Non, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) ne guérit pas le VIH, mais est un traitement préventif recommandé par les autorités sanitaires

Non, la prophylaxie pré-exposition (PrEP) ne guérit pas le VIH, mais est un traitement préventif recommandé par les autorités sanitaires

Une vidéo de 5 minutes 30 secondes diffusée sur TikTok affirme que le traitement  appelé prophylaxie pré-exposition (PrEP) ne prévient pas le VIH/sida et qu’elle serait uniquement un antirétroviral destiné aux personnes LGBTQ+, aux victimes de viol ou aux personnes atteintes d’hépatite. Selon l’auteure, ce traitement est une stratégie des laboratoires pharmaceutiques pour vendre davantage de médicaments. 

La vidéo a été publiée le 23 juin 2026 par le compte Irne.sidonie.ndja. Elle montre une femme âgée, réagissant à une publication vue sur les réseaux sociaux, dans laquelle un jeune homme affirme que la PrEP permet de prévenir et de guérir le VIH/sida. 

L’intervenante explique alors dans sa vidéo que la prophylaxie pré-exposition est un traitement antirétroviral administré aux personnes exposées à un risque d’infection par le VIH. Elle affirme que la PrEP ne prévient ni ne guérit le VIH et qu’il s’agit essentiellement d’une stratégie des industries pharmaceutiques visant à accroître la consommation d’antirétroviraux. Elle déconseille à son audience d’utiliser ce médicament et met en garde contre les effets secondaires qu’elle attribue aux antirétroviraux. Elle critique également les créateurs de contenus qui diffusent des informations erronées sur la PrEP pour obtenir de la visibilité sur les réseaux sociaux.

Capture d’écran effectuée le 27/07/2026 de la publication faite le 23/06/2026 sur le compte TikTok «Irne.sidonie.ndja»

Voici l’intégralité de son message question « Mes chers enfants, mes chers amis, je m’adresse surtout à mes enfants cet après-midi. Bonsoir. En scrollant sur mon téléphone hier, j’ai regardé une vidéo dans laquelle un jeune homme faisait la promotion du PrEP, qui selon lui est un comprimé qui peut prévenir et guérir le VIH sida.

Et lui, il disait qu’on a caché la vérité aux Africains depuis des décennies. Je voudrais dire à cet enfant et à tous les autres que le PrEP, c’est un acronyme, c’est une abréviation. Le PrEP, c’est la prophylaxie pré-exposition, c’est ce que ça signifie, P-R-E-P, prophylaxie pré-exposition.
Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c’est un comprimé qu’on te donne lorsqu’on sait que tu vas prendre un risque, c’est-à-dire que tu vas avoir une relation sexuelle avec quelqu’un qui est infecté. Le PrEP, à l’origine, a été fait pour les populations LGBTIQ, etc., parce que ce sont des populations qui prennent des risques. Ça avait été fait pour eux, et on leur recommandait, lorsqu’ils vont s’adonner, comme ils en ont l’habitude, à des activités récréatives, à des orgies, si je peux dire ça comme ça.
Le PrEP, les enfants, c’est un antirétroviral. J’ai dit que PrEP, le comprimé qu’on te donne là, c’est un antirétroviral. C’est le même qu’on donne aux jeunes femmes qui ont été violées.

C’est le même qu’on donne aussi aux personnes, vous savez que les antirétroviraux, on les prescrit aussi aux personnes qui sont atteintes d’hépatite. Alors les enfants, il faut essayer de lire et vous documenter, même si vous voulez des vues, même si on veut des vues sur les réseaux sociaux, il faut faire attention, ne dites pas n’importe quoi aux gens. Le PrEP n’est pas un comprimé préventif ou curatif contre le VH/SIDA, non, pas du C’est juste une stratégie que les multinationales pharmaceutiques ont trouvées pour vendre encore plus les antirétroviraux, jeune homme.
Je n’ai pas pu retrouver cette vidéo parce que j’ai oublié de faire même le screenshot. Je vais vous frapper, PrEP, la machin, je ne vois pas. Les enfants, ne le prenez pas, ne courez pas après, c’est faux, le PrEP n’est pas un comprimé préventif ou curatif contre le VIH.
Le PrEP, c’est un comprimé qu’on donnait, on prescrivait, parce que maintenant on prescrit ça à tout le monde. Quand ils se sont rendus compte que ça marchait avec les populations LGBTQ qui croissent dans notre société, notre société africaine, ils sont en train de dire maintenant que ça et que ça soigne le VIH. Non, non, non, ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai, c’est un mensonge, ne prenez pas ce comprimé, ne le prenez pas, c’est un antirétroviral, laissez ça aux LGBTQ, laissez ça à ces gens-là, ne le prenez pas.

Mes chers enfants, sachez que les antirétroviraux, il faut toujours le rappeler, ce sont des produits qui ont été introduits, pardon, qui ont été amenés à être commercialisés, autorisés, pardon, à être commercialisés avec près de, près ou plus même de 15% d’effets secondaires. Et Dieu sait, je sais qu’au début des années 90, lorsqu’on a commencé à donner ça aux gens, il y en a qui perdaient leurs fesses, il y en a qui prenaient de la poitrine, il y en a qui avaient des gros ventres, il y en a qui avaient des pieds beaux, il y en a qui avaient ceci. Les antirétroviraux sont des comprimés, sont des médicaments très dangereux.

Le président Tabombeki l’avait dit en son temps, il ne voulait pas qu’on administre ça à ces populations, mais il avait été moins fort ou moins puissant que les multinationales pharmaceutiques. Et à l’origine, les antirétroviraux, au début des années 90 là, lorsque c’est introduit en Afrique, je pense que lorsque ça a même commencé après l’AZT, lorsque ça a commencé en Europe et en Occident, de toutes les manières, ils ont dit que l’Afrique n’était pas apte à prendre les médicaments, les antirétroviraux. Au Cameroun, ils sont venus essayer et il y avait un projet qui s’appelait Parvis, projet antirétro Yaoundé, Parvis, pour voir si on venait tester ça sur les gens pour voir si on pouvait aussi supporter ça, comme les blancs.
D’où vient-il qu’on joue ça ? Les arracher dès que vous mangez le matin, vous mangez le soir, parce que tu as organisé la fête. D’où vient-il que ça devienne comme ça ? Les enfants réfléchissent un peu, faites un petit effort d’analyse. Sincèrement, ne dites plus n’importe quoi, arrêtez ça.

Et puis, s’il vous plaît, puisque vous aimez ce que je fais, mettez-moi un cœur là, n’oubliez pas de mettre un cœur et de vous abonner [sic].» 

Au 13 juillet 2026, la publication totalisait plus de 1 600  vues et une centaine de  mentions « J’aime ». À la même date, le compte totalisait 354 abonnements, plus de 42 600 abonnés et plus de 120 300 mentions « J’aime ».

Pourtant, ces affirmations sont en partie trompeuses. Selon nos recherches, la prophylaxie pré-exposition ne guérit pas le VIH mais elle est conçue comme un traitement préventif destiné aux personnes présentant un risque élevé de contracter la maladie. 

Vérifications

La rédaction de Togocheck a contacté l’auteure de la publication depuis le 29 juin 2026, afin d’obtenir des preuves de son affirmation, mais cette dernière n’a pas répondu à nos sollicitations. L’examen de son compte montre qu’elle y publie principalement des contenus consacrés à la santé et au choix des professionnels de santé. Elle invite régulièrement ses abonnés à ne pas suivre aveuglément les conseils ou les remèdes diffusés sur les réseaux sociaux pour traiter une maladie.

Elle aborde également des faits de société, ainsi que des drames et des conflits survenus à Yaoundé, au Cameroun. En outre, elle partage des conseils sur l’alimentation et les risques que certains aliments peuvent présenter pour la santé. Enfin, elle publie des recommandations et des remèdes qu’elle présente comme bénéfiques pour la santé.

Nos recherches en ligne pour tenter de retrouver la vidéo évoquée par l’auteure n’ont pas abouti. Toutefois, elles ont permis d’identifier plusieurs publications traitant de la PrEP et de son rôle dans la prévention du VIH. C’est le cas d’une vidéo publiée le 12 juin 2026 sur TikTok par l’internaute drbranofficiel, qui se présente comme un médecin camerounais. 

La PrEP, un traitement préventif contre le VIH…

Selon Sidaction, une association française de lutte contre le VIH SIDA, la prophylaxie pré-exposition est un traitement préventif destiné aux personnes séronégatives exposées à un risque d’infection par le VIH. Le traitement repose sur la prise d’antirétroviraux, soit de manière continue, soit à la demande, selon le profil de la personne et les recommandations médicales. Efficace pour éviter l’infection par le VIH, son objectif est d’empêcher l’installation du virus dans l’organisme après une exposition.

Capture d’écran effectuée le 27/07/2026 d’une fiche d’information publiée par l’association française, Sidaction, sur son site internet.

Nos recherches nous ont également conduits vers le site de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a publié le 15 juillet 2025, des informations sur la prophylaxie pré-exposition. L’OMS y précise que la PrEP ne guérit pas le VIH, mais réfute l’affirmation selon laquelle le traitement ne prévient pas l’infection. L’organisation souligne que la PrEP constitue un moyen efficace de prévention du VIH chez les personnes séronégatives exposées à un risque élevé d’infection.

Cette recommandation est également partagée par les principales autorités sanitaires internationales, notamment les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC). L’OMS explique en outre que la PrEP est un outil supplémentaire de prévention du VIH, au même titre que le préservatif, le dépistage ou la réduction des risques chez les usagers de drogues injectables. L’organisation recommande plusieurs formes de PrEP, notamment les comprimés à base de Ténofovir ainsi que des traitements injectables de longue durée.

…Pour une cible connue

Selon la narratrice, la PrEP serait exclusivement destinée aux personnes LGBTQ+, aux victimes de viol ou aux personnes atteintes d’hépatite. Or, les recherches effectuées en ligne montrent que cette affirmation est inexacte. 

«La PrEP est recommandée auprès des personnes qui n’ont pas le VIH, mais qui peuvent être exposées au virus », affirme la direction générale de santé publique de Montréal. Dans un article publié sur son site internet, l’institution précise que certains groupes de personnes plus exposées que d’autres au VIH pourraient bénéficier de la PrEP. Il s’agit notamment des hommes homosexuels et bisexuels, des femmes transgenres, des personnes hétérosexuelles qui ont des relations sexuelles avec une personne atteinte du VIH et dont la charge virale est élevée ainsi que les personnes qui consomment des drogues par injection.

Dans le même sens, les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies rappellent également que la PrEP est destinée aux adultes et aux adolescents séronégatifs susceptibles d’être exposés au VIH, indépendamment de leur orientation sexuelle ou de leurs pratiques, y compris l’usage de drogues par injection. 

Les premiers essais cliniques de la PrEP ont effectivement concerné certaines populations particulièrement exposées au VIH, notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Toutefois, les recommandations internationales ont depuis longtemps été élargies. Aujourd’hui, l’OMS recommande la PrEP à toute personne présentant un risque substantiel d’exposition au VIH, indépendamment de son orientation sexuelle. 

Son efficacité est confirmée par les institutions sanitaires qui insistent sur une prise conforme aux recommandations médicales. Par ailleurs, plusieurs études confirment que la PrEP réduit le risque d’infection par le VIH, avec une efficacité d’autant plus élevée lorsque le traitement est correctement suivi.

« Les essais cliniques ont montré une réduction du risque d’infection par le VIH allant jusqu’à 99 % chez les personnes prenant la PrEP de manière constante », assure le Professeur Gilles Pialoux, Chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital Tenon à Paris dans un article publié par la plateforme européenne de télémédecine Doktorabc.com. L’article mentionne également une étude française de 2019 ayant mis en évidence une réduction du risque d’infection par le VIH de 86% chez les participants sous la PrEP, preuve de l’efficacité de ce traitement.

« Plusieurs essais cliniques randomisés ont montré que la PrEP, par voie orale, permettait de réduire l’incidence du VIH chez des personnes séronégatives à haut risque d’infection par le VIH. Ces résultats concluants ont convaincu plus de 40 pays, tels que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie, d’autoriser l’usage de la PrEP.
Les résultats de l’étude IPERGAY, menée en France et au Canada entre 2012 et 2014, ont justifié la mise à disposition de la PrEP en France. Dans cette étude réalisée en double-aveugle auprès de 400 HSH séronégatifs, la prise orale de TDF/FTC à la demande a permis de 6 réduire l’incidence du VIH de 86% (intervalle de confiance à 95% (IC95%) : 40%-98%) comparativement au placebo, avec 14 primo-infections survenues dans le groupe placebo (incidence de 6,60/100 personnes-années [PA]) contre 2 dans le groupe TDF/FTC (incidence de 0,91/100 PA), survenues chez des patients non observants », indique un article scientifique publié sur la plateforme en ligne de revues scientifiques, ScienceDirect.

En revanche, la PrEP ne protège pas contre les autres infections sexuellement transmissibles. Elle ne remplace donc pas les autres mesures de prévention, notamment le préservatif.

Vrai: La PrEP ne guérit pas le VIH 

La seule information exacte contenue dans la vidéo est que la PrEP ne guérit pas le VIH. En effet, l’OMS est catégorique à ce sujet : il n’existe actuellement aucun traitement permettant de guérir définitivement l’infection par le VIH. Les traitements antirétroviraux permettent de contrôler la multiplication du virus, mais ils ne l’éliminent pas totalement de l’organisme.

Capture d’écran effectuée le 27/07/2026 d’une fiche d’information publiée par l’OMS sur son site internet. Encadré rouge ajouté par Togocheck pour souligner une précision de l’article

Par ailleurs, l’auteure a également évoqué dans sa vidéo une supposée dangerosité des antirétroviraux introduits en Afrique dans les années 1990 et fait référence à des essais menés au Cameroun.

Selon nos recherches, le premier médicament antirétroviral utilisé dans les années 1990, la zidovudine (ZDV) également connue sous le nom d’ azidothymidine ( AZT)   était effectivement associé à davantage d’effets indésirables que les traitements actuels. Mais, ils ont considérablement réduit la mortalité et la morbidité liées au VIH, et leurs bénéfices globaux dépassaient largement les risques associés à leur utilisation. 

Les nouveaux produits utilisés sont cependant beaucoup mieux tolérés et font l’objet d’une surveillance continue. Les CDC indiquent en ce sens que les effets secondaires de la PrEP sont généralement légers. Ils peuvent comprendre des nausées, des maux de tête, de la fatigue ou des douleurs abdominales, qui disparaissent souvent après quelques semaines. Quant à l’affirmation de l’auteure selon laquelle la PrEP constituerait une stratégie mise en place par les laboratoires pharmaceutiques dans le seul but de vendre davantage de médicaments, aucune preuve ne permet d’étayer cette affirmation.

La PrEP fait l’objet de nombreuses études scientifiques et son efficacité a conduit les institutions sanitaires à l’intégrer dans leurs recommandations internationales de prévention du VIH. Les recommandations de ces organisations reposent sur l’analyse de données scientifiques et non sur les intérêts commerciaux de laboratoires pharmaceutiques.

Conclusion

En clair, il est exact que la PrEP ne guérit pas le VIH. En revanche, il est faux d’affirmer qu’elle ne prévient pas l’infection.
Les données scientifiques et les recommandations de l’OMS montrent qu’il s’agit d’un traitement préventif efficace, destiné aux personnes séronégatives présentant un risque d’exposition au VIH. Par ailleurs, elle n’est pas uniquement réservée aux personnes LGBTQ+, aux victimes de violences sexuelles ou à une catégorie déterminée de la population.
Enfin, les antirétroviraux peuvent provoquer des effets secondaires, mais les traitements actuels sont considérés comme sûrs et leurs bénéfices en matière de prévention et de prise en charge du VIH sont largement documentés.

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