Un visuel relayé sur Facebook, attribué à l’épidémiologiste Nicolas Hulscher, un épidémiologiste américain, prétend que 84% des patients atteints de cancer ayant pris de l’ivermectine et du mébendazole pendant six mois ont déclaré que leur maladie a complètement disparu, régressé ou cessé de progresser.
L’image en question publiée le 16 juillet 2026 par la page Facebook Santé Nutrition est divisée horizontalement en deux parties principales : une capture d’écran d’une émission télévisée dans la partie supérieure suivie d’un texte dans la partie inférieure.
Dans la partie supérieure, à gauche, apparaît une image en gros plan montrant des structures blanches filamenteuses, semblable à une imagerie médicale représentant des cellules cancéreuses ou une infection observée au microscope.
À droite figure Nicolas Hulscher, présenté comme épidémiologiste. Il s’agit d’un jeune homme aux cheveux courts et foncés, vêtu d’une veste de costume grise portée sur une chemise blanche ouverte. Il est assis devant un microphone, face à la caméra.
Le bandeau de l’émission affiche, à gauche, le logo de la chaîne REAL AMERICA’S VOICE. Au centre, le nom de l’invité est inscrit en caractères gras : « NICOLAS HULSCHER, MPH », accompagné de la mention « Epidemiologist and Administrator » ( en français : Épidémiologiste et administrateur »). À droite, un encadré rouge et bleu porte la mention « LIVE FROM STUDIO 6B ».
Tout en bas de l’écran, un bandeau d’information déroulant en anglais présente plusieurs titres d’actualité, notamment : « VICTIMS KILLED IN HOME INVASION ID’D », « TSA DITCHES ‘QUIET SKIES’ PROGRAM » et « FAA TO CUT 1,500 JOBS ».

On peut lire sur le visuel, le message ci-après: « Nous avons trouvé que 84 % des patients atteints de cancer prenant de l’ivermectine et du mébendazole pendant six mois ont déclaré que leur cancer avait complètement disparu, régressé ou cessé de se propager. » Au 3 août 2026, la publication avait recueilli 75 mentions « J’aime » et 46 partages. À la même date, cette page avait diffusé une autre publication similaire, affirmant que « l’ivermectine gagne du terrain aux États-Unis, y compris dans la lutte potentielle contre le cancer en Floride ».
Cependant, aucune étude scientifique n’a démontré que l’ivermectine et le mébendazole peuvent guérir le cancer ou empêcher sa progression.
Vérification
Le 24 juillet 2026, notre rédaction a contacté la page à l’origine de la publication afin de recueillir des précisions sur cette affirmation. Mais aucune réponse ne nous est parvenue. L’examen de la page montre qu’au 24 juillet 2026, celle-ci comptait 1,4 million d’abonnés et suivait huit comptes. Il affiche comme slogan : « Que ton aliment soit ton médicament. »
L’analyse de ses publications montre qu’elle diffuse principalement des contenus portant sur la santé, les remèdes naturels et le bien-être. Parmi les thèmes récents abordés figurent notamment les prétendus bienfaits de l’eau de curcuma, des conseils présentés comme des alternatives naturelles aux produits cosmétiques ou encore des méthodes censées améliorer la circulation sanguine.
Le compte relaie également des publications contenant des affirmations sensationnalistes, telles que l’idée selon laquelle la présence de deux fossettes au bas du dos révélerait une caractéristique particulière, ou encore l’existence de prétendus manuscrits anciens qui auraient été volontairement supprimés de l’histoire par l’Empire romain.
La publication contient un lien dirigeant vers un article publié le 24 avril 2026. Cet article rapporte que Nicolas Hulscher, titulaire d’une maîtrise en santé publique, affirme que 84% des patients atteints de cancer ayant pris de l’ivermectine et du mébendazole pendant six mois auraient observé une disparition, une régression ou un arrêt de la progression de leur cancer.

