D’après une vidéo de 48 secondes, diffusée sur TikTok, l’utilisation des tampons hygiéniques serait à l’origine de l’augmentation des cas d’endométriose chez les femmes. Selon l’homme qui intervient dans la vidéo, l’absence d’endométriose autrefois s’expliquerait par l’inexistence des tampons à cette époque. Il met également en garde contre le risque que représenterait ce produit qui, une fois immergé dans l’eau, gonflerait et formerait un véritable «bouchon de champagne» dans le vagin.
La vidéo, publiée le 8 août 2026 par le compte TikTok @cardacisamantah est accompagnée de la légende : « Selon ce Dr, c’est une des causes de l’endométriose». Elle présente un extrait d’une émission au cours de laquelle un homme présenté comme un médecin discute de l’endométriose avec un animateur.
L’homme, d’un certain âge, porte des lunettes ainsi qu’un costume sombre et une cravate rayée. L’animateur, un homme plus jeune aux cheveux bruns et à la barbe, porte des lunettes ainsi qu’une veste de costume grise sur un t-shirt noir. Il est assis devant un ordinateur portable et écoute attentivement son interlocuteur.

Les deux hommes sont installés sur deux canapés en tissu marron foncé disposés face à face, avec plusieurs coussins de couleur jaune, verte et orange. Au centre se trouve une table basse en bois sur laquelle sont posés quelques objets décoratifs. À l’arrière-plan, on distingue une bibliothèque bien remplie sur la droite, une lampe boule diffusant une lumière orangée au sol ainsi qu’un grand écran plat fixé au mur, au centre de la pièce.
Au 13 septembre 2026, la publication comptabilisait plus de 1700 mentions « J’aime », et 1 729 partages. À la même date, le compte qui a publié la vidéo totalisait 1 891 abonnements, 9 591 abonnés et plus de 363 600 mentions « J’aime » cumulées sur l’ensemble de ses publications.
Mais selon les sources médicales consultées et les recoupements d’informations effectués par notre rédaction, aucune preuve scientifique ne permet d’établir que l’utilisation des tampons hygiéniques provoque l’endométriose.
Les vérifications
La rédaction de Togocheck a contacté l’auteur de la publication le 21 août 2026, sans obtenir de réponse.
Un tour sur son compte montre qu’il partage régulièrement des contenus liés à l’actualité et à la vie sociale en France. Parmi les publications récentes figurent notamment des avis de recherche concernant des personnes disparues à Strasbourg, une information faisant état d’une amende de 7 500 euros à Nice pour chaque participant à un spectacle de Dieudonné interdit par le préfet, ainsi que des contenus relatifs à différents faits divers survenus en France.
Le compte publie également des contenus portant sur des interventions des forces de l’ordre, des communiqués de presse et des faits d’actualité. Il a également publié plusieurs autres extraits de l’intervention du médecin sur différents sujets.
Une recherche d’image inversée, effectuée avec Google Lens à partir d’une capture d’écran de cette vidéo a permis de retrouver l’intégralité de l’émission. D’une durée d’1 heure, 16 minutes et 36 secondes, elle est présentée par Marc Leval , elle est titrée « Les PATHOLOGIES hormonales féminines – Pr Henri JOYEUX ». Elle a été publiée le 22 février 2024 sur la chaîne YouTube ABC TALK TV. Selon les informations disponibles en ligne, ABC TALK TV est un média numérique dédié à la santé, au bien-être, au développement personnel et à la spiritualité, créé par le journaliste et producteur français Marc Leval.
Dans la description de la vidéo, la chaîne indique que le professeur Henri Joyeux aborde les différentes pathologies hormonales qui affectent la vie de nombreuses femmes à travers le monde. Il démystifie ces affections souvent complexes et offre des perspectives uniques sur leur prévention, leur diagnostic et leur traitement.
La visionnage de l’intégralité de l’émission permet de constater que le professeur Henri Joyeux répond à différentes questions posées par les abonnés sur les pathologies hormonales féminines.
Vers la fin de l’émission, à 1 heure, 11 minutes et 22 secondes, on retrouve la séquence faisant l’objet de notre vérification. Le professeur Henri Joyeux répond à la question : « Pourquoi connaissons-nous de plus en plus d’endométriose ? Comment faire le diagnostic ? Test salivaire ? Test traitement ? ». C’est dans sa réponse qu’il évoque notamment l’utilisation de tampons hygiéniques chez les jeunes filles et établit un lien avec l’endométriose. Toutefois il n’a présenté aucune preuve pour soutenir son propos.
Qu’est-ce que l’endométriose ?
D’après une fiche maladie publiée par l’Institut Pasteur, « l’endométriose est une affection gynécologique chronique dans laquelle le tissu qui tapisse normalement l’utérus, appelé l’endomètre, se développe en dehors de celui-ci. Cette condition peut entraîner divers symptômes douloureux, affectant la qualité de vie de la personne, ainsi que des problèmes de fertilité ».

Elle se manifeste principalement par des règles très douloureuses (dysménorrhée), des douleurs pelviennes chroniques et des difficultés à concevoir un enfant. Plusieurs sources médicales consultées partagent cette définition de l’endométriose.
L’endométriose peut s’aggraver avec le temps. Les douleurs peuvent devenir plus fréquentes et plus intenses. La maladie peut provoquer des tissus cicatriciels, des kystes ovariens, et toucher d’autres organes du bassin comme la vessie et le rectum, et plus rarement des organes situés hors du bassin. Ces douleurs peuvent altérer fortement la qualité de vie.
Certaines formes sont asymptomatiques et découvertes lors d’un bilan de fertilité. Le lien exact entre endométriose et infertilité n’est pas encore totalement compris. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, l’endométriose touche environ 10 % des femmes en âge de procréer dans le monde, soit environ 190 millions de personnes. L’institut Pasteur précise que l’endométriose est une maladie complexe dont les causes exactes ne sont pas encore comprises. Elle serait liée à plusieurs facteurs, notamment génétiques, hormonaux, environnementaux et immunitaires.
Il n’existe pas de traitement pour guérir définitivement l’endométriose. Mais plusieurs solutions médicales, chirurgicales et d’accompagnement permettent de contrôler efficacement les symptômes et d’améliorer la qualité de vie. La stratégie thérapeutique est adaptée au cas par cas selon l’intensité des douleurs, l’étendue des lésions et le désir de grossesse de la patiente.
Aucun lien de causalité
Le tampon est une protection menstruelle à usage unique, introduite dans le vagin pour absorber le flux des règles. Il peut être utilisé à tout âge, sans risque de remonter dans l’utérus. À ce jour, les principales autorités médicales ne considèrent pas les tampons comme une cause établie de l’endométriose. L’OMS précise surtout que les causes exactes de la maladie restent inconnues.
Un article publié le 6 mars 2026 par le site de vulgarisation scientifique Scienceinsights.org indique qu’il n’existe aucune preuve scientifique que les tampons causent l’endométriose. L’article cite une étude comparant les utilisatrices de tampons et les non-utilisatrices et a conclu que les femmes utilisant uniquement des tampons avaient 2,6 fois moins de risque d’avoir une endométriose que celles utilisant seulement des serviettes ou une combinaison de serviettes et de tampons.
L’agence de presse United Press International basée à Washington avait également rapporté cette conclusion dans un article en date du 29 mai 2002. L’étude en question avait été menée par des chercheurs de l’université de Yale et a concerné 2012 femmes. Sa conclusion indique que l’activité sexuelle, l’orgasme et l’utilisation de tampons pendant les menstruations pourraient conférer une protection contre l’endométriose.
« Le Dr Harvey Kliman, chercheur principal au département d’obstétrique et de gynécologie de la faculté de médecine de l’université Yale à New Haven (Connecticut), a déclaré que, d’après les réponses au sondage, les tampons offrent la protection la plus efficace contre l’endométriose. Les résultats ont montré que seulement 11,6 % des femmes atteintes d’endométriose utilisaient des tampons, contre 20,9 % des femmes non atteintes. Celles qui utilisaient uniquement des tampons avaient 2,6 fois moins de risques de développer une endométriose que les femmes qui utilisaient à la fois des serviettes hygiéniques et des tampons pendant leurs règles. », lit-on dans l’article.
Un article consacré à ladite étude a été publié à la même date dans les colonnes du site internet de l’université de Yale, sous le titre : « L’utilisation de tampons et l’activité sexuelle protègent les femmes contre l’endométriose ».
Une autre étude publiée le 28 août 2024 dans la National Library of Medicine aux Etats-Unis, s’est intéressée aux produits menstruels et à leur éventuel rôle dans l’endométriose et l’adénomyose. Les auteurs ont examiné l’hypothèse selon laquelle les tampons ou les coupes menstruelles pourraient modifier l’écoulement du sang menstruel et favoriser certains mécanismes impliqués dans la maladie. Mais la conclusion indique que les preuves disponibles sont non concluantes. « À l’heure actuelle, aucune recommandation ne peut être formulée quant à la sécurité d’un type de produit menstruel par rapport à un autre. », indique l’étude.
Autrement dit, il existe une hypothèse scientifique qui mérite d’être étudiée. Mais, cette hypothèse à elle seule ne permet pas d’affirmer que les tampons provoquent l’endométriose.
Dans une publication sur son site internet, le groupe médical Women’s Care, composé notamment d’obstétriciens et de gynécologues aux États-Unis, contredit également l’affirmation selon laquelle les tampons hygiéniques causent l’endométriose : « Il n’existe aucune preuve scientifique suggérant que les tampons ou l’activité sexuelle causent directement l’endométriose. Cette affection est complexe et résulte probablement d’une combinaison de facteurs. Bien que ses causes exactes demeurent inconnues, les facteurs de risque potentiels pourraient inclure des prédispositions génétiques, des déséquilibres hormonaux et des anomalies du système immunitaire. Les causes exactes de l’endométriose étant encore mal comprises, il n’existe actuellement aucun moyen connu de la prévenir ».
Des substances retrouvées dans les tampons, mais aucun lien établi avec l’endométriose
Des études suggèrent que la dioxine, un perturbateur endocrinien potentiellement présent dans les tampons, pourrait être liée à l’endométriose. Une étude du Louvain Centre for Toxicology and Applied Pharmacology (LTAP) de l’Université Catholique de Louvain avait notamment relevé des taux sanguins plus élevés de dioxine chez des patientes atteintes de cette maladie.
La présence éventuelle de traces de substances de type dioxine dans certains tampons a ainsi suscité des interrogations sur leur absorption et leur possible rôle dans l’endométriose. Toutefois, les études disponibles restent contradictoires et aucun lien certain n’est établi. Ces résultats ne suffisent pas à établir que les dioxines causent cette maladie.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en France, met surtout en garde contre le port prolongé des tampons, associé au syndrome du choc toxique, ainsi qu’aux risques d’irritations et d’allergies.
Et l’argument selon lequel « il n’y avait pas d’endométriose autrefois » ?
Cette affirmation du Professeur Henri Joyeux est également trompeuse. Une étude sur l’histoire de l’endométriose publiée en 2014 et référencée dans la National Library of Medicine aux États-Unis montre que la maladie a été décrite médicalement dès le XIXᵉ siècle, même si ses symptômes étaient souvent mal compris ou attribués à d’autres causes. L’absence de diagnostics anciens ne signifie pas nécessairement l’absence de la maladie. Selon l’OMS, les retards de diagnostic de l’endométriose sont fréquents, avec un délai moyen estimé entre 4 et 12 ans.
D’autres travaux scientifiques ont également mis en évidence l’existence ancienne de l’endométriose et ce, bien avant l’apparition des tampons hygiéniques.
Par ailleurs, en mars 2023, plusieurs médias de vérification aux États-Unis et en Inde ont déconstruit une affirmation similaire qui clame que l’utilisation de tampons peut provoquer l’endométriose en repoussant les cellules endométriales vers la cavité abdominale.
Henri Joyeux, figure controversée dans le domaine médical
Henri Joyeux est un ancien chirurgien cancérologue et professeur de chirurgie digestive à la retraite. Il est également auteur et conférencier, notamment sur des sujets relatifs à la nutrition, la prévention des cancers et les comportements de santé. Auteur de nombreux ouvrages consacrés notamment à l’alimentation, il est né le 28 juin 1945 à Montpellier en France.
Cependant, il est une figure controversée dans le domaine médical en raison de ses prises de position contre certaines vaccinations et de ses déclarations jugées insuffisamment fondées scientifiquement. Sa radiation de l’Ordre des médecins en 2016 a ensuite été annulée en appel en 2018.
Les principales controverses liées à Henri Joyeux concernent ses prises de position sur les vaccins, sa participation à des expérimentations médicales non autorisées et certaines de ses affirmations en matière de santé.
Conclusion
En clair, l’affirmation selon laquelle l’utilisation des tampons hygiéniques est une cause établie de l’endométriose ne repose sur aucune preuve scientifique crédible. Bien que des spécialistes aient étudié la possibilité d’un lien entre certains produits menstruels et les mécanismes de la maladie, les données disponibles restent insuffisantes et ne permettent pas d’établir un lien de causalité.
Aussi, l’affirmation selon laquelle l’endométriose n’existait pas autrefois est également infondée. La maladie avait déjà été décrite médicalement bien avant l’utilisation généralisée des tampons hygiéniques modernes.