De nombreuses idées reçues circulent sur la qualité des médicaments selon les pays dans lesquels ils sont vendus. Au Togo, certains consommateurs estiment que les médicaments disponibles dans les pharmacies seraient moins efficaces ou de qualité inférieure à ceux vendus en Europe. Cette perception encourage parfois le recours à des médicaments importés par des proches ou achetés à l’étranger, considérés comme plus fiables.
Mais cette affirmation est-elle fondée sur des preuves ? Les médicaments vendus dans les pharmacies togolaises sont-ils réellement de moins bonne qualité que ceux commercialisés en Europe ? Togocheck a examiné les données disponibles, les textes réglementaires et reçu des avis d’experts afin de vérifier cette affirmation.

Une obligation de respect des normes internationales
Nos premières recherches par mots-clés nous ont conduits vers un article publié en juin 2025 par LEEM Afrique, une plateforme d’information destinée aux acteurs du secteur pharmaceutique.
Cet article rapporte que les 12 et 13 Juin 2025, une rencontre stratégique s’est tenue entre l’Agence africaine du médicament (AMA) et l’Agence européenne des médicaments (EMA). Selon la publication, cette réunion s’inscrivait dans la continuité de l’engagement de l’EMA et de la communauté européenne à accompagner l’AMA dans le renforcement progressif de ses capacités institutionnelles, de son rôle stratégique et du développement de systèmes robustes de régulation pharmaceutique en Afrique, au service de la santé publique.
Les informations recueillies indiquent que les systèmes de régulation pharmaceutiques en Europe et en Afrique diffèrent sur plusieurs aspects. Notamment au sens de leur organisation, leurs procédures et leurs niveaux de développement institutionnel. Toutefois, ces différences ne constituent pas, à elles seules, une preuve que les médicaments commercialisés dans l’un ou l’autre de ces contextes présentent des écarts de qualité.
Comme dans la plupart des pays, les médicaments vendus dans les pharmacies togolaises doivent obtenir une autorisation de mise sur le marché. Les informations disponibles sur la plateforme LEEM Afrique indiquent l’existence d’un cadre réglementaire encadrant plusieurs activités du secteur pharmaceutique. La plateforme recense notamment des procédures liées aux licences d’exploitation des officines, des dépôts pharmaceutiques, des laboratoires d’analyses biomédicales ou encore à la carte professionnelle des délégués médicaux.
Elle mentionne également une feuille de route sur les Bonnes pratiques de fabrication (BPF) du Togo, élaborée avec l’appui de l’Organisation Ouest-Africaine de la Santé (OOAS), afin d’accompagner progressivement l’industrie pharmaceutique vers des normes reconnues internationalement.
Dans un article publié le 9 mai 2023, le portail officiel de la République Togolaise rapporte que les députés togolais ont adopté à l’unanimité, le 8 mai 2023, un projet de loi visant à renforcer la réglementation du secteur du médicament. Selon le site, cette nouvelle disposition vient compléter l’arsenal juridique du Togo en matière de régulation pharmaceutique.
Toujours selon le portail République Togolaise, le pays a également adhéré à « l’Initiative de Lomé », lancée le 18 janvier 2020, qui vise à renforcer la coopération entre les États africains dans la lutte contre le trafic de faux médicaments et de médicaments de qualité inférieure ou falsifiés. Cette initiative africaine prévoit notamment le renforcement des cadres juridiques, la ratification de certaines conventions internationales, dont la Convention Medicrime et la Convention de Palerme, ainsi que la mise en place de mécanismes de coopération.
Selon la Direction européenne de la qualité du médicament et soins de santé, les grands laboratoires internationaux produisent souvent un même médicament pour plusieurs pays selon des normes internationales communes de fabrication, appelées « Bonnes pratiques de fabrication » ou Good Manufacturing Practices (GMP).
Toutefois, certains médicaments commercialisés au Togo sont des génériques produits par des fabricants installés au Togo ou dans d’autres pays. Pour être autorisés, ces fabricants doivent également respecter des normes reconnues au niveau international.
Selon la loi portant code de la santé en République Togolaise, la fabrication ou l’importation d’un médicament, sa mise en vente et sa circulation ne sont autorisées qu’après son enregistrement auprès de l’autorité compétente.

Des différences existent malgré tout
Nos recherches, nous ont conduit sur le site de l’Agence européenne du médicament (EMA) qui indique que le système européen de réglementation des médicaments repose sur un réseau composé d’environ 50 autorités réglementaires issues des 30 pays de la Commission européenne en collaboration avec l’EMA. C’est ce réseau qui confère son caractère unique au système de réglementation de l’Union Européenne.
Selon les informations fournies sur le site de l’EMA, en Europe, « la diversité des experts prenant part à la réglementation des médicaments dans l’Union favorise l’échange de connaissances, d’idées et de bonnes pratiques entre scientifiques, afin d’établir des normes optimales en matière de réglementation des médicaments. »
En revanche, au Togo, comme dans plusieurs pays d’Afrique, les ressources humaines, techniques et financières consacrées à la surveillance pharmaceutique restent plus limitées. Les systèmes de surveillance ne disposent donc pas nécessairement des mêmes moyens.
Pour contribuer à combler ces écarts, l’Organisation mondiale de la santé et l’Agence africaine des médicaments (AMA) ont annoncé en mai 2026 le lancement et la signature d’un accord-cadre de collaboration. Cette collaboration vise à renforcer les systèmes réglementaires et à améliorer l’accès à des produits de santé sûrs, efficaces et de qualité garantie à travers l’Afrique.