Il soutient également qu’une étude des années 1950, prétendument dissimulée par la CIA pendant plusieurs décennies, aurait déjà mis en évidence un effet anticancéreux de ces médicaments antiparasitaires. Selon l’article, ces éléments suggéreraient un potentiel thérapeutique de l’ivermectine et du mébendazole contre le cancer et justifieraient de reconsidérer leur utilisation en oncologie, tout en appelant à davantage de recherches.
L’article comprend également un lien renvoyant vers le compte X certifié de Nicolas Hulscher, présenté comme source de l’information. Celui-ci y publie une vidéo de 58 secondes en anglais, dans laquelle apparaît la même capture d’écran que celle utilisée par le site Santé Nutrition, objet de notre vérification. La vidéo est accompagnée d’une légende affirmant notamment que l’ivermectine et le mébendazole seraient efficaces contre le cancer et évoque l’existence d’une prétendue étude qui aurait été « dissimulée par la CIA » pendant plusieurs décennies.
La traduction du texte qui accompagne son post indique : « Nous avons constaté que 84 % des patients atteints de cancer prenant de l’ivermectine et du mébendazole depuis 6 mois déclaraient que leur cancer avait soit COMPLÈTEMENT DISPARU, soit RÉGRESSÉ, ou ARRÊTÉ LE SPREADING. Il n’est pas surprenant que la CIA ait ENFOUI une étude des années 1950 pendant plus d’un demi-siècle montrant que les antiparasitaires perturbent la croissance du cancer ».
Ce que disent les recherches
Selon nos recherches et recoupements d’informations, aucune donnée scientifique ne permet, à ce jour, d’établir l’efficacité de ces produits contre cette maladie. De plus, selon un article publié le 7 avril 2026 par le service public d’information en santé en France, l’utilisation de ces médicaments en dehors d’un cadre médical expose à des risques réels pour la santé.
L‘Institut national du cancer en France dresse le même constat, traitant l’information de fausse et potentiellement dangereuse. Dans un article publié en avril 2026, l’institut rappelle qu’à ce jour, aucune preuve scientifique ne permet de démontrer que l’ivermectine, le mébendazole ou le fenbendazole sont efficaces pour traiter le cancer. Il met également en garde contre les risques liés à l’utilisation de ces médicaments en dehors d’un cadre médical.
« Non. Les antiparasitaires n’ont aucune indication dans le traitement des cancers. Ils sont même dangereux lorsqu’ils sont utilisés hors de leur indication et représentent de réels risques pour les patients. Aujourd’hui, seuls les traitements dits conventionnels comme la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie ou encore l’hormonothérapie sont scientifiquement validés dans la prise en soins de la maladie. », lit-on dans l’article.

Une étude publiée en juin 2026 par l’agence gouvernementale chargée de la recherche médicale, biomédicale et de la santé publique, rapporte toutefois que des recherches en laboratoire ont montré que les molécules de ces produits peuvent agir sur certaines cellules cancéreuses ou chez l’animal. L’étude intitulée Résultats cliniques réels de l’ivermectine et du mébendazole chez les patients atteints de cancer : résultats d’une cohorte observationnelle prospective, a été menée par Nicolas Hulscher et d’autres auteurs.
On y retrouve le chiffre 84,4% évoqué dans la publication que nous vérifions. Il correspond au ratio de bénéfice clinique, avec un intervalle de confiance à 95% de 77,0% à 89,8%. Mais ces données sont basées sur des déclarations des patients et ne suffisent pas à prouver un bénéfice chez l’être humain sans des essais cliniques randomisés permettant de conclure à une efficacité réelle de l’ivermectine et du mébendazole contre le cancer .
À ce jour, aucune agence de santé ne recommande l’ivermectine ou le mébendazole comme traitement standard du cancer.
Notre analyse de l’étude
Après avoir examiné l’étude, nous constatons qu’elle ne permet pas de prouver que l’ivermectine et le mébendazole guérissent le cancer ou empêchent son évolution.
D’abord, les résultats sont basés sur les réponses des patients. Les chercheurs ont recueilli ces informations grâce à des questionnaires remplis au début de l’étude, puis six mois plus tard. Ils n’indiquent pas avoir vérifié ces déclarations à l’aide d’examens médicaux.
Ensuite, l’étude ne comporte pas de groupe de comparaison. Tous les patients ont continué à recevoir leurs traitements habituels contre le cancer, comme la chirurgie, la chimiothérapie, la radiothérapie ou l’immunothérapie. Les chercheurs ne les ont pas comparés à des patients qui n’avaient pas pris d’ivermectine ou de mébendazole. Il est donc impossible de savoir si les améliorations observées sont dues à ces médicaments, aux traitements classiques ou à d’autres facteurs.

Par ailleurs, sur les 197 patients inclus dans l’étude, seuls 122 ont répondu au questionnaire après six mois, soit 61,9 % des participants. Cette perte de participants peut influencer les résultats, car les personnes dont l’état de santé s’est aggravé, qui ont abandonné le traitement ou qui sont décédées peuvent être moins susceptibles de répondre au questionnaire.
Enfin, les auteurs reconnaissent eux-mêmes que leur étude ne permet pas de prouver que l’ivermectine et le mébendazole sont à l’origine des améliorations observées. Les résultats montrent seulement que certains patients ont déclaré une amélioration de leur état de santé, sans démontrer que ces médicaments en sont la cause.
Par ailleurs, d’autres sources indiquent que l’épidémiologiste Nicolas est surtout connu pour ses prises de position sur la sécurité des vaccins, la COVID-19 et des sujets controversés de santé publique.
Conclusion
L’affirmation selon laquelle 84 % des patients atteints du cancer ont déclaré que leur maladie a complètement disparu, régressé ou cessé de progresser après avoir pris de l’ivermectine et du mébendazole pendant six mois est trompeuse.
Ce chiffre provient d’une étude observationnelle qui rapporte un bénéfice déclaré par des patients. Il ne constitue cependant pas une preuve scientifique d’efficacité contre le cancer. L’étude ne comporte pas de groupe de comparaison et ne permet pas de distinguer les effets éventuels de ces antiparasitaires de ceux des traitements conventionnels également suivis par les participants.
À ce jour, aucune donnée scientifique solide ne permet de considérer ces antiparasitaires comme des traitements efficaces contre le cancer. Leurs indications médicales, validées par les autorités de santé concernent uniquement le traitement d’infections causées par des vers ou des acariens.