une analyse publiée par Futura-science, d’autres spécialistes estiment que l’éjaculation régulière n’a qu’un effet protecteur.  L’article évoque une étude menée par des chercheurs chinois qui conclut que: “La méta-analyse des études incluses a indiqué que les hommes ayant moins de partenaires sexuels, un âge plus avancé lors du premier rapport sexuel et une fréquence d’éjaculation modérée présentaient un risque significativement réduit de cancer de la prostate” 

La fréquence éjaculatoire ne peut donc pas être considérée comme une recommandation de prévention contre le cancer de la prostate. 

D’autres articles indiquent que ces résultats doivent être interprétés avec prudence et mis en perspective avec d’autres facteurs de risque et  préconisent des études complémentaires.

Contacté par la rédaction de Togocheck le 4 juin 2026, le Docteur Hermann Amadoto, gynécologue obstétricien et PDG de  La Clinique des Roses estime qu’ une analyse simple permet de relativiser l’affirmation. Pour lui: “ 21 éjaculations correspondent à au moins 5 rapports sexuels par semaine soit un peu moins d’un rapport sexuel par jour. A ce rythme, pour une personne normale, il faudra arrêter de travailler et devenir un esclave sexuel. On finira beaucoup plus tôt à la morgue non pas pour un cancer de la prostate mais pour un épuisement physique ou une crise cardiaque.

Le site dédié à la recherche scientifique, Theconversation.com, dans un article en date du 23 avril 2024, estime qu’au-delà de toutes ces différentes études menées sur le sujet, il serait difficile de tirer une conclusion générale. « L’activité sexuelle et l’éjaculation présentent des bienfaits qui dépassent le cadre de la prostate, notamment des effets positifs sur le cœur, le cerveau, le système immunitaire, le sommeil et l’humeur. Ainsi, même si le lien entre la fréquence d’éjaculation et le cancer de la prostate n’est pas entièrement élucidé et que des recherches supplémentaires sont nécessaires, une éjaculation fréquente (avec modération) ne présente aucun risque, est probablement bénéfique et devrait donc faire partie intégrante d’un mode de vie sain pour un homme ». 

Conclusion 

Somme toute, l’affirmation selon laquelle 21 éjaculations par mois permettraient de prévenir le cancer de la prostate ne repose sur aucune recommandation médicale officielle. Elle s’appuie sur une étude scientifique réelle, notamment celle de Harvard, mais celle-ci met uniquement en évidence une association statistique et non une preuve de causalité.
Cette affirmation est trompeuse si elle est présentée comme une règle de prévention.

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