Cela ne signifie toutefois pas que les médicaments autorisés en Afrique sont systématiquement de mauvaise qualité. L’enjeu réside plutôt dans le renforcement des mécanismes de contrôle, de surveillance et de lutte contre les produits falsifiés ou de qualité inférieure.
Les médicaments du marché informel, le vrai problème
L’OMS alerte régulièrement sur la circulation de médicaments falsifiés ou de qualité inférieure dans plusieurs régions du monde. En Afrique notamment, la présence élevée de ces produits constitue un important problème de santé publique.
Ces produits sont principalement vendus hors des circuits officiels, dans les marchés, auprès des vendeurs ambulants, dans des boutiques non autorisées ou à travers des réseaux informels. Ils peuvent contenir une quantité insuffisante de principe actif, ne pas en contenir du tout ou même renfermer des substances dangereuses. Et cette réalité ne concerne pas spécifiquement les pharmacies agréées.
La confusion entre les médicaments vendus dans les pharmacies officielles et ceux provenant du marché informel conduit ainsi à une conclusion erronée sur la qualité des produits pharmaceutiques importés en Afrique. Le continent africain fait néanmoins face à un taux élevé de produits falsifiés ou de qualité inférieure, estimés à environ 20 % ou plus par l’OMS.
D’après une étude publiée par la plateforme de recherche biomédicale PubMed, le 15 juillet 2024, les médicaments de qualité inférieure, falsifiés et non enregistrés sont très répandus en Afrique. Selon les auteurs, cette situation s’explique par la faiblesse de la réglementation des marchés, les contrôles insuffisants des importations, la mauvaise procédure d’enregistrement, l’existence de zones franches et la forte demande de médicaments.
Par ailleurs, selon un article de Jeune Afrique publié le 7 Novembre 2021, 90 % des médicaments du continent sont importés. Ce qui révèle la faiblesse de la production locale. L’article met en évidence le potentiel de développement de l’industrie pharmaceutique africaine, tout en soulignant la forte dépendance du continent à l’égard des importations.
Toutefois, aucune preuve ne montre que les laboratoires fabriquent volontairement des médicaments moins efficaces pour les marchés africains. Les différences observées concernent généralement la présentation, les besoins thérapeutiques ou les recommandations locales.
Le laboratoire pharmaceutique Exphar qui dispose de filiales en Afrique, affirme d’ailleurs qu’il accorde une importance particulière à la qualité de ses médicaments. Elle indique également que certains de ses sites de production sont certifiés selon les normes européennes (EUGMP), et font l’objet d’audits réguliers des autorités européennes.
L’avis d’un spécialiste
Interrogé par Togocheck, Docteur Yawo Tufa Nyasenu, président de l’Ordre national des pharmaciens du Togo, rejette l’idée selon laquelle les médicaments vendus dans les pharmacies togolaises seraient de moins bonne qualité que ceux commercialisés en Europe.
Selon lui, les médicaments mis sur le marché, qu’ils soient destinés au Togo ou à l’Europe, sont fabriqués selon les Bonnes Pratiques de Fabrication (BPF/GMP), des normes internationales destinées à garantir leur qualité, leur sécurité et leur efficacité. Avant leur commercialisation, ils doivent également obtenir une Autorisation de mise sur le marché (AMM) délivrée par les autorités compétentes et ils font l’objet d’un suivi tout au long de leur utilisation.
Docteur Nyasenu précise que les différences concernent davantage les cadres réglementaires que la qualité intrinsèque des médicaments. Les produits destinés au marché togolais doivent répondre aux exigences des autorités nationales et des mécanismes d’harmonisation mis en place au sein de la CEDEAO, de l’UEMOA et, à l’échelle continentale, de l’Agence africaine du médicament (AMA). Les médicaments vendus dans les pharmacies proviennent, selon lui, de circuits d’approvisionnement autorisés et sécurisés, via des grossistes agréés.
Le président de l’Ordre des pharmaciens estime, en revanche, que le principal défi reste la lutte contre les produits médicaux de qualité inférieure et falsifiés, souvent écoulés dans les circuits illicites. Il plaide pour un renforcement du contrôle qualité sur le marché national ainsi que pour le développement de l’industrie pharmaceutique locale.
Enfin, il invite la population à faire confiance au réseau officiel des pharmacies, rappelant que les pharmaciens sont des professionnels de santé formés pour garantir la dispensation de médicaments conformes aux normes en vigueur et pour informer les patients sur leur bon usage.
Conclusion
Les affirmations selon lesquelles les médicaments vendus dans les pharmacies au Togo seraient de moins bonne qualité que ceux vendus en Europe sont trompeuses.
Aucune preuve ne permet d’affirmer que les médicaments disponibles dans les pharmacies togolaises sont systématiquement moins efficaces ou moins sûrs que ceux vendus en Europe.
Les médicaments distribués dans les pharmacies agréées sont soumis à des procédures d’autorisation et doivent répondre à des exigences de qualité, de sécurité et d’efficacité avant leur mise sur le marché.
Des différences existent néanmoins entre les systèmes de réglementation et de surveillance pharmaceutiques entre l’Europe et le Togo, notamment en termes de moyens mis en œuvre par des autorités de contrôle et la lutte contre les médicaments falsifiés présents dans les circuits informels.