Fausses informations sur une prétendue présence de terroristes venus du Togo au Bénin

Dans des groupes WhatsApp, sont relayés une note vocale d’1 minute 42 secondes en mina, accompagnée d’une vidéo d’1 minute 32 secondes en anglais.

Capture d’écran des messages (vidéo et vocal) relayés dans un groupe sur WhatsApp

D’après l’auteur de la note vocale, une femme anonyme, des terroristes de Boko Haram se seraient infiltrés sur le territoire béninois via les frontières togolaises.

Description

La vidéo montre plusieurs personnes armées ainsi qu’une voiture stationnée sur une route bordée de végétation des deux côtés. En arrière-plan, certaines personnes semblent faire le guet. En face de la caméra, un homme, vêtu de noir, le visage cagoulé livre un message en anglais (de rue) en faisant des signes de mains. Trois de ses compagnons, font la ronde autour de lui ainsi que de celui qui tient la caméra.

Dans la note vocale, la femme quant à elle affirme entre autres que, d’après une information qu’elle vient de recevoir en Fon, des individus armés de Boko Haram sont arrivés sur le territoire béninois en passant par le Togo. Rien ne pouvant les empêcher d’arriver au Bénin, ils sont déterminés à exterminer la population. Par ailleurs, poursuit l’auteure de la note vocale, un couvre-feu a été instauré à partir de 18 à 19 heures et le président de la république béninoise a donné l’ordre aux policiers de faire des patrouilles à partir de « ce lundi » et ce pendant 10 jours.     

Note vocale en mina relayée sur WhatsApp

Et pourtant, d’après les vérifications et recoupements de Togocheck ET FGI-Bénin, il n’existe aucun lien entre les circonstances dans lesquelles la vidéo a été tournée et les informations que livre la femme dans le message vocal. Les informations du message vocal ne sont pas non plus avérées, d’après plusieurs sources concordantes.

Une vidéo tournée par des groupes armés Camerounais, sortie de son contexte            

Tout d’abord, nous avons fait une capture d’écran d’une séquence de la vidéo. Une recherche inversée d’image avec cette séquence a permis de constater que la vidéo a été publiée à de nombreuses reprises sur différents réseaux sociaux, notamment Facebook et Twitter (ici, ici, ici, ici).

La plus ancienne publication de cette vidéo que nous avions retrouvée a été faite en anglais le 17 mai 2022 sur la page Facebook Vawulence headquarters (ici). La vidéo est accompagnée du message : « Please listen attentively to this information to before warn to before harm pass the information to your loves one ». Traduite en français, le message dit : s’il vous plait écoutez attentivement ces informations avant d’avertir avant de nuire passez l’information à vos proches.   

La même vidéo, reprise le 28 mai 2022 sur le compte Twitter « Honneur et Fidélité – Armée camerounaise », cumule plus de 1630 vues. L’auteur du compte précise, par ailleurs sur sa page que ce compte n’est aucunement le compte de l’armée camerounaise. A la suite de la vidéo, le même compte poste une photo du corps sans vie de l’homme cagoulé qui s’exprimait accompagné du message : « 2/2 Après 2 semaines, la réponse du berger à la bergère ».   

On peut lire en commentaires quelques internautes félicitant l’armée camerounaise pour sa bravoure. D’autres commentaires font un lien avec l’Ambazonie, un état du Cameroun anglophone, en proie à des conflits depuis plusieurs années. « Ma parole si l’armée pouvait en débarrasser comme ça tous les jours. Merci aux FARC » ; « Soyez bénis… Le peuple vous en est reconnaissant » ; « Quel damné ! Il n’a même pas eu le temps de changer les vêtements mortifères qu’il arborait. Et à part cette image morbide, quel héritage laisse-t-il à l’Ambazonie ?», peut-on lire en commentaires.

Tweet de l’utilisateur « Honneur et Fidélité – Armée camerounaise »

En écoutant attentivement les propos de l’homme qui s’exprime dans la vidéo, on peut noter que celle-ci a été tournée le 14 mai 2022. Dans son message l’homme cagoulé adresse un avertissement aux usagers de la route sur laquelle il se trouve ainsi qu’aux autorités. D’après ses propos, à compter du dimanche 15 mai 2022, la route Mamfe-Ekok serait fermée, et toute personne qui s’y aventurerait, civil ou militaire, serait tuée.     

Il ressort des recherches avec les mots clés que la personne qui s’exprime dans la vidéo est prénommé « Général Sylvanus Aka Air Force », un chef séparatiste. D’après un article publié le 30 mai 2022 par le média camerounais de vérification d’informations, Stopblablacam, il aurait été capturé et abattu le 28 mai 2022 dans une embuscade de l’armée entre les villages Ogomoko et Afab. Une information que confirme la photo de son corps sans vie publiée sur Twitter. 

« Les forces de sécurité ont lancé une réelle guerre aux ambazoniens. Un puissant général vient d’être abattu dans le NOSO. Il s’agit du général ambazonien ‘Air Force’. Il semait la grande terreur dans le NOSO plus précisément à Manyu. Le général ambazonien Air Force était apparu récemment dans une vidéo où il interdisait la tenue du 20 mai en Ambazonie », peut-on lire dans un article publié le 30 mai 2022 par le média camerounais, Camerounweb (ici).  

En clair, la vidéo ne montre pas des terroristes de Boko Haram, mais plutôt les éléments d’un groupe séparatiste agissant dans la zone anglophone du Cameroun, avec à sa tête, son chef ‘Général Air Force’. Ce dernier à travers la vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, décrétait le confinement de la zone Manyu à compter du 15 mai 2022, afin d’éviter que les évènements comptant pour la célébration de la fête de l’Unité nationale, célébrée chaque 20 mai ne se tiennent en Ambazonie. Mais il a été tué le 28 mai 2022 par un détachement du Bataillon d’Intervention Rapide (BIR) de l’armée Camerounaise.

Le message vocal est un canular   

D’après les vérifications effectuées sur la note vocale, aucun lien n’a été trouvé entre ledit message vocal et la vidéo des individus armés qui l’accompagne. Une recherche avec des mots clés a dirigé vers le site internet de l’office de Radiodiffusion Télévision du Bénin ORTB qui a démonté son contenu le 31 mai 2022 en la qualifiant de canular (ici).

Tandis que le message relayé récemment en mina, a une durée de 1 minute 42 secondes, l’article publié par l’ORTB a fait cas d’un message audio de 3 minutes dont le contenu est similaire à celui de la dame.

Pour le porte-parole de la police républicaine béninoise, Pascal Tawes, que l’ORTB a contacté, il s’agit d’une fausse information. Selon ses explications citées par l’ORTB, « le texte est décousu et sans logique. “Rien n’est vrai, c’est fake, un canular” (…) “quelle est l’intention de l’auteur ” de cet audio viral. ?» L’article publié par l’ORTB mentionne également un communiqué officiel de la police républicaine dans lequel il apporte « un démenti formel à ladite information », « invite les populations à ne pas céder à la panique et à vaquer normalement à leurs occupations », et « rappelle aux instigateurs, auteurs et autres relayeurs desdites informations qu’ils subiront les rigueurs de la loi ».    

Il faut noter qu’un message titré « Reçu à l’instant par un colonel », faisant croire que des groupes armés auraient infiltré ‘’le pays’’ sans préciser le nom du pays, et que des patrouilles seraient faites à partir de 18h, pendant 10 jours, avait précédemment circulé sur les réseaux sociaux, et surtout via WhatsApp. Un canular, qu’avait démonté Togocheck (ici).    

En conclusion

Au regard de ces recherches, l’information de la note vocale, selon laquelle des terroristes de Boko Haram au Bénin via le Togo est fausse. La vidéo accompagnant le message vocal quant à elle est vraie, mais sortie de son contexte.

Article produit conjointement par Togocheck et FGI-Bénin, avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) dans le cadre d’un projet de jumelage entre initiatives francophones dans la lutte contre la désinformation

